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pour eux, et tant elles ont délaissé ces questions du vivre ensemble… » C’est à partir de ses terrains auprès des gestionnaires de la faune sauvage – les tortues marines au Congo-Brazzaville ou les ours bruns dans les Pyrénées – que Dorothée Denayer s’est intéressée au “One Health”. « Je me suis beaucoup intéressée au “Care”, qui vient des sciences médicales, des infirmières et des courants féministes et qui est remobilisé aujourd’hui dans le “care” environnemental pour analyser un ensemble de démarches visant à préserver, réparer, faire durer des espèces ou des milieux naturels... Ces démarches trop souvent considérées comme purement techniques soulèvent de nombreux dilemmes éthiques. Quelles sont les relations qui lient les acteurs prenant part à ces activités destinées à leurs protégés ? Les animaux sauvages dont on prend soin, dans quelle mesure sont-ils toujours sauvages ? Parfois, prendre soin de la nature signifie pour eux détruire des animaux problématiques et la passion se mêle alors bien souvent à la souffrance. Mais, dans ces pratiques de soin, le bien-être des humains et le bien-être des animaux sont intimement liés. » Simon Lhoest, qui coordonne le lancement d’un projet de recherche sur la prévention des zoonoses en périphérie de Lubumbashi en République démocratique du Congo, souligne également l’importance pour le scientifique de ne pas pratiquer de “science parachutée”, mais au contraire de prendre le temps de s’imprégner du contexte local et de tenir compte de l’expertise de terrain des différents acteurs. Une approche transdisciplinaire favorisée par le “One Health” qui prône l’inclusivité et la collaboration à tous les niveaux. « Nous allons suivre les populations de faune sauvage pour les caractériser et connaître leur distribution, explique le chercheur. Dans un deuxième temps, nous allons étudier les habitudes locales d’utilisation de viande de brousse, depuis la chasse en forêt jusqu’à la consommation, en passant par la vente sur les marchés. En prenant aussi en compte la dimension du genre au sein de la filière : qui manipule la viande ? À quelle étape ? Et quel est le risque de transmission de maladie à chaque étape, pour chaque public ? On sait que ce sont principalement les manipulations qui augmentent les risques de transmission (et non pas la consommation proprement dite), notamment lors du dépeçage, généralement réalisé par les femmes. Parallèlement, nous allons faire un suivi des potentiels pathogènes colportés par les rongeurs et les primates. » Avec comme objectif de dégager des lignes directrices pour la prévention des risques. DIVERSITÉ DES POSSIBLES Aujourd’hui, l’approche “One Health” suscite donc un intérêt croissant au sein du monde scientifique et des grandes organisations internationales comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). En Belgique, c’est l’institution publique Sciensano, issue de la fusion entre l’ancien Centre d’étude et de recherches vétérinaires et agrochimiques et l’ex-Institut scientifique de Santé publique, qui incarne cette approche, en assumant des missions conjointes de santé publique et animale. « Disposer d’une agence de recherche scientifique nationale avec cette orientation est presque unique au monde, rappelle Nicolas Antoine-Moussiaux. C’est aussi le cas de notre Service public fédéral santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 14 à la une

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