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Or la transition ne pourra pas se faire sans se tourner vers le passé. « Nos anciens s’inscrivaient dans cette relation avec l’environnement qui consistait à profiter de ses aspects bénéfiques et à se protéger du négatif, rappelle Sophie Trachte. Quand on démolissait, on reconstruisait en réemployant les matériaux. Puis, l’économie s’est mondialisée et il a fallu le choc pétrolier des années 1970 pour que réapparaisse une réflexion autour du bioclimatisme, de la conception énergétique des bâtiments, de l’utilisation rationnelle de l’énergie, etc. » En 1987, le rapport Brundtland donnait une première définition du développement durable qui, comme le rappelle l’enseignante, comporte trois dimensions inséparables : Chaufferie à projeter - A. Hubert l’environnement bien sûr, mais aussi l’économie et le social. Dans les années 2000, les bâtiments énergétiquement performants sont apparus comme une solution (isolation thermique importante, ventilation mécanique, pompes à chaleur, etc.). « On constate pourtant que les bâtiments de l’époque ne tiennent pas toujours leurs promesses », reprend Julie Neuwels. En cause : l’“effet rebond”, soit le fait que les consommations énergétiques réelles se situent en moyenne largement au-dessus des consommations énergétiques espérées. « Ce phénomène s’explique partiellement par le fait que les usages des habitants sont souvent éloignés de ce que les concepteurs avaient prévu. » Il n’est pas rare que les habitants ajoutent des chaufferettes électriques et/ou calfeutrent les arrivées d’air de ventilation pour améliorer leur confort thermique, oublient d’entretenir les filtres de la ventilation mécanique, etc. À cela s’ajoute le poids de notre culture moderne de l’énergie et du confort. « Quand une personne actionne un interrupteur, un thermostat, etc., elle est souvent incapable de dire quelle est la quantité d’énergie consommée, quelle en est la source et quels en sont les effets environnementaux. Qui plus est, malgré la prise de conscience des problèmes environnementaux, les usages liés à l’énergie dans les bâtiments sont souvent ancrés dans des habitudes, des gestes auxquels on ne réfléchit pas. Sans parler de la demande en confort qui ne fait que croître avec le temps : aujourd’hui, les bâtiments sont souvent chauffés à 20 degrés alors qu’en 1950, on chauffait les salons à 15 degrés l’hiver, les chambres à 12... » Sophie Trachte relève qu’à l’inverse, les personnes qui habitent du bâti considéré comme très énergivore, se sont adaptées à leur environnement de manière à réduire leur consommation d’énergie, « par exemple en rassemblant, en hiver, les activités principales dans les seules pièces chauffées du logement ». mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 12 à la une

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