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ferme idéale future devrait pourtant intégrer les deux pour profiter des bénéfices mutuels. Heureusement, la situation de départ est meilleure en Wallonie que dans d’autres régions voisines. Mais il faut également en revenir à plus d’hétérogénéité dans le paysage, ce qui passe notamment par une réduction de la taille des parcelles sans diminuer la surface totale dédiée aux cultures. » CULTURES D’HIVER ET DE PRINTEMPS « Savoir quel sera l’impact des changements climatiques ? Mais cela fluctuera en fonction des cultures ! » Le ton est donné : ce n’est pas de la part de Benjamin Dumont, professeur de phytotechnie à Gembloux Agro-Bio Tech, qu’on obtiendra un discours tranché ni un catalogue de bonnes pratiques versus les mauvaises. Tout est dans la nuance. « C’est loin d’être ma littérature préférée, mais en matière de relation climat-agriculture, je dirais qu’il y a au moins “50 nuances de gris” ! » Certaines cultures devraient d’ailleurs bénéficier des changements en cours. Comme il va faire plus doux en moyenne, les cultures dites d’hiver (blé, colza, ainsi que certaines légumineuses) semées à l’automne devraient mieux s’implanter et développer des racines qui, lors de la reprise des végétations au printemps, vont être capables d’aller chercher l’eau (et donc les nutriments) rapidement et profondément dans le sol. Et l’effet fertilisant du CO2 va s’y adjoindre. Parce que, oui, l’accroissement du CO2 peut être bénéfique pour les plantes ! Petit rappel du mécanisme (simplifié) d’absorption du CO2, préalable à la photosynthèse sans laquelle il n’y a pas de vie : les plantes puisent de l’eau, ouvrent leurs stomates et transpirent. L’eau sort, le CO2 rentre. S’il y a plus de CO2 dans l’atmosphère, l’utilisation de l’eau est plus efficiente et le rendement photosynthétique est amélioré. « Mais cela, précise Benjamin Dumont, c’est en moyenne. Car s’il y a une augmentation de la récurrence de pluies intenses comme cela est attendu (ce fut le cas par exemple dans le bassin parisien en 2016), les racines sont anoxiées (privées d’oxygène) et les processus de développement ralentissent ou stoppent. Quant aux légumineuses, elles sont sensibles aux chocs thermiques : s’il fait trop chaud, on observe un phénomène de coulure des fleurs, une perte de fertilité, avec comme conséquence l’arrêt de la transformation de la fleur en fruit porteur de graines. » Nuances, nuances… L’agriculture participe pour environ 15 % des émissions de GES, principalement du N2O issu des engrais et du CH4 produit par le bétail et les déchets. Gembloux Agro-Bio Tech janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 40 omni sciences

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