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car, dans la réalité, nombreuses sont les situations anxiogènes et les patients éprouvent alors de la peine à mettre en œuvre les techniques connues. Déstabilisés, ils retombent dans les mêmes schémas. « En logopédie, on utilise donc la réalité virtuelle pour aider les patients à faire face à des situations de plus en plus angoissantes pour eux. L’idée est vraiment de les confronter à des situations difficiles. En cela, la réalité virtuelle est incomparable pour simuler la réalité. La salle de thérapie n’en est plus une : le patient est réellement plongé au cœur de l’environnement redouté », reprend Anne-Lise Leclercq. En fonction de ses craintes, le patient peut se retrouver à la boulangerie, devant un groupe de personnes ou dans un restaurant près d’un serveur. À tout moment, le thérapeute peut contrôler et moduler l’expérience, car il sait qu’il va placer le patient dans des situations de plus en plus complexes. « Il peut élever le niveau d’agitation des élèves dans la classe, moduler le volume sonore ambiant, illustre Angélique Remacle. Lamia Bettahi, une doctorante dans notre service, intègre dans ses travaux les aspects liés à la voix, à la fluidité de la parole, ainsi qu’à l’influence du contexte. Elle utilise une audience virtuelle développée par l’équipe du Pr Michaël Schyns. Dans cet environnement, la salle de conférence est équipée d’avatars en guise d’auditeurs. Cet environnement virtuel est paramétrable : on peut décider de l’attitude adoptée par les avatars. S’agira-t-il d’un public à l’écoute, souriant ou, à l’inverse, d’un public indifférent, bruyant, voire hostile ? » Ces détails constituent des atouts indéniables pour le thérapeute qui peut alors élaborer ses propres stratégies et scénarios à partir d’un seul environnement. Encore faut-il être certain que la réalité virtuelle soit indiquée dans une thérapie, comme le rappelle Céline Stassart. « En ce qui me concerne, je fais du cas par cas. Dernièrement, j’ai eu en consultation un enfant qui gérait mal les symptômes d’anxiété. L’objet de sa peur était de ressentir des symptômes corporels. Dès qu’il avait mal au ventre, dès que son cœur battait plus vite, il craignait de perdre le contrôle devant les autres. L’objectif thérapeutique, établi avec lui, était de l’exposer à des symptômes physiologiques afin d’en diminuer le caractère catastrophique et de lui faire prendre conscience que le pire imaginé n’arrivait pas. En cours de suivi, j’ai appris qu’il avait peur des serpents. Or, dans l’un des environnements conçus par Stéphane Bouchard – un appartement –, il y a un Rubik’s Cube à côté des toilettes, mais vu de loin, l’objet n’était pas clairement identifiable. Je lui ai dit que c’était un serpent. Immédiatement, l’anxiété et les symptômes physiologiques associés se sont déclenchés, ce qui était l’objectif recherché. Dans ce cas, la réalité virtuelle a fait la différence. » Mais qu’on ne s’y trompe pas : elle constitue un outil à disposition du professionnel de santé qui reste aux manettes. En aucun cas, il ne pourrait être remplacé par un avatar. * Elle est épaulée par Céline Stassart, psychologue spécialiste de l’enfance et chargée de cours, ainsi que, au département de logopédie, par Anne-Lise Leclercq, logopède clinicienne et cheffe de travaux, et par Angélique Remacle, assistante, spécialisée dans les troubles de la voix. Notons que d’autres chercheurs de l’unité ont recours à la réalité virtuelle, m me s’ils ne participeront pas au symposium : le Pr Alexandre Mouton, vice-directeur de l’unité de recherche, qui évalue l’intér t de la réalité virtuelle sur la régulation de l’anxiété de la performance chez les sportifs ou Anne-Françoise Rousseau, collaboratrice en faculté de Médecine, qui l’envisage avec des patients sortant des soins intensifs. * informations et programme complet du congrès sur le site http://www.sante-education.uliege.be/ Pour aller plus loin • Éric Malbos, Rodolphe Oppenheimer, Psychothérapie et réalité virtuelle, Odile Jacob, Paris, novembre 2020 • Élodie Étienne, Anne-Lise Leclercq, Angélique Remacle, Laurence Dessart et Michaël Schyns, “Perception of avatars nonverbal behaviors in virtual reality” dans Psychology and Marketing, 1-18 (2023), https://hdl.handle.net/2268/295381 • Angélique Remacle, Valérie Ancion et Dominique Morsomme, “Protocole pour l’entraînement des compétences de communication orale des enseignants dans un objectif de prévention vocale : description du programme VirtuVox” dans Langue(s) & Parole, 7 (2022), https://hdl.handle.net/2268/298488 janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 27 omni sciences

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