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La question de la filiation est également épineuse. Aux États-Unis, au Canada et en Colombie, les mères porteuses soit n’apparaissent pas sur l’acte de naissance, soit peuvent assez rapidement céder leurs droits parentaux. En Belgique, la situation est très différente. « Juridiquement, la mère de l’enfant est celle qui lui donne naissance, rappelle la chercheuse. En général, la mère d’intention doit alors introduire une procédure d’adoption qui peut prendre deux, voire trois ans. Quant au père – dans un couple hétérosexuel ou homosexuel –, il peut reconnaître l’enfant par voie de filiation anténatale ou lors de la déclaration de naissance. » Alors, quelles sont les motivations des mères porteuses ? La majorité d’entre elles ont fondé une famille et ne souhaitent plus avoir d’enfants. « Souvent, elles expliquent qu’elles ont été confrontées à la souffrance de proches suite à des échecs répétés de maternité. Elles ont alors décidé de les aider afin de réaliser leur rêve. Au-delà de la dimension altruiste du geste, cela leur procure un sentiment personnel d’accomplissement, de fierté. Ce qui constitue pour elles une récompense d’ordre symbolique », note Monica Bourlet. partage et séparation Dès l’entame du processus, une relation étroite avec le couple d’intention (primordiale à leurs yeux) s’engage et les mères porteuses souhaitent que ce lien perdure après l’accouchement. « Tout au long de la grossesse, observe Monica Bourlet, elles impliquent les parents d’intention : lors du transfert de l’embryon, pendant les échographies et les visites chez le médecin. Elles partagent leurs ressentis, parlent des mouvements du bébé. Très souvent, elles ont mené la grossesse selon certains souhaits des parents d’intention (haptonomie, enregistrement de leurs voix qu’elles font écouter au bébé, etc.). » Mais comment s’en séparent-elles ? « Les 15 femmes que j’ai rencontrées sont très claires sur ce point : si l’accouchement et la cession du bébé suscitent des émotions compréhensibles, l’enfant qu’elles mettent au monde n’est pas le leur. Elles le “rendent” à ses véritables parents. Elles décrivent d’ailleurs l’accouchement comme un des plus beaux moments de la GPA. Un moment soigneusement préparé : soit la mère porteuse prend l’enfant sur elle, lui dit quelques mots avant de le confier aux parents, soit ce sont eux qui accueillent l’enfant et vont alors le présenter à la mère porteuse. Il y a donc un véritable processus de séparation car, si on s’appuie sur leurs dires, elles ont servi – ce sont leurs propres métaphores – de “couveuse”, de “nid“, de “cigogne”. » Des éléments qui aident à comprendre la réalité des nouveaux modes d’accès à la parentalité et trouvent leur place dans les débats éthiques, moraux et politiques autour de ces questions. mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 35 univers cité Monzani, S., Rizzo N., Les parentalités contemporaines : regards croisés systémique et psychanalytique. ESF, Paris 2022 Naziri, D., Regard psychanalytique sur l’homoparentalité gay : enjeux psychiques du recours à la Gestation pour autrui (GPA). Cahiers de psychologie clinique, 2023/1 Pourallerplus loin

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