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MODIFIER LES PRATIQUES AGRICOLES Responsable de la cellule Environment is life de Gembloux Agro-Bio Tech, le Pr Bernard Longdoz est spécialiste des échanges de gaz à effet de serre (GES) entre écosystèmes terrestres et atmosphère. À ce titre, son souci est aussi de rendre les effets de l’agriculture moins négatifs pour le climat. Diminuer fortement notre consommation de viande, surtout de bœuf, par exemple, est une piste politique. Même si, comme on le lira, il ne suffit pas de supprimer purement et simplement toute forme d’élevage. Mais en amont, la manière de gérer les écosystèmes peut fortement modifier leur incidence sur le climat. Les mesures des émissions de GES effectuées par un réseau européen dont Gembloux fait partie montrent que deux pratiques sont à recommander : « Il faut, précise Bernard Longdoz, mettre en place des intercultures, comme la moutarde, semées après les moissons et les incorporer dans le sol après l’hiver, ce qui va d’abord stocker du carbone – un sol nu, sans culture, est émetteur de CO2 –, mais va aussi “engraisser” le sol. Ensuite, il faut veiller à ne pas fertiliser le sol directement avant des pluies abondantes – aujourd’hui c’est prévisible – sinon il y aura de grosses émissions de protoxyde d’azote( N2O). » D’autres pratiques vont devoir se répandre : insérer ou maintenir des prairies dans la rotation des cultures, car l’herbe stocke davantage de carbone. Ou encore enfouir du charbon de bois (le biochar) dans les sols, manière de stocker le carbone pour de longues périodes. Des solutions existent mais ne seront pas suffisantes, comme le précise Bernard Longdoz, si des itinéraires techniques nouveaux ne sont pas adaptés. « Pour chaque culture, il faut savoir quand on sème, quand on fertilise, comment on travaille le sol. C’est tout l’écosystème qu’il faut rendre plus résilient. C’est l’objet de nos tests en champs expérimentaux et en laboratoire : quelles pratiques vont offrir le plus de résistance aux différents chocs ? » D’autant, comme si cela n’était pas déjà assez complexe, que modifier les pratiques agricoles ou nos habitudes de consommation restera sans guère d’effet si l’aval du secteur ne se transforme pas également. Bernard Longdoz aime citer l’exemple du miscanthus, herbacée aussi haute que le maïs (mais qui ne doit pas être ressemée chaque année, qui supporte bien le manque d’eau et ne nécessite guère de fertilisant), herbacée qui pourrait nourrir le bétail et produire de l’énergie, et être utilisée comme paillage ou comme isolant dans la construction. Bref, un candidat Agroforesterie - Gembloux Agro-Bio Tech janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 38 omni sciences

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