c’est parfois le matériau qui impose le projet alors que, durant leur cursus, ils apprennent à faire l’inverse. » Faire avec ce que l’on a mais aussi apprendre à considérer le déchet ou le matériau en place comme une ressource intéressante : « L’économie de moyens est ici considérée comme une vertu d’intervention, poursuit Jean-Philippe Possoz. Il s’agit d’anoblir une forme d’acupuncture architecturale. L’architecture me semble à sa place quand elle essaie d’être au plus près de la question posée et arrive, non pas seulement à résoudre des problèmes mais à transformer le lieu, dans sa réalité physique autant que dans son usage. » Pour y parvenir, il faut d’abord apprendre à regarder les espaces de manière à la fois moins fétichiste et plus informée, moins naïve et plus “empathique”, selon le terme plébiscité par Jean-Philippe Possoz. « J’essaie d’apprendre aux étudiants non pas à construire mais à nourrir le lien entre l’architecture et sa dimension matérielle, en prenant par exemple conscience des réseaux techniques dont nous dépendons », poursuit-il. Si de l’eau coule de nos robinets par exemple, c’est bien parce que des réseaux, dérobés à la vue, le permettent. « Longtemps, l’architecture, considérée en tant que produit culturel, a eu tendance à cacher des choses plus triviales : on ne dessine pas les radiateurs, les bouches de ventilation, etc. Mais c’est probablement une erreur. Je dis souvent que c’est comme les intestins : prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin de ce que l’on ne voit pas. » Selon la théorie du Pace Layering de Steward Brand, un bâtiment est constitué de couches, autrement dit d’une structure, de techniques et de parachèvements : ce sont généralement sur ces derniers que se porte notre jugement esthétique. Nous jugeons de la beauté d’un plafond, d’un revêtement de sol, d’une façade. Mais si l’on considère que l’objectif est, par exemple, de produire le moins de déchets possible, certains parachèvements apparaissent comme superflus au vu de leur coût environnemental et humain. L’architecture est aujourd’hui confrontée à cette question cruciale, qui traverse de nombreuses disciplines. « Nos propres critères de qualification – ce que nous jugeons esthétique ou non – ont des conséquences sur le réel. Et l’on peut trouver certaines réalisations d’autant plus magnifiques que nous savons qu’elles sont respectueuses de l’environnement, qu’elles ont la capacité de bien vieillir », conclut l’enseignant. Poster - Léna Darolles (master 1-Atelier éric Le Coguiec et Michaël Bianchi-2021) mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 15 à la une
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