LQJ-285

pour y semer ensuite du maïs et du sorgho. « Hormis en laboratoire, les champignons ne peuvent se développer qu’en présence de plantes, indique la chercheuse. Mais une fois placés dans de bonnes conditions, ils se multiplient de façon exponentielle. Après quelque temps, les paysannes peuvent donc récupérer des sacs remplis de cette “terre” riche en mycorhizes (l’inoculum), utilisable dans leurs champs. » RÉSULTATS INCONTESTABLES Les résultats sont là. « On manque encore de données chiffrées pour appuyer nos résultats, mais on le constate déjà visuellement : les plantes vont mieux, s’enthousiasme Ludivine Lassois. Elles sont plus robustes, avec des feuilles plus étalées, des fruits plus gros et qui résistent mieux jusqu’à maturation. » Certains habitants, qui suivent le projet attentivement, ont même constaté une évolution au cours des années. « Lors de mon dernier voyage, j’ai rencontré un homme qui suivait le projet depuis cinq ans, se souvient l’agronome. Il m’a confirmé qu’il voyait une amélioration d’année en année. Autrement dit, les mycorhizes ont un effet sur les plantations du moment, mais restent dans le sol après la récolte. Ils continuent d’avoir un impact sur les composantes chimiques et physiques des sols sur le long terme, ce qui est très encourageant. » En plus de permettre aux agriculteurs et agricultrices de nourrir leurs familles, ce projet explore également la possibilité de développer un commerce de revente locale de l’inoculum pour augmenter les revenus du ménage, et ainsi permettre aux filles d’aller à l’école. Avec, à terme, l’objectif « de développer la filière, et de faire en sorte que le village puisse cultiver assez de champignons pour créer d’autres unités de production d’inoculum dans les villages de la région. » Selon Ludivine Lassois, le succès de ce projet n’aurait pu être aussi éclatant sans l’appui d’Eclosio. Malgré un budget d’à peine 20 000 euros, l’ONG a eu un impact important « avec une implication totale des partenaires sur le terrain. Au point que l’ONG souhaite continuer à suivre nos projets dans la région, afin de garder un lien avec l’Université et diffuser auprès de la population les connaissances acquises et les résultats obtenus. » Car Ludivine Lassois a décidé de pousser les recherches plus loin. Elle a obtenu pour cela un financement de l’ARES pour un projet de recherche-développement (PRD) sur cinq ans. « Contrairement à la recherche-action, qui a des répercussions immédiates sur le terrain, ce projet se focalisera sur de la recherche plus fondamentale afin de comprendre en profondeur le processus, et cela dans toutes ses dimensions », expose-t-elle. APPROFONDIR LES RECHERCHES Ce PRD présente plusieurs volets déclinés en autant de thèses de doctorat, toutes soutenues par des étudiants sénégalais. « La première est une thèse de sociologie, afin de mettre en lumière les leviers disponibles au sein de la population locale, détaille la chercheuse. Les Européens que nous sommes n’ont pas conscience des freins qui existent sur le terrain. La question du genre est par exemple très importante : ce sont les femmes qui traditionnellement cultivent la terre mais, lorsque nous avons voulu faire leur connaissance, nous n’avons pu rencontrer que des hommes », se souvient-elle. Le deuxième volet du PRD s’occupera de questions agronomiques, notamment à propos des rendements possibles des mycorhizes. « Le projet de recherche-action s’est focalisé sur des mycorhizes compatibles, mais peut-être existe-t-il des souches locales mieux adaptées encore, envisage Ludivine Lassois. De plus, nous devons quantifier les récoltes sur plusieurs années, évaluer les changements de structure et de composition chimique des sols, et ce avec diverses plantes maraîchères cultivées par les populations locales. » Enfin, le PRD financera également une thèse en microbiologie pour explorer la diversité biologique du sol. « On parle ici de champignons, mais la réalité est bien plus complexe, nuance la chercheuse. Il s’agit d’un microbiome très riche, avec un véritable réseau d’interdépendances entre plusieurs types d’organismes. On souhaite par exemple ajouter certaines bactéries qui fonctionnent en leschampignons apportent des éléments nutritifs mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 43 ici et ailleurs

RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=