LQJ-287

Le concept “One Health” est apparu dans les années 2000. Il aura pourtant fallu la crise de la Covid-19 pour que le terme commence à se frayer un chemin parmi les non-initiés. Illustration un peu trop parfaite de l’interdépendance entre santé animale, santé humaine et santé environnementale, la pandémie a joué le rôle de spectaculaire piqûre de rappel : les humains n’habitent pas dans un décor – la nature – avec des personnages secondaires, les animaux, les plantes ou les micro-organismes. Au contraire, nous évoluons dans un monde interconnecté qui rassemble tous les êtres vivants. Et comme la plupart des maladies infectieuses – 58 % des 1400 pathogènes susceptibles d’infecter l’humain sont d’origine animale –, la Covid est une zoonose, c’est-à-dire une maladie transmise par l’animal à l’humain. « Il y a beaucoup plus de risques de zoonoses aujourd’hui que par le passé, observe Simon Lhoest, enseignant-chercheur en gestion des ressources forestières à Gembloux Agro-Bio Tech, notamment à cause de l’emprise croissante des activités humaines sur les écosystèmes naturels, la déforestation en particulier, mais aussi notre présence accrue dans ces écosystèmes. Par ailleurs, l’explosion démographique crée des zones à très haut risque de nouvelles émergences dans certaines régions du monde. » Les déplacements de population, le commerce international, les voyages se chargent quant à eux de faire circuler les virus à l’échelle planétaire. En ce sens, le risque accru de pandémie, au même titre que la perte de biodiversité, peut être considéré comme un effet de l’altération fonctionnelle du réseau vivant. « Au cœur du “One Health”, il y a la notion de réseau. Or il existe une véritable science des réseaux, explique Michel Moutschen, vice-recteur à la recherche à l’ULiège. Des théoriciens comme Albert-László Barabási ont travaillé tant sur les réseaux électriques que sur les réseaux du corps humain. Et ils ont retrouvé des similitudes : pour qu’un réseau soit fonctionnel, il faut que ses nœuds soient connectés d’une certaine façon et s’il y a des attaques sur ces nœuds, le réseau s’effondre. » Pour le vice-recteur, également médecin spécialiste de l’immunodéficience, le concept de “One Health” fait écho à la théorie de l’hygiène, qui postule que l’affaiblissement de nos contacts avec les micro-organismes – diminution des accouchements par voie basse, environnements désinfectés, etc. – induit un dysfonctionnement du système immunitaire, qui explique notamment la recrudescence des allergies dans nos sociétés modernes. « C’est un exemple qui montre que quand le réseau de connexions est appauvri, on a une altération de la santé qui se traduit dans un deuxième temps par une maladie », commente-t-il. Comme le risque de pandémie virale, la résistance aux antibiotiques illustre très bien la puissance de ces interconnexions et de leur dérèglement. Directement causée par notre surconsommation ou mauvaise utilisation des antibiotiques, l’antibiorésistance pourrait devenir d’ici 2050, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la première cause de mortalité humaine dans le monde, loin devant le cancer. Or, le mésusage des antibiotiques concerne à la fois la santé humaine, la santé animale, la santé végétale et la gestion des déchets de médicaments. L’antibiorésistance est un problème lié à notre manière de nous soigner la santé en mode triade janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 12 à la une

RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=