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ainsi qu’à celle de nous nourrir. Elle concerne en outre notre industrie et notre aptitude à innover face à des bactéries promptes à s’adapter. UNE APPROCHE SALUTOGÈNE Face à la menace pandémique et à l’antibiorésistance, l’approche “One Health” invite à agir de façon préventive. Prévenir en cherchant de nouveaux équilibres, en comprenant, réparant et prenant soin du réseau du vivant. À la gestion collaborative des risques identifiés, le concept “One Health” parle de “production de santé”, une approche dite “salutogène” selon le terme du sociologue américain, Aaron Antonovsky. « Il s’agit de travailler sur les déterminants de la santé mais aussi sur les déterminants des déterminants, toujours plus en amont, raconte Nicolas Antoine-Moussiaux, coordinateur du master de spécialisation de gestion intégrée des risques sanitaires à l’ULiège. Cette démarche appelle à toujours plus de collaborations, de plus en plus diverses, et à apprendre ensemble. » Dans ce master lui-même en constante évolution, Nicolas Antoine-Moussiaux accueille des profils très divers : médecins, vétérinaires, pharmaciens, agronomes, infirmières épidémiologistes, anthropologues, environnementalistes. « L’idée, précise-t-il, c’est que tous ces gens puissent relier leur expérience, la valoriser d’une nouvelle manière pour collaborer avec d’autres, qui conceptualisent les choses différemment, qui n’ont pas les mêmes priorités et parfois pas les mêmes valeurs. » De son côté, Simon Lhoest rappelle que « travailler chacun dans sa bulle disciplinaire a été longtemps une pratique dominante. Plus récemment, des chercheurs se sont, au contraire, intéressés à l’interdisciplinarité. Le bémol, c’est le risque de mettre ensemble des personnes aux profils tellement différents qu’ils ont finalement peu de préoccupations à partager. Le concept de “One Health” ne peut être opérationnel qu’à condition que les chercheurs se comprennent. » Pour autant, cette approche apparaît aujourd’hui indispensable au regard de la complexité des problèmes auxquels nous sommes confrontés et de leur imbrication. « La pensée systémique est importante, poursuit Nicolas Antoine-Moussiaux qui exige de voir le monde comme un ensemble de systèmes et de sous-systèmes interconnectés. Face à la convergence des crises, nous devons collationner nos analyses et nos solutions. À l’interconnexion des problèmes doit correspondre celle des disciplines, des points de vue et des modalités de savoir. » COLLECTIFS MULTI-ESPÈCES Le “One Health” s’inscrit par ailleurs dans une évolution conceptuelle majeure, qui a peu à peu laissé de côté l’idée d’une nature régie uniquement par ses propres lois, au profit de la notion de vivant. « Celle-ci nous invite à prendre au sérieux les interdépendances fortes entre humains et non-humains. Leur coévolution, au sein d’une multitude de collectifs, n’est plus considérée comme une perturbation, mais comme la norme, explique Dorothée Denayer, biologiste et socio-anthropologue, codirectrice du SEED (socioécologie, enquête et délibération) au sein de la faculté des Sciences de l’ULiège. La biodiversité diminue, tandis que certains êtres prolifèrent. Or dans le paradigme d’une nature idéale et prévisible, ces deux phénomènes sont considérés comme “à éradiquer’ sans pour autant que nous soyons en mesure de comprendre les relations humainsvivants dans ces phénomènes. La question n’est donc plus seulement : quelles pratiques pour éradiquer tel animal exotique ou tel virus ? Plus fondamentalement, nous devons nous demander comment établir des relations plus durables avec les êtres non humains. Et le chantier est immense, tant nos sociétés sont inhospitalières janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 13 à la une

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