LQJ-287

Souvenons-nous, c’était en 2006, en France. Un peu partout, les jeunes se mobilisaient contre le projet de loi “CPE”, soit le “contrat première embauche” qui, selon eux, accentuerait la précarisation du travail. Première expérience de lutte. Deux cinéastes, Daniela de Felice et Matthieu Chatellier, vont accompagner, caméra au poing, les étudiants grévistes de Caen, barricadés dans les locaux de leur Faculté. Leur documentaire (G)rêve général(e) fait revivre l’événement et révèle un projet collectif animé par l’urgente volonté de “rêver leur vie ensemble”. C’est en référence à ce temps fort que le centre scénique Arsenic2 a imaginé un festival “Rêve général” dans une perspective citoyenne, un festival mobilisateur sur quelques grands sujets de préoccupation : l’alimentation, la santé, la migration et les enjeux environnementaux, incluant aussi la thématique du genre. « S’il fait écho au mouvement anti-CPE de 2006, le motif du “Rêve général” renvoie aussi aux années 1960-1970 et au climat de contestation et de proposition joyeuse et positive de cette époque, note Grégory Cormann, chargé de cours au département de philosophie. C’est l’esprit de 1968 qui est convoqué, le besoin de réfléchir et d’agir collectivement, l’envie de se retrouver pour faire bouger les choses. Les temps ont changé : 1968, c’était le temps de la décolonisation, de la seconde vague du féminisme, de l’appel à la libération des mœurs bourgeoises. Aujourd’hui, c’est le dérèglement climatique qui est au centre des inquiétudes, et peut-être plus largement un dérèglement politique à tous les niveaux. On a dès lors besoin d’une réactivation de notre histoire sociale et politique, de nouveaux temps d’interruption, de fête et d’expression collective. L’idée un peu folle que, pendant trois semaines, une place soit réservée au rêve, mais au rêve collectif, qu’un autre avenir soit possible. » La rectrice, Anne-Sophie Nyssen a pris la balle au bond. « Je suis très heureuse que l’Université soit associée au projet, confie-t-elle. Le grand chapiteau créera inévitablement la surprise et participera à la dynamique de créativité que les organisateurs souhaitent et que je soutiens pleinement. Réconcilier l’art et la science dans un même objectif, celui de nourrir les discussions, de susciter le débat et, pourquoi pas, de confronter artistes et chercheurs me paraît salutaire et ouvre des perspectives enthousiasmantes. Que l’Université soit aussi un lieu accueillant pour les artistes et le grand public me réjouit. » Ch. Fauconnier Immigration Un festival, pour quoi faire ? Contacté par Arsenic2 et le CAL, Pierre Ozer, chargé de cours au département des sciences et gestion de l’environnement à Arlon (et cofondateur du festival “Nourrir Liège”), a répondu présent : « Notre époque est confrontée à des défis majeurs à cause du dérèglement climatique. Plus aucun scientifique ne remet cela en doute à présent : les incendies et les inondations de ces dernières années et les étés caniculaires en Europe ont fini de convaincre les populations. Mais qu’en est-il des instances politiques ? On assiste en Europe – en Angleterre, en Pologne, en Hongrie mais aussi en Belgique et en France – à un recul des propos sur l’urgence des mesures à prendre. On tergiverse. Et pourtant il y a le feu au lac ! » 2024, ANNÉE ÉLECTORALE En Belgique, l’année 2024 sera rythmée par les élections, à tous les niveaux de pouvoir (communal, régional, fédéral et européen) et ce, dans un contexte économique et social difficile. « La plupart de nos étudiants n’ont jamais voté, reprend Pierre Ozer. Je pense que l’Université doit les sensibiliser, doit attirer leur attention sur les problématiques majeures auxquelles nos sociétés sont confrontées. Je sais que des cours existent déjà janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 46 univers cité

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