LQJ-285

C’est quelque chose que l’on a tous vécu un jour. Lors d’une discussion houleuse avec notre parent·e, notre ami·e, notre amant·e, le ton monte, le débat devient vif et les mots plus piquants. Et lorsque la répartie cinglante que l’on pensait ciselée pour clore le débat franchit nos lèvres, on la regrette aussitôt. La situation nous a échappé, comme si quelque chose s’était exprimé à notre place. « Ce conflit entre gens qui s’aiment et que je définis comme une dispute est une chose profondément mystérieuse, et il y a longtemps que je souhaitais l’étudier, confie Maxime Rovere, car elle est l’exemple parfait d’une interaction qui ne se rapporte plus aux intentions des acteurs : elle leur échappe au point de devenir autonome. » À l’origine de ce livre se trouve surtout une préoccupation d’ordre social. « J’ai eu le sentiment que nous désapprenons le dialogue, se souvient-il. Même les amis finissent par ne plus discuter des sujets qui les divisent. De la vaccination, de la politique, du féminisme… » Certains verront sans doute là l’intellectualisation d’une question plus apte à être traitée par la psychologie. Mais selon Maxime Rovere, c’est plutôt l’inverse. « Il existe dans la vie quotidienne de nombreux problèmes philosophiques que l’on a tendance à “psychologiser ”, estime-t-il. Pour moi, l’un des enjeux de ce livre est d’aider les lecteurs et lectrices à percevoir qu’ils ont les moyens de se transformer par eux-mêmes. Et depuis 3000 ans, cet élan s’appelle la philosophie », insiste celui qui l’a enseignée de nombreuses années à l’École nationale supérieure de Lyon. Alors, pourquoi le dialogue nous échappe-t-il au point, parfois, qu’une autre entité parle à notre place ? Pour éclairer cette question, le philosophe utilise le concept d’interaction du sociologue Erwin Goffman et la philosophie Le 15 février dernier, le philosophe Maxime Rovere était invité par la Maison des sciences de l’homme de l’ULiège afin de présenter son dernier ouvrage*. Il y développe une philosophie de la dispute en s’appuyant tant sur les sciences que sur la littérature, et, dans le même temps, nous montre que la souffrance qui en résulte porte en elle une force importante d’exploration et de transformation de soi. ARTICLE THIBAULT GRANDJEAN dessin julien ortega * Maxime Rovere, Se vouloir du bien et se faire du mal, Flammarion, Paris, octobre 2022. mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 47 l’ invité Philosophie de l’intime Maxime Rovere

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