LQJ-285

Le nouveau Bauhaus européen, programme lancé en 2021 par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, entend ouvrir la voie à un nouveau modèle d’innovation dans lequel l’art, les sciences, la technologie et l’écologie vont de pair. Un tel programme supposerait de sortir de la vision d’une architecture “fétichisée”, qui semble encore très présente chez les étudiants. « Les médias sociaux contribuent à véhiculer cet imaginaire d’une architecture très “désirable”, observe Éric Le Coguiec. Or ces images-là ne correspondent pas vraiment au récit que nous tentons de tisser et qui propose de nouvelles alliances. Outre l’exposition des changements nécessaires, notre rôle consiste aussi à susciter chez les étudiants ce nouvel imaginaire où il devient possible de construire des lieux tout aussi beaux, tout aussi réjouissants mais hospitaliers pour le vivant, différents en somme. » Ce type d’approches « systémiques ou holistiques », cette perspective pluridisciplinaire ne permettent pas seulement aux étudiants de mieux se situer par rapport à leur travail, mais engendrent des effets concrets, politiques. « Prenons l’exemple des remblais », illustre Éric Le Coguiec. Les opérations de terrassement, visant à surélever un terrain, touchent aux micro-organismes présents dans la terre. Et cette artificialisation des sols n’est pas sans conséquence sur les sociétés humaines. Ce choix, souvent, exposera in fine les plus vulnérables. Partout, c’est la question de la valeur de la vie qui est posée. « L’artificialisation des sols provoque le ruissellement et risque, à terme, de déclencher des inondations telles que celle de 2021 en région liégeoise. Tout est interrelié. » Pour Julie Neuwels, la construction a une « énorme incidence » sur le milieu et ceux qui l’habitent. « En même temps, c’est un secteur enraciné dans les logiques du tout à la croissance, au détriment justement de la prise en compte de l’humain et du non-humain. L’architecte est donc amené à redéfinir son rôle sociétal. C’est pourquoi le métier d’architecte doit et est en train de se repolitiser. L’enjeu étant que les architectes parviennent à repenser et mettre à profit leurs compétences de lecture et de conception de l’espace pour contrebalancer les approches technico-centrées qui, dominantes aujourd’hui, montrent leurs limites. » ÉCONOMIE DE MOYENS « Nous essayons de travailler avec les étudiants sur des questions de régénération territoriale, commente à ce sujet Jean-Philippe Possoz, responsable d’ateliers en faculté d’Architecture. Comment peut-on par exemple penser un territoire qui a été inondé, alors que l’on sait qu’il y a une corrélation entre l’urbanisation des plateaux et les dégâts de la vallée et que d’autres épisodes d’inondations sont à venir. L’idée n’est pas de faire de l’architecture de la catastrophe, mais de voir comment ce message traumatique amène à notre champ de conscience des réalités que les scientifiques sont par ailleurs très nombreux à mettre en avant. » Pour cet enseignant, une chose est en tout cas certaine : aujourd’hui, la question de l’architecte n’est plus de savoir s’il faut faire « deux chambres ou trois chambres, un immeuble ou une maison », mais bien de comprendre comment accompagner un territoire et une population confrontée au changement. « L’architecte est celui qui va proposer des stratégies d’évolution », résume-t-il. Dans ses ateliers Design&Build, Jean-Philippe Possoz et ses collègues invitent les étudiants à intervenir sur des lieux existants : le local d’une association, un espace collectif. « Ils travaillent par groupe de 20. C’est donc une conception et une construction collaborative, un processus très court et un défi. Avec 1000 euros, aujourd’hui, on rénove à peine 1 m2 et nous demandons aux étudiants de requalifier un lieu pour cette somme. Ils sont donc obligés de penser différemment : soit réduire leurs ambitions, soit trouver d’autres tactiques. Du coup, less ismore AM AgwA A. Anderson Projet Karreveld mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 14 à la une

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