LePrintemps Simenon mentation de la rapidité et de la précision des mélanges, explique Jean-Christophe Monbaliu. La rapidité du mélange de réactifs et sa qualité sont deux paramètres essentiels pour garantir la rapidité d’une réaction et contribue à assurer une grande pureté en évitant des réactions secondaires parasites. Cette précision et cette homogénéité peuvent être difficiles à atteindre dans de grandes cuves. Nous, nous pouvons le réaliser avec une précision chirurgicale. » Autre avantage : une réaction chimique demande souvent à être chauffée ou à être maintenue à une certaine température en évacuant un trop plein d’énergie. « Ces échanges se font à travers la paroi des réacteurs. Dans un réacteur cuve macroscopique, le rapport entre la surface de la paroi et le volume n’est pas favorable. Dans un réacteur fluidique au contraire, il y a une très grande surface pour un très petit volume interne. D’où des transferts d’énergie plus efficaces, plus rapides. » En bref, de tels réacteurs permettent une chimie mieux contrôlée, plus précise ; elle peut se faire plus rapidement et plus sélectivement. Il est donc possible de réagir plus rapidement aux variations sur le marché et produire de manière plus propre, avec moins de déchets. « Un outil extraordinaire pour faire de la chimie organique de synthèse », résume Jean-Christophe Monbaliu. DES MÉDICAMENTS POUR MARS Les qualités intrinsèques de la technologie microfluidique ouvrent bien des perspectives dans certains domaines d’activité, au premier rang desquels le secteur pharmaceutique. « Le pharma… sur Terre ou ailleurs, c’est-à-dire dans l’espace », précise immédiatement Jean-Christophe Monbaliu qui, avec son équipe, vient de signer plusieurs publications sur le sujet. Un projet de recherche financé par la Nasa lui a permis de mettre au point un système capable de produire un médicament figurant sur la liste de ceux utilisés lors des futurs voyages de longue durée dans l’espace. Ne serait-il pas plus simple d’emporter un stock de médicaments dans les navettes ? A priori oui, sauf que les produits de la pharmacopée moderne sont sujets à une durée de vie très réduite dans l’espace, où l’intensité des radiations contribue à accélérer leur dégradation. Mais pour les fabriquer en vol, ou sur Mars par exemple, il faut emporter des réactifs (nombreux si l’on veut une pharmacie d’envergure !) et des solvants qui risquent eux aussi de se dégrader et surtout occupent un certain volume, défaut rédhibitoire dans le spatial. « Il est évident qu’à bord d’une navette, il n’y aura jamais tous les produits chimiques nécessaires comme ici sur Terre, reconnaît Jean-Christophe Monbaliu. Ce que nous avons réalisé pour la NASA est une démonstration de capacité : est-on capable de produire un médicament dans un réacteur suffisamment petit et sûr pour être embarqué dans une navette ? La réponse est oui. » Les chercheurs du Citos ont alors entamé une seconde partie de leur travail, financée cette fois par la Food and Drug Administration (FDA), qui devrait permettre de répondre – partiellement – aux objections formulées précédemment. « Nous essayons maintenant de démontrer s’il est possible de fabriquer des médicaments uniquement sur base des ressources issues de la biomasse au sens large, pas nécessairement terrestre. Cela peut être des déchets humains ou des plantes qu’on ferait pousser dans une station ou une base sur Mars, etc. » Des recherches qui, d’ailleurs, n’intéressent pas seulement le secteur spatial car elles s’inscrivent aussi dans le contexte – bien terrestre ! – de la transition du pétrosourcé vers le biosourcé. Les travaux du laboratoire montrent qu’il est possible de s’affranchir de composants de base issus du pétrole et de les remplacer par d’autres venus de la biomasse, y compris de déchets organiques, pour fabriquer des médicaments. NEUTRALISER LES ARMES CHIMIQUES Une autre application, peut-être perçue comme plus marginale, a fait l’objet de plusieurs publications par l’équipe : la neutralisation d’armes chimiques. Un sujet hélas d’actualité à cause des vestiges des conflits passé… et de ceux en cours. La Belgique est par ailleurs très concernée du fait mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 30 univers cité
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