LQJ-285

Connaissez-vous le Smilodon ? C’était l’un des plus grands félidés de la planète, également baptisé “tigre à dents de sabre”, en référence à ses impressionnantes canines supérieures (plus de 20 cm de long !). Il a disparu il y a 10 000 ans environ, mais il suscite encore bien des questions. Narimane Chatar, passionnée par les fossiles depuis l’enfance et diplômée en sciences géologiques, cherche à mieux cerner ces espèces éteintes de félidés qui vivaient sur tous les continents, hormis l’Australie. Elle les piste dans tous les grands musées d’Europe (Paris, Madrid, Stockholm, Londres) et des États-Unis (Washington, Los Angeles, New York), scanner 3D de haute précision à la main. Les données tridimensionnelles récoltées lui permettent ensuite de modéliser les crânes, les mandibules, les muscles de ces félins préhistoriques et, grâce à une technique d’analyse de pointe, de simuler des morsures pour chaque dent sans endommager les spécimens fossiles. Et c’est en étudiant la forme des os, l’amplitude des mâchoires et la force des crocs qu’elle tente de comprendre comment ces mammifères hors norme chassaient, mordaient, tuaient. « La comparaison avec les félins contemporains aux canines plus courtes – lions, tigres, ocelots, léopards, guépards – montre qu’il y a un continuum des réponses mécaniques entre les espèces ancestrales et les nôtres. La manière dont ces animaux transmettent la force au point de morsure et la déformation de la mandibule à ce moment précis sont remarquablement similaires dans l’ensemble des données, ce qui révèle une efficacité comparable, quelle que soit la longueur des dents, explique Narimane Chatar qui entame un doctorat à l’EDDylab de l’ULiège. Des morphologies distinctes peuvent donc avoir une fonction analogue. Confrontés aux mêmes défis, les animaux finissent par se ressembler (on parle d’évolution convergente). » Comment les “tigres à dents de sabre” ontils disparu ? Plusieurs facteurs sont avancés : la compétition avec l’homme notamment et le changement climatique à l’ère mésolithique qui a conduit à la disparition progressive de la mégafaune. La survie a été moins difficile pour les félidés plus petits, plus polyvalents. « Comprendre l’extinction de ces espèces nous aide à mieux appréhender ce qui se passe actuellement », conclut Narimane Chatar. Espérons que ce sera suffisant pour réagir car, à l’heure actuelle, sur 36 espèces de félidés recensées (principalement en Afrique, en Amérique latine et en Asie), 29 d’entre elles sont menacées. Chatar, N., Fischer, V., Tseng, Z. J. (2022) Many-to-one function of cat-like mandibles highlights a continuum of sabre tooth adaptions. Proceedings of the Royal Society B : Biological Sciences. 289. * https://www.eddylab.uliege.be/smilodon Fossiles Laforcedescrocs article patricia janssens 27 mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ ici et ailleurs

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