ment des outils d’analyse de données d’imagerie cérébrale. » On sait en effet que l’imagerie médicale permet aujourd’hui de recueillir des données fonctionnelles (et plus seulement structurelles) de l’activité dans différentes régions du cerveau. Mais leur interprétation reste difficile et incomplète. À l’heure actuelle, l’analyse de ces données fonctionnelles se fait par la caractérisation de la connectivité fonctionnelle, cœur de la thèse du jeune chercheur. De quoi s’agit-il ? « On peut la définir comme l’ensemble des interactions statistiques entre les mesures dans les différentes régions du cerveau. Il a été démontré que cela est pertinent pour caractériser le fonctionnement – pathologique ou non – du cerveau. » D’autant que, longtemps considérée comme constante au cours du temps, on sait aujourd’hui que la connectivité fluctue et que ces fluctuations permettent de caractériser plus finement les propriétés du cerveau. Ce sont donc ces fluctuations que Raphaël Liégeois a particulièrement étudiées pour in fine développer des outils, des modèles mathématiques permettant de cerner plus précisément les propriétés dynamiques de la connectivité fonctionnelle. Et ce dans un cerveau sain comme dans un cerveau pathologique. Une thèse qui a nécessité un certain exercice de vulgarisation puisqu’à l’interface de la médecine et de l’ingénierie, et qui donc a dû être accessible à chacune des deux communautés. SINGAPOUR En 2015, sa thèse terminée, se pose le choix du post-doctorat. « La voie classique aurait été de choisir les États-Unis. Mais l’Asie me semblait plus mystérieuse, j’avais envie de découvrir ce continent. » Cap vers la National University of Singapore, dans le laboratoire du Pr Yeo, très réputé dans le domaine des neurosciences computationnelles. « Nous avons vécu là deux années magnifiques, découvrant d’autres pays et cultures », se remémore Raphaël Liégeois. L’occasion aussi de développer des outils d’analyse d’imagerie mathématiquement plus avancés que ceux développés dans sa thèse. Ce qu’il continuera à faire dès 2018 au sein de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Avec toujours le même objectif : que les outils développés aient un impact dans le traitement des maladies cérébrales, comme Alzheimer par exemple. Mais alors pourquoi l’espace ? Car c’est bien pendant cette période suisse de sa carrière que le démon est revenu frapper à la porte à l’occasion de l’appel à candidature lancé par l’ESA. « Je me suis posé la question lors des épreuves de sélection, avoue-til. J’étais engagé dans les neurosciences, à la fois comme chercheur et comme enseignant. Et mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau était la nouvelle frontière à dépasser. Alors pourquoi songer à nouveau à l’espace ? Je ne suis pas sûr d’avoir la réponse complète à cette question. Il est difficile d’expliquer pourquoi certains rêves sont en nous, nous habitent. Je songe à nouveau à Magellan, son envie de découverte qui doit bénéficier à l’humanité. » Raphaël Liégeois va maintenant retourner sur les bancs de l’école, celle des astronautes européens située à Cologne. Une nouvelle vie d’où la recherche scientifique sera absente. Sans regret ? « Il est certain que cela va me manquer, admet-il. Et je me suis posé la question lorsque j’ai postulé. Mais je quitte ce milieu en paix : tout ce que j’ai produit, notamment les algorithmes utilisés pour les systèmes d’analyse, est disponible pour la communauté. Et je contribuerai sans doute à la recherche par d’autres moyens, même si je n’utiliserai plus l’expertise que j’ai aujourd’hui dans les neurosciences. » Nouvelle vie, nouvelle rupture, mais l’occasion de découvrir un autre pays, une autre langue, en famille (Marine et lui sont les mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 38 le parcours
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