LQJ-271

Qui n’a pas peur des araignées, des souris, des serpents, des chiens, voire des chats… ? Qui ne se sent pas oppressé par le vide, les lieux clos, la foule, l’avion ? « L’anxiété est une émotion assez largement répandue, note le Pr Stéphane Bouchard, spécialiste de la santé mentale . Il s’agit même d’une réaction “normale”, d’une alerte provoquée par notre cerveau reptilien lorsqu’il croit discerner un danger. » Mais cette réaction devient excessive lorsqu’elle prime sur la réalité, lorsqu’elle complique la vie quotidienne. « On parle alors de troubles de l’anxiété, de phobies, poursuit le pro- fesseur, lesquelles se manifestent par une panique i ncontrô- lable, par une souffrance irrationnelle, voire par un handicap social. » Éviter de passer devant une maison parce qu’un chien aboie, préférer gravir sept étages à pied plutôt que de prendre l’ascenseur, différer sans cesse un voyage parce qu’il faut monter dans un avion… Toutes ces stratégies “d’évitement” aggravent la situation, enveniment le problème. « D’une part, l’évitement provoque une surestimation des risques et conforte en quelque sorte notre anxiété, diagnostique Stéphane Bouchard. D’autre part, il affaiblit la perception de notre efficacité personnelle, de notre maîtrise de la situation. » Tout se passe comme si notre cerveau repti- lien détectait le danger de manière pathologique : il faut lui apprendre à réinterpréter les signes avec plus de mesure. Comment ? Stéphane Bouchard a été le premier à penser à la réa- lité virtuelle pour élaborer une stratégie thérapeutique. Virtuellement, grâce à un logiciel développé à son initiative, ce psychologue est capable de susciter, tel un démiurge, un environnement sur mesure pour chaque patient, une réalité évolutive à son rythme (le serpent est d’abord à l’horizon, puis peu à peu se rapproche). La technique produit une illu- sion tellement intense qu’elle provoque des émotions fortes, puis suscite des réactions idoines. Immergé progressive- ment dans une fausse réalité (mais qu’il perçoit comme véri- table), le patient, accompagné par le thérapeute, apprend qu’il peut faire face aux situations qu’il juge anxiogènes. « Vaincre ses peurs, ses phobies, c’est apprendre à gérer son stress. Mais l’objectif n’est pas de convaincre le patient, il faut lui faire vivre le succès : oui, il peut entrer dans un avion; oui, il peut parler en public ! » Le taux de succès du traitement avoisine les 90% comme pour les thérapies où l’exposition s’effectue in vivo . « Mais la réalité virtuelle permet de créer très facilement des envi- ronnements ad hoc, expose le Pr Bouchard , tout en accé- dant à la partie non logique du cerveau, celle de la sphère émotionnelle. » La technique permet un traitement person- nalisé et vise à un apprentissage de réactions appropriées. Peu à peu, le cerveau comprend alors qu’il ne faut plus déclencher l’alarme dans une situation donnée. Depuis peu, l’outil est disponible à la Clinique psychologique et logopédique de l’ULiège (CPLU). Il permet notamment de soulager les migraines, de combattre le bégaiement, d’oser parler en public… Professeur en résidence dans le cadre du Bicentenaire, le Pr Stéphane Bouchard a aussi donné une conférence grand public le 26 avril. CPLU, tél. 04.366.92.96, site cplu.uliege.be Vaincre ses phobies La réalité virtuelle comme outil thérapeutique À l’invitation de l’unité de psychologie de la santé, le Pr Stéphane Bouchard, de l’université du Québec en Outaouais, est venu parler de ses recherches et, notamment, de l’utilisation de la réalité virtuelle dans le traitement des phobies. TEXTE PATRICIA JANSSENS septembre-décembre 2018 / 271 ULiège www.uliege.be/LQJ 18 ,1 $,/3 +'&*

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