LQJ-285

Le Quinzième Jour : À quoi fait référence la date du 17 mai ? Cyrille Prestianni : Elle commémore, en 1990, la décision de l’Organisation mondiale de la santé de retirer l’homosexualité de la liste des maladies mentales (la Journée internationale apparaît en 2005). Mais les événements fondateurs des mouvements gays, lesbiens, bisexuels et transgenres sont bien plus anciens. Je pense notamment aux émeutes de Stonewall à New York (en 1969) contre les exactions policières. L’organisation des “Prides” – ou marches de fierté – dès le début des années 1970 aux États-Unis, puis en Europe (dès la fin des années 1970 en Flandre et à partir de 1993 chaque année à Bruxelles) est d’ailleurs liée à ces manifestations en faveur des personnes LGBTQIA+ (voir encadré). Le LQJ : Cette journée est-elle encore pertinente, aujourd’hui, en Belgique ? C.P. : Sans aucun doute ! Le 17 mai est un point focal, un moment où les questions et les luttes LGBTQIA+ sont mises en avant. Il s’agit du point d’orgue de l’année militante. C’est un moment-clé d’une part pour rencontrer les médias et la société dans toutes ses composantes et pour faire montre de nos revendications. Si l’on jette un regard rétrospectif sur la Belgique, il est évident que notre pays a largement évolué sur ces questions. Nombre de droits symboliques ont été acquis tels que le mariage, l’adoption, l’autodétermination du genre, etc. Au fil du temps et de ces grandes victoires militantes, la journée du 17 mai a évolué mais, loin de s’essouffler, les combats se sont multipliés et le 17 mai s’est dès lors transformé en un plaidoyer pour une prise en compte respectueuse de l’ensemble des diversités de genre. Marie Kill : Pour moi, le 17 mai est un prétexte pour parler des enjeux sociétaux. L’objectif est, d’une part, d’attirer l’attention sur les violences subies par les personnes non-hétérosexuelles et non-cisgenres (voir encadré) et, d’autre part, de promouvoir des actions de sensibilisation pour lutter contre l’homophobie, la transphobie, etc. En Belgique, l’homosexualité et la dysphorie de genre sont heureusement sorties du champ de la psychiatrie et ne sont plus, officiellement, considérées comme des maladies mentales : elles n’appartiennent désormais plus au Diagnostic and Statistical Manual, le fameux “DSM”. C’est une avancée en termes de reconnaissance de la communauté LGBTQIA+. Cela permet aussi de rendre visibles d’autres existences qui, longtemps, ne l’étaient pas : je pense notamment aux personnes intersexes. Bastien Bomans : Je pense aussi que ces “Journées internationales” ont toujours leur raison d’être. Et même si la Belgique est pionnière dans la reconnaissance des droits des personnes LGTBQIA+, il faut continuer la sensibilisation aux questions de genre et de sexualité, car la dimension légale ne fait pas tout. Les actes homophobes et transphobes persistent, de manière plus ou moins frontale, de la “simple” blague stéréotypée aux insultes dans la rue, dans les cours de récréation, sur les réseaux sociaux, etc. Plus grave, on se souvient aussi des meurtres de David Polfliet près d’Anvers, d’Ihsane Jarfi et de Wade Mbaye à Liège. On pense encore à Lucas, en France, un garçon gay de 13 ans qui s’est suicidé récemment suite à du harcèlement scolaire. Ces événements terribles sont loin d’être des cas isolés et témoignent bien d’une persistance des violences LGBTQIA+phobes. Le LQJ : Selon vous, que faire pour réduire ces stigmatisations ? B.B. : Il faut déconstruire les imaginaires. La socialisation des garçons et des hommes est encore imprégnée d’une virilité très austère, d’un récit patriarcal. Ce n’est pas la seule racine de l’homophobie et de la transphobie, mais c’en est une. Il faut offrir des représentations de genre plus souples. L’éducation, l’information et la sensibilisation sont, à mon avis, des clefs très importantes pour lutter contre les violences et les préjugés car, bien souvent, ils sont le résultat d’une méconnaissance de l’autre, d’une déshumanisation des propos. À titre d’exemple, le GrIS Wallonie – dont la méthode est basée sur le récit de soi – propose des rencontres entre des écoliers de l’enseignement secondaire et des personnes gays, lesbiennes, bisexuelles et transgenres. J’en fais partie et nous tentons de démystifier les fausses idées que les adolescents et adolescentes peuvent avoir sur l’homosexualité et les transidentités. C.P. : Ce projet suscite la rencontre entre des jeunes et des personnes LGBTQIA+ qui s’assument publiquement. L’objectif est de fournir des informations et de montrer à certains et certaines qu’ils et elles ne sont pas seuls ou seules. Dans la même optique, la Maison Arc-en-Ciel de Liège soutient un spectacle “Unique en Son Genre” qui, à travers la littérature, la poésie, les mots et les couleurs, questionne le genre. mai-août 2023 i 285 i www.ul iege.be/LQJ 57 le dialogue

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