symbiotique avec les plantes, indique Ludivine Lassois. Une fois fixés au niveau des racines, ils déploient des hyphes, c’est-à-dire de longs filaments 20 à 50 fois plus fins que des racines, et qui s’enfoncent bien plus profondément qu’elles dans la terre. » Ces champignons sont loin d’être un cas isolé, car, en réalité, près de 80 % des plantes terrestres développent une relation mycorhizienne. Apparue il y a 450 millions d’années, elle a permis aux plantes de coloniser la terre ferme à une époque où elles n’avaient pas de vrai système racinaire. « En multipliant par 1000 la surface d’échange de la plante avec le sol, continue l’agronome, les champignons puisent et apportent à la plante des éléments nutritifs, comme le phosphate notamment. En retour, la plante fournit aux champignons du carbone fixé par la photosynthèse, un élément nécessaire à leur croissance. » Dans ces sols tropicaux pauvres en azote et en phosphore, et où l’eau n’est pas facilement accessible, ces champignons constituent donc pour la plante un avantage puissant. Parce qu’en plus de participer à la nutrition de la plante, ils contribuent également à leur protection contre les pathogènes et à la stabilisation des sols. « Les plantes ne sont pas différentes des autres organismes vivants, sourit Ludivine Lassois. Mieux nourries, elles sont en meilleure santé. Et, en faisant en sorte que la plante ait accès à tous les éléments utiles, les mycorhizes stimulent son système immunitaire et la rendent plus résistante. Résistante aux stress biotiques, tels que les attaques de bactéries ou de ravageurs, ainsi qu’aux stress dits abiotiques, comme le manque ou le trop plein d’eau. » Restait donc à trouver les champignons adéquats, et une façon de les cultiver facilement accessible aux populations. Eclosio a donc travaillé avec l’Institut de recherche et de développement de Dakar, et avec l’Institut de recherche agronomique du Sénégal, lesquels ont identifié, dans la littérature scientifique, différentes souches de champignons aptes à être utilisées. « Nombreux sont les laboratoires dans le monde, comme ici en Belgique, à disposer d’une mycothèque, où les souches des champignons sont conservées, explique Ludivine Lassois. Une fois repérés, ces champignons ont été cultivés sur des milieux spécifiques, avant d’être séchés et transformés en une petite quantité de poudre, puis remis aux paysans de Ngeye Ngeye. » C’est là qu’interviennent les grandes bassines en béton. Les cultivateurs y ont mélangé les champignons à de la coque d’arachide broyée, un déchet local et abondant, mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 42 ici et ailleurs
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