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évaluer sa pertinence par rapport aux soins plus traditionnels. « J’utilise surtout la réalité virtuelle avec les enfants pour réguler leurs émotions, en particulier pour amplifier leurs capacités d’autorégulation, expose Céline Stassart. Je me suis penchée notamment sur la douleur chronique, et plus précisément sur la migraine chez les enfants. En tant que clinicienne, je pratiquais évidemment avec eux les exercices de relaxation. Mais le plus difficile, pour eux, était de transférer ces techniques dans la vie quotidienne. C’est très facile de se relaxer quand on est dans son divan, mais beaucoup moins dans des contextes inquiétants. Le potentiel de la réalité virtuelle est, dans ce cas aussi, extrêmement prometteur. Nous avons mené une recherche pour les enfants entre 8 et 15 ans. Le but était de renforcer leurs compétences de relaxation tout en les plaçant dans des contextes inquiétants pour eux, ou disons peu propices à la relaxation : comme une salle de cours, ou une épicerie dans laquelle on doit se déplacer et chercher des objets. La démarche est progressive : l’enfant va d’abord pénétrer dans une classe vide, puis dans la même salle, avec une maîtresse qui donne une leçon. Il doit alors, simultanément, écouter la leçon tout en faisant ses exercices de relaxation. Un “bio feedback” est également introduit dans l’expérience : “Billy”, un petit papillon qui réagit à la fréquence cardiaque de l’enfant. Plus il se détend grâce aux techniques de respiration abdominale, plus la fréquence cardiaque diminue et plus le papillon devient beau. Cet artefact est en quelque sorte une représentation de leur niveau de tension. Cela leur permet d’avoir une information en temps réel sur l’efficacité de l’apprentissage. » Dans la prise en charge des phobies, l’efficacité de la réalité virtuelle est démontrée depuis plusieurs années. « À titre d’illustration, il est devenu beaucoup plus facile d’amoindrir les phobies de l’avion depuis qu’il y a la réalité virtuelle, confirme Aurélie Wagener. Avec cette technologie, il est possible de vivre tout le processus : l’arrivée à l’aéroport, l’installation dans l’avion, le décollage, le vol, l’atterrissage. De plus, pendant que le patient porte le casque, on va pouvoir déclencher des turbulences ou faire monter le bruit ou l’agitation dans l’avion. C’est vraiment un atout incontestable ! » La réalité virtuelle est aussi très efficiente pour soigner d’autres phobies comme celle des araignées ou des chiens. Selon les études, la durée du traitement serait par ailleurs écourtée. « Je repense à l’une de mes patientes qui, après quelques séances seulement, a réussi à monter dans un avion pour Nice. Les autres techniques auraient été plus chronophages », se souvient Aurélie Wagener. DONNER DE LA VOIX En logopédie, en revanche, le recours à la réalité virtuelle est beaucoup plus récent qu’en psychologie, particulièrement en ce qui concerne la voix et la parole. « Dans le domaine de la voix, à ma connaissance, nous sommes les premiers à l’ULiège à avoir développé un environnement de réalité virtuelle pour répondre à un besoin clinique spécifique, en l’occurrence l’amélioration de la voix des enseignants, souligne Angélique Remacle. Nous sommes allés les voir en classe et avons pris des mesures liées à leur comportement vocal dans leur quotidien, lors d’une leçon avec les élèves. Ensuite, dans notre laboratoire, ces mêmes enseignants ont donné la même leçon face à la classe en réalité virtuelle. Les analyses de leur voix montrent des résultats équivalents dans les classes : la réalité virtuelle représente donc un outil pertinent pour la formation ou le traitement de la voix des enseignants. La réalité virtuelle offre les mêmes bénéfices que les méthodes de prise en soin vocales classiques, tout en augmentant le sentiment d’auto-efficacité des enseignants. Après l’entraînement dans la classe virtuelle, les enseignants se sentaient davantage capables de mettre en place de bons comportements afin d’éviter la pathologie. » Que le patient constate lui-même son évolution est gage de motivation. Encore faut-il que les résultats soient pérennes, ce qui n’est pas encore assuré. En logopédie, il n’est pas rare d’observer des rechutes faire face à des situations anxiogènes janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 26 omni sciences

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