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a tout intérêt à se croiser génétiquement. Si elle se ferme sur elle-même, elle court un (grand) risque d’extinction. On retrouve les deux populations (Néandertal et Homo sapiens) au Proche-Orient, même si ce n’est pas exactement au même moment. Elles sont différentes par la morphologie du crâne, par la forme du squelette, mais elles utilisent des outils lithiques similaires. On peut donc s’interroger sur les différences entre les deux. De manière générale, il faut le dire, Néandertal est moins bien considéré. Mais pour une comparaison fiable, on devrait comparer des sites d’âge similaire entre les deux continents : l’Europe, où vivaient les Néandertaliens, et l’Afrique, où vivaient les premiers humains modernes. LQJ : Qui, en dehors des spécialistes, s’intéresse à la Préhistoire ? P.N. : L’origine de notre humanité intrigue, elle passionne petits et grands : pensons au succès des dinosaures. L’archéologie séduit beaucoup aussi, peut-être grâce à Indiana Jones ! L’archéologie préhistorique est une recherche de nos origines, de ce qui fait de nous des êtres humains. Elle tente de répondre à la question de nos origines. Même si elles concernent un passé très, très lointain, ces recherches sont capitales pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Mais j’ai l’habitude de dire que les cours de Préhistoire évoluent selon les préoccupations de l’époque. Au XIXe siècle, c’est l’idée de progrès, du sens de l’histoire qui prévalait : on cherchait l’origine de l’homme pour noter les progrès accomplis. Au XXe siècle surgit la question du climat : reconstituer le climat passé de la Terre sur le temps long devient intéressant. Au XXIe siècle enfin, c’est la question des migrations qui s’impose et, plus récemment, émerge la thématique de genre. Est-il possible, par exemple, que des femmes, au Paléolithique, aient pris part à la chasse ? Pourquoi pas ? Nous ne disposons d’aucun argument qui prouve que cette activité était réservée aux hommes. Seule notre imaginaire nous le fait croire. Pareil raisonnement Homme de Néandertal et homme moderne Beaucoup de précurseurs du genre humain sont repris sous le vocable “australopithèques” : le plus célèbre d’entre eux est certainement Lucy, découverte en 1974 dans la région d’Afar en Éthiopie. Ce premier squelette fossile (presque complet) prouvait à l’époque que la bipédie datait de 3,2 millions d’années ; aujourd’hui, d’autres découvertes la font remonter à près de 6 millions d’années. « Généralement, on définit la Préhistoire comme la période qui s’étend de l’apparition de la lignée humaine à l’invention de l’écriture, en -3000 avant notre ère, explique Pierre Noiret. En l’état actuel de nos connaissances, la Préhistoire commence vers 3 millions d’années environ avec les premiers fossiles du genre homo (crânes, ossements divers), découverts en Afrique. » Par ailleurs, les outils en pierre associés longtemps à Homo habilis semblent désormais plus anciens que l’apparition du genre humain, et datent de 3 300 000 années. Le genre Homo a évolué et s’est diversifié, donnant naissance à des espèces telles que les “Néandertaliens” (Homo neanderthalensis) et Homo sapiens, l’homme moderne. Les plus anciennes traces de l’homme de Néandertal remontent à -430 000 ans en Espagne et on sait qu’il vécut en Europe, au Moyen-Orient et en Asie centrale. On situe l’apparition d’Homo sapiens en Afrique vers -300 000 et en Europe vers -40 000 ans. Les deux populations, Néandertal et Homo sapiens, ont coexisté au Proche-Orient. Elles sont différentes par la morphologie du crâne, par la forme du squelette mais elles utilisent des outils identiques. « La comparaison des deux espèces est fréquente et, de manière générale, peu favorable à l’homme de Néandertal, poursuit le Pr Noiret. Mais il faudrait, pour bien faire, comparer des sites d’âge similaire entre les deux continents : l’Europe, où vivaient les Néandertaliens, et l’Afrique, où vivaient les premiers humains modernes. Les petites Vénus du Paléolithique retrouvées en Europe datent de -40 000 ans, mais on n’a aucune trace de sculpture à la même époque en Afrique. » Les sites préhistoriques sont nombreux, notamment en Wallonie : les sites d’Engis, de Goyet, de Sclayn, de Spy ont livré un matériel remarquable, des outils en pierre, des silex taillés, des ossements, des bijoux. janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 66 le dialogue

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