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étoile, on devrait voir un seul point lumineux sur un fond noir. En pratique, à cause des phénomènes de lumière parasite, on verra un point lumineux entouré d’une multitude d’autres points, de cercles diffus, etc. On connaît donc les effets indésirables et éventuellement la manière de les supprimer dès la conception… à condition d’en connaître l’origine. « Il est difficile de résoudre un problème si l’on ne sait pas d’où il vient, résume Lionel Clermont. Avec mon collègue Marc Georges, nous avons donc développé une méthode appelée “caractérisation de lumière parasite par imagerie en temps de vol ultra-rapide”. L’idée est d’éclairer le télescope à tester avec un faisceau lumineux produit par un laser pulsé. Un détecteur de lumière ultra- rapide est placé au plan focal du télescope. Les rayons lumineux parasites contenus dans le télescope empruntent des chemins optiques différents des rayons qui forment l’image ; ils ont donc un “temps de vol” différent. Comme le détecteur fonctionne au millième de millionième de seconde, il enregistre les temps de propagation des différentes lumières. On peut donc décomposer et déduire l’origine de chacun des contributeurs à la lumière parasite. » Connaître l’origine du défaut est évidemment une avancée majeure. On peut par exemple, si c’est encore possible, modifier une lentille ou tel élément mécanique. Mais surtout la méthode va permettre d’anticiper, de concevoir différemment un système en amont. « Nous avons également pu utiliser ces mesures pour rétro-concevoir des modèles théoriques. Mon rêve, c’est bien sûr de lier les deux méthodes, par algorithme et par temps de vol », conclut Lionel Clermont. En attendant, cela lui a permis de boucler sa thèse de doctorat en juin 2021, à la grande satisfaction de son grand-père. Et d’être le premier auteur d’un article publié dans Scientific Report qui, dit-on, a laissé les responsables de l’Agence spatiale européenne (ESA) sans voix, et de déjà appliquer sa méthode dans deux projets en cours de développement dans les laboratoires du CSL. Tout en décrochant un prix prestigieux, le Early Career Achievement Award 2022 remis par la Société internationale d’optique et de photonique (SPIE), laquelle n’a pas hésité à faire remarquer que “son travail sur l’application de l’imagerie par temps de vol au processus d’analyse et de contrôle de la lumière parasite est l’une des avancées les plus significatives dans notre domaine au cours de la dernière décennie”. Le prix lui sera remis cet été à San Diego, en Californie. CHAMPIONNAT D’EUROPE Lionel Clermont n’a cependant jamais renoncé aux arts martiaux. Après une interruption d’une année suite à sa blessure, il a repris les entraînements pour revenir au mieux de sa forme. Le 14 février dernier, il est d’ailleurs parti pour Rome défendre les couleurs belges au championnat d’Europe de jiu-jitsu brésilien, une discipline qu’il définit comme un système de combat qui se déroule essentiellement au sol et basé sur le contrôle de son adversaire par l’usage d’effets de levier, puis par sa soumission au travers de clés articulaires ou d’étranglements. Il a terminé en quart de finale et a déjà d’autres compétitions internationales à son agenda. Pour assouvir cette passion, Lionel Clermont n’a pas hésité à transformer la cave de sa maison en salle de sport couverte de tatamis et remplie d’appareils de musculation. Il faut dire qu’il y passe une heure et demie quasiment chaque jour, seul ou avec l’un de ses trois enfants qu’il commence à initier à sa passion ! « Cela a vraiment été très utile pendant les confinements », soupire-t-il. Rétro-concevoir des modèles théoriques mai-août 2022 / 282 ULiège www.ul iege.be/LQJ 45 le parcours

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