LQJ-287

Une équipe scientifique composée de membres des universités de Liverpool, d’Aberystwyth et de Li ge vient de mettre au jour, sur le site de Kalambo Falls en Zambie, à la fronti re avec la Tanzanie, des sections d’une structure en bois datant de pr s de 500 000 ans. Elles sont plus anciennes que notre propre esp ce, Homo sapiens, l’homme moderne, apparue il y 300 000 ans environ. Les résultats de cette découverte sont publiés dans la revue Nature. L’occasion d’interviewer deux spécialistes de la Préhistoire : Veerle Rots, directrice de recherche au FNRS, responsable du laboratoire TraceoLab à l’ULi ge et co-autrice de l’étude, et Pierre Noiret, professeur d’archéologie préhistorique en faculté de Philosophie et Lettres. ENTRETIEN PATRICIA JANSSENS - photos Jean-Louis wertz Le Quinzi me Jour : Comment évaluer l’importance de la découverte à Kalambo Falls ? Veerle Rots : Elle est majeure, notamment parce qu’elle bouleverse la chronologie par rapport aux structures en bois admise aujourd’hui. Je collabore depuis longtemps avec l’équipe du Pr Larry Barham de Liverpool, notamment à Kalambo Falls, un site préhistorique bien connu. Grâce à la nature du sol, le matériel, abondant, est très bien conservé. Même les matières organiques, telles que le bois, sont particulièrement bien préservées dans ce lieu très humide. Les fouilles de ces dernières années avaient pour objectif, notamment, de vérifier la chronologie du site. Parmi les multiples outils lithiques retrouvés, les fouilles ont également livré des objets en bois dont un assemblage délibéré de rondins. Ces restes spectaculaires montrent que nos lointains ancêtres étaient capables d’imaginer, de concevoir et d’échafauder une structure en bois. C’est notre ambition : comprendre comment ont évolué les sociétés des premiers humains et comment ils ont interagi avec leur environnement, comment ils s’y sont adaptés et comment ils ont développé des techniques pour faire face à leurs besoins. Nous travaillons principalement à partir des outils en pierre et, lorsqu’ils sont préservés, des ossements et des objets en matière organique. Leur analyse de plus en plus fine et détaillée lève un coin du voile sur l’évolution humaine. Pierre Noiret : L’étude de la Préhistoire est basée, ne l’oublions pas, sur des catégories qui constituent en quelque sorte un classement temporaire. Nous élaborons nos théories à partir de fragments très épars, et dans le temps et dans l’espace. L’ensemble de nos connaissances repose sur les découvertes archéologiques de quelques sites dans le monde. En résumé, notre savoir peut à tout moment être remis en question. C’est le cas avec la récente publication relative au site zambien. V.R. : Effectivement. Le site de Kalambo Falls datait, croyait-on, de -300 000 ans. Mais la datation de la structure en bois réalisée à l’université d’Aberystwyth au Pays de Galles a surpris tout le monde : -476 000 ans avant notre ère ! C’est très surprenant, car les restes des plus anciennes structures en bois connues actuellement datent de -10 000 années seulement. L’équipe d’Aberystwyth a mesuré l’âge des couches de terre dans lesquelles les bois étaient enterrés, en utilisant deux techniques de datation par luminescence dont une bien connue, celle stimulée de façon optique (OSL), et une janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 63 le dialogue

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