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Continuons avec les cultures de printemps : leur principal ennemi semble être la sécheresse, notamment en phase d’établissement. « On l’a observé dans les années 2018, 2019 et 2020, se souvient Benjamin Dumont. Maïs, betteraves et pommes de terre ont subi la sécheresse, mais chaque culture a été touchée plus spécifiquement. Tout dépend du moment où elle se produit par rapport à celui du semis et du développement de la plantule. Tandis qu’une longue et intense aridité, comme en 2022, peut impacter fortement les trois cultures. » Pas d’effet fertilisant bénéfique du CO2 pour ce type de plantes ? En théorie, si, mais il pourrait être moindre que pour les cultures d’hiver et les chercheurs ne peuvent encore dire qui va l’emporter, de l’effet fertilisant ou du stress hydrique ! Cela dit, certaines cultures ont sans doute plus de chances de perdurer dans nos régions que d’autres : la betterave, par exemple, qui peut développer des racines jusqu’à deux mètres dans le sol, au contraire de la pomme de terre dont l’essentiel du système racinaire se situe dans les 50 premiers centimètres. Mais ces changements climatiques permettent aussi de saisir de nouvelles opportunités. « Grâce au réchauffement moyen des températures, nous parvenons à cultiver aujourd’hui du blé dur (dont on fait les pâtes) dans nos régions. De même pour le tournesol qui n’arrivait guère à maturité qu’un an sur deux il y a quelques décennies, alors qu’aujourd’hui sa culture est concevable. Et il n’est pas exclu que nous remplacions un jour le maïs par le sorgho, comme on l’observe dans le sud de la France. » RECHERCHE DE L’ÉQUILIBRE Et quid de la réduction de l’impact de l’agriculture sur le climat ? Pour faire bref, labourer les champs chaque année est une aberration qui se traduit par un déstockage du carbone des sols. Trop travailler la terre avec une charrue favorise son réchauffement et la pénétration de l’oxygène de l’air dans le sol, ce qui est idéal pour que les microorganismes convertissent le carbone contenu dans le sol en CO2, qui s’échappe alors dans l’atmosphère. Si elles sont bien appliquées, les techniques sans labour sont connues pour accumuler la matière organique en surface. Par contre, les rendements peuvent être moins élevés du fait que, les premières années, les sols ont tendance à devenir plus compacts et donc moins oxygénés. « La littérature, précise Benjamin Dumont, rapporte toutefois que ces effets peuvent s’inverser après 12 à 15 ans d’une telle pratique, après que le travail des vers de terre et des racines a reconstitué un sol plus meuble. » Comme si cela ne suffisait pas, Benjamin Dumont pointe une autre difficulté mise en évidence dans plusieurs études : un sol non labouré, dont les résidus de culture et la matière organique s’accumulent en surface, semble émettre davantage de N2O dont le pouvoir réchauffant est bien supérieur (environ 300 fois) à celui du CO2. Tous ces effets interactifs et antagonistes sont parfois difficiles à appréhender, alors que le changement climatique est à nos portes. « En agriculture, conclut Benjamin Dumont, il faut toujours chercher l’équilibre, l’équilibre entre l’utilisation d’eau, les émissions de gaz à effet de serre et une nécessaire production pour nourrir les populations. C’est un exercice très difficile. C’est pour cela qu’il faut travailler avec les agriculteurs, car ce sont eux les premiers écologues, ils sont tous les jours dans leurs champs. Et il faudra travailler conjointement pour réaliser ensemble toutes les adaptations nécessaires. » En attendant, il existe une mesure d’urgence, facile à prendre, qui concerne tout le monde : réduire notre insoutenable gaspillage alimentaire… Du charbon de bois (le biochar) pour stocker du carbone sur de longues périodes. Gembloux Agro-Bio Tech janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 41 omni sciences

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