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systèmes constructifs réversibles qui facilitent le démontage futur. Il est essentiel pour moi que mes travaux de recherche percolent vers le secteur pour l’aider à se transformer et aller vers davantage de durabilité. » RÉACTIVER NOTRE MÉMOIRE COLLECTIVE Pour Sophie Trachte, les objectifs de rénovation imposés par l’Union européenne sont l’occasion rêvée de remettre au goût du jour des matériaux bio et géosourcés, aux multiples propriétés. « Le bois, les fibres végétales, ou encore la terre et l’argile sont des matériaux biosourcés ou géosourcés qui nous accompagnent depuis plus de 10 000 ans, explique-t-elle. Pour cette raison, j’ai l’intime conviction qu’ils sont dans notre ADN et notre inconscient collectif, et j’ai à cœur de réactiver cette mémoire, en les utilisant dans des solutions constructives traditionnelles ou nouvelles et innovantes. » Selon la chercheuse, ces matériaux sont “équilibrés“. Ils présentent d’abord de nombreuses propriétés physiques et techniques intéressantes, notamment en termes de comportement hygrothermique. Ensuite, ils valorisent des territoires, des ressources et des savoir-faire locaux. Enfin, ils soutiennent nos objectifs de neutralité carbone en stockant dans leur matière organique du carbone sur des temps longs. Ils soutiennent également nos objectifs d’économie circulaire en étant souvent des sous-produits et co-produits de l’agriculture ou sylviculture, en étant peu transformés et réutilisables. Mais surtout, ils sont également plus faciles à mettre en œuvre. « Ils sont agréables à manipuler, et nécessitent des techniques de construction simples, beaucoup plus accessibles et compréhensibles pour tout un chacun. Et ils pardonnent aussi aisément les erreurs qu’on peut commettre en les utilisant », sourit-elle encore. Par ses travaux dans le domaine et ses enseignements, Sophie Trachte espère qu’elle et ses collègues auront le pouvoir d’infléchir la politique actuelle de rénovation mise en œuvre. « Réutiliser les bâtiments en les transformant fait réellement partie de notre culture, estime-t-elle. Mais la situation socio-économique actuelle est telle que si on oblige un grand nombre de citoyens à rénover leurs bâtiments, ceux-ci vont se tourner vers des solutions bon marché qui ne feront que déplacer le problème d’ici 20 à 30 ans en termes de déchets ! » Isolants biosourcés La rénovation énergétique des bâtiments est l’un des enjeux majeurs de la neutralité carbone. « Cependant, on parle souvent de techniques d’isolation, mais le choix des isolants eux-mêmes est rarement évoqué », regrette Sophie Trachte, coautrice de l’ouvrage Isolants thermiques en rénovation. Aux côtés des isolants classiques, la chercheuse souhaite faire valoir les isolants biosourcés ou recyclés, qui ont l’avantage de présenter entre autres de bonnes propriétés d’isolation. « Ils ont moins d’impact sur l’environnement et permettent un réemploi futur, explique-t-elle. En effet, ces matériaux, comme la laine de bois ou la cellulose, participent davantage au confort estival grâce à leur capacité de stockage de la chaleur, ce qui n’est pas le cas de leurs équivalents pétrochimiques ». L’ouvrage veut être un guide exhaustif pour une série d’acteurs, « des particuliers, souvent submergés d’informations, aux entrepreneurs qui connaissent mal ces isolants, et donc ne les proposent pas à leurs clients ». Sophie Trachte et Dorothée Stiernon, Isolants thermiques en rénovation, EPFL Presse, Lausanne, octobre, 2023. janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 53 univers cité

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