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« Je viens d’une famille où la question des origines de l’être humain est une passion transmise de génération en génération », déclare d’emblée Isabelle Loodts. Rien d’étonnant alors à ce que cette journaliste et documentariste ait choisi, un peu par défi, des études d’archéologie (elle obtient sa licence en 1997). « La Préhistoire est pour moi une période-clé sur la notion même d’être humain, sur ce qui nous distingue des autres êtres vivants », confie-t-elle. Pourtant, au fil d’une première partie de vie professionnelle dédiée à l’archéologie préhistorique, elle finit par ressentir une certaine frustration, celle de ne pas être assez connectée aux enjeux de la société contemporaine. « Le passé est un phare et non un port », résume-t-elle, en faisant volontiers sien ce proverbe russe. Aussi, quand s’écroulent les tours jumelles à New York en septembre 2001, l’archéologue y voit un tournant majeur de civilisation et choisit de se reconvertir dans le journalisme. « Pour moi la critique historique, au cœur de mon métier, est très proche de la déontologie journalistique. La transition a donc été assez rapide », se souvient Isabelle Loodts. D’abord journaliste en presse écrite, puis en radio, elle participe aussi en télévision au “Jardin Extraordinaire”, l’émission culte de la RTBF, de 2006 à 2014. À la naissance de son quatrième enfant, sa vie professionnelle prend un nouveau tournant. Son père, qui avait accumulé une immense documentation sur l’histoire des soignants durant la Première Guerre mondiale, lui propose de la structurer sous la forme d’un livre qui sortira en 2009. « Malgré ma passion pour l’histoire, je n’éprouvais aucune attirance pour cette période, raconte la journaliste. C’était pour moi les tranchées, la boue et le sang, quelque chose de très froid et poussiéreux, en noir et blanc. Mais c’est parce qu’on me l’avait toujours raconté sous l’angle militaire. » LES CHOSES HUMAINES De ces archives va surgir une passion pour l’aspect humain de la Grande Guerre, et notamment pour la place des femmes dans la société. Le journal de Jeanne De Launoy, infirmière à l’hôpital de l’Océan (un hôpital de guerre de La Panne) lui ouvre les yeux. « Elle y racontait son quotidien de soignante et notait ses réflexions, notamment à propos de la fin de la guerre, détaille Isabelle Loodts. Aussi dure qu’elle soit, celle-ci lui avait permis de prendre une place, de s’épanouir au sein de la société, d’y être reconnue professionnellement au travers du métier d’infirmière, qui se structure alors davantage. Jeanne De Launoy exprimait sa crainte qu’une fois la guerre terminée, cette même société demande aux femmes de retourner à leur place, c’est-àdire au statut inférieur qui leur était alors assigné. Alors que nous touchons aujourd’hui (il faut l’espérer) à la fin de la pandémie, je pense qu’il est indispensable de relater cette histoire. Au début de la crise sanitaire, que ce soit dans le domaine du soin, de l’éducation au sein des foyers ou des métiers dits “essentiels”, se trouvaient majoritairement des femmes. Et il est vital de ne pas retomber à nouveau dans les mêmes schémas. » N’ayant rien perdu de ses réflexes d’archéologue, Isabelle Loodts éprouve « le besoin d’aller sur place pour voir les traces de la guerre dans le sol ». Elle se dirige vers Verdun, et s’arrête non loin de là, à Vauquois, où se dresse En plein tournant L’être humain et son environnement sont au cœur de la démarche d’Isabelle Loodts (diplômée en 1997 en licence en archéologie et histoire de l’art). Archéologue puis journaliste et documentariste, elle était l’invitée du Feminist & Gender Lab de l’ULiège lors de la journée consacrée à l’écoféminisme en février dernier. L’occasion pour Le Quinzième Jour de la rencontrer. ENTRETIEN THIBAULT GRANDJEAN - DESSIN JULIEN ORTEGA mai-août 2022 / 282 ULiège www.ul iege.be/LQJ 53 l’ invitée

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