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sur le changement climatique et ses conséquences, d’autres vont aboutir prochainement. Mais je pense que l’acquisition des savoirs et la compréhension des phénomènes passent aussi par le sensible, par l’émotion. Le dispositif théâtral (comme la littérature, comme les arts en général) me paraît tout indiqué pour révéler, pour témoigner, pour émouvoir. C’est la raison pour laquelle j’ai applaudi à la proposition de la Cie Arsenic2 et du CAL et, avec l’accord de la rectrice Anne-Sophie Nyssen, j’emmène les collègues dans cette aventure. » L’idée est de faire place à un regard artistique sur les questions essentielles en ce début du XXIe siècle. Plusieurs spectacles aborderont les thèmes de la transition alimentaire, de la migration, de la santé, du genre, du climat, des inégalités sociales. Les représentations seront accessibles à toute la communauté universitaire, personnel et étudiants. « Elles seront souvent suivies d’une conférence, d’une master class, d’une table ronde, organisées par un enseignant. Mais il y aura aussi des lectures, des concerts, des projections de films, des soirées animées par les étudiants artistes et la Ligue d’impro, etc. », détaille Pierre Ozer. Un même thème sera donc décliné sous différents angles, par des comédien·nes, des journalistes, des associations, des professeur·es, des invité·es de marque. « Mon objectif est d’agir sur nos imaginaires, de bousculer nos représentations mentales. Tisser des liens entre les disciplines et les regards donnera de l’épaisseur aux discours. Et je suis convaincu que, du choc des idées, jailliront d’autres valeurs, d’autres priorités et des propositions nouvelles face à l’urgence. » N. Touly Mieke dans les vagues PLACE AU RÊVE, AU PROJET COLLECTIF « Je me réjouis que les autorités aient accepté d’inscrire l’Université comme un véritable partenaire du festival et qu’elles incitent les étudiants à s’y rendre. “Rêve général” conjugue la dimension individuelle et collective de l’émancipation », confie Grégory Cormann (également codirecteur du centre Matérialités de la politique) qui a déjà expérimenté pareil dispositif. « En 2019, nous avons, Jeremy Hamers (chargé de cours en études cinématographiques) et moi travaillé avec le Nimis Groupe, un collectif de comédiennes et comédiens réunis par la nécessité d’interroger les politiques migratoires de l’Union européenne. Leur spectacle –“Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu”– avait été joué au Manège de la Caserne Fonck et nous avions organisé un colloque et des séminaires en marge des représentations. » L’objectif était de confronter les collègues et les étudiant·es à la réalité de la migration, par le truchement d’une mise en scène au plus près du réel. Et ce, dans une double perspective : une enquête rigoureuse sur la réalité des politiques européennes et un travail de création qui mobilise. Cette année, le Nimis groupe propose un autre spectacle – Portraits sans paysage – qui donne la parole aux citoyen·nes, aux professionnel·les qui rencontrent les personnes exilées (avocats, militants, policiers, responsables Fedasil, etc.). « La pièce montre, sans culpabilisation, la complexité de nos attachements et nous renvoie à notre propre comportement. Quelle est la nature de notre engagement ? Quelles sont nos limites face à des personnes qui veulent, simplement, avoir une vie meilleure ? Avec Jeremy Hamers, nous avons l’habitude de travailler avec les nombreuses associations à Liège qui accueillent les personnes migrantes (collectif Migrations libres, la Voix des sans-papiers, etc.) afin de les inclure dans les débats, de les écouter. Ces associations, en témoignant de leurs actions, produisent des savoirs : elles nourrissent notre réflexion. Ce qui est un enjeu de nos disciplines : comment regarder la réalité en face, lucidement ? Nous aborderons des questions avec les étudiants, en insistant sur le fait que le philosophe ou l’intellectuel n’a pas une position d’expert ; il interroge le savoir et mesure celui-ci avec sa capacité d’engagement. » En 2019, les étudiants et étudiantes avaient beaucoup apprécié cet exercice qui sort un peu du cadre habituel. « Et leur demande s’amplifie, note Grégory Cormann. Ils et elles manifestent le souhait que les grandes questions de notre époque (climat, genre, migration, biodiversité) soient janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 47 univers cité

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