de son histoire par une de ces armes, l’ypérite (gaz moutarde). « À quelques centaines de mètres de la côte belge, rappelle Jean-Christophe Monbaliu, il existe un cimetière marin de munitions datant des deux grandes guerres, reposant sur un banc de sable. Avec le temps, la corrosion de ces munitions, qui pour beaucoup contiennent encore de l’ypérite, représente un risque notoire pour la population et l’environnement. » L’objectif des scientifiques du Citos étaient de montrer qu’il était possible de détruire ce type de menace chimique, y compris lors de tentatives d’attentats par exemple, de manière simple, économique et en toute sécurité. Car aujourd’hui, lorsque des munitions de ce type sont découvertes, une fois la charge explosive désamorcée, elles sont tout simplement transportées vers des incinérateurs spéciaux pour y être détruites. La technologie microfluidique au contraire permet d’intervenir sur place, puisqu’elle est mobile et compacte, et peut être déplacée sans contrainte, de manière simple et efficace. « Nous sommes parvenus à neutraliser un modèle d’ypérite, c’est-à-dire à détruire chimiquement sa toxicité, et à le transformer en composé non toxique qui peut alors être incinéré en toute sécurité », se réjouit Jean-Christophe Monbaliu. Et ce résultat a été atteint grâce à une chimie abordable et simple qui repose sur des composés abondants à large échelle, voire disponibles en supermarché, sans utiliser, comme d’autres équipes l’ont fait, des catalyseurs onéreux ou compliqués à produire ! Une première recherche a porté sur l’utilisation d’air et de lumière pour neutraliser la toxicité. « Comme explicité plus haut, les phénomènes de transfert d’énergie passant par la paroi des réacteurs fluidiques sont bien plus efficaces que dans les réacteurs macroscopiques. Dans cette optique, la lumière peut également être utilisée de manière très efficace, explique Jean-Christophe Monbaliu. Cette lumière visible nous permet de transformer l’oxygène de l’air ambiant en une espèce très réactive, l’oxygène singulet, qui permet une neutralisation chimique très rapide de l’ypérite. Par ailleurs, les capacités de mélange supérieures de ces réacteurs fluidiques nous permettent de mélanger extrêmement rapidement et efficacement l’air au milieu liquide contenant l’ypérite. Résultat ? Il n’a fallu qu’environ quatre minutes pour neutraliser complètement le gaz asphyxiant. » Une autre recherche a donné des résultats encore plus spectaculaires. C’est cette fois un mélange d’eau de Javel, d’éthanol et d’acide acétique qui est venu à bout de l’ypérite quasi instantanément. La méthode a même été validée avec de la Javel commerciale, de la vodka et du vinaigre de vin à 10 %, des composés disponibles dans n’importe quel supermarché du coin ! Cette méthode est en cours de validation sur d’autres composés bien plus sinistres, en particulier les armes chimiques de guerre organophosphorées. La simplicité de cette “nouvelle” chimie, comme on pourrait l’appeler, pose d’ailleurs un problème : elle est très accessible à des personnes très mal intentionnées. « Nous sommes bien conscients qu’on entre ici dans une zone grise, insiste Jean-Christophe Monbaliu. Si l’on peut fabriquer des médicaments, on peut aussi réaliser des drogues ; si l’on peut neutraliser des armes chimiques, on peut aussi en produire. Une partie de mon travail consiste à conscientiser les autorités fédérales quant aux avantages fabuleux, mais également quant aux risques de dérives associés à ces nouvelles technologies. » FLOW4ALL Le laboratoire Citos est aussi à l’origine de la création d’une plateforme de ressources technologiques fluidiques (FloW4all). Elle offre un éventail de technologies et de savoir-faire à un large panel de partenaires industriels, ainsi qu’à la recherche académique de haut vol. « Nous avons l’ambition de positionner l’ULiège comme acteur majeur sur la scène internationale dans le domaine de la chimie organique appliquée et des procédés fluidiques », commente encore Jean-Christophe Monbaliu. s’affranchir descomposants issusdupétrole mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 31 univers cité
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