LQJ-287

Carte ardente En tant qu’anthropologue au Cedem, je suis immergée depuis près de cinq ans dans les questions migratoires à Liège et en Belgique francophone, y compris par un engagement dans le monde associatif et militant. J’étais déjà citoyenne bénévole avant de faire de la “Carte ardente” un objet d’étude dans le projet de recherche international “Unexpected Inclusions: Migration, Mobility and the Open City” (FNRS-FRS). Tout comme l’anthropologue Jeanne Favret-Saada, je me suis laissée absorber par le terrain, ce qui permet une compréhension profonde du phénomène observé, mais réveille la question de l’objectivité en sciences sociales. Il est heureusement admis à présent que toute science possède sa part de subjectivité. En effet, que l’on étudie le mouvement des astres, des bactéries dans une boîte de pétri, un texte ancien ou un conflit géopolitique, tout·e chercheur·e noue inévitablement une relation à son objet d’étude, laquelle influe sur sa recherche. Il importe alors de faire preuve de suffisamment de réflexivité, de prendre la distance nécessaire et d’étayer rigoureusement chaque choix et chaque analyse en se référant à la littérature existante. Cette exigence est d’autant plus importante lorsque l’étude concerne des êtres humains dans la société. Ma “carte blanche” se focalise sur la présentation du projet “Carte ardente” à Liège, qui pourrait intéresser les membres de la communauté universitaire autant sur le plan intellectuel, par son caractère innovant, que sur le plan pratique, avec une application bénéfique, notamment pour les étudiant·es de notre Université. Une carte citoyenne est, en quelque sorte, une carte d’identité délivrée par une entité communale, qui atteste de deux choses : l’identité d’une personne ainsi que sa résidence sur le territoire de la commune. Ce type d’initiative, également connue sous le nom de “carte d’identité municipale”, permet de faciliter grandement l’accès aux droits, aux services communaux et de contribuer à la reconnaissance des individus qui en bénéficient. Les publics qui bénéficient le plus de ce type d’initiative, sont ceux qui subissent le plus d’inégalités : les personnes LGBTQIA+1, les personnes sans-abris, les jeunes, les seniors et les personnes migrantes avec ou sans papiers. Afin d’éviter un usage discriminant de la carte comme dispositif uniquement destiné à un ou plusieurs groupes vulnérables, son utilisation généralisée Doctorante en sciences politiques et sociales au Centre d’études de l’ethnicité et des migrations (Cedem) à l’ULiège, Alice Clarebout suit de très près le projet de carte citoyenne communale liégeoise, baptisée “Carte ardente”. Alors que, à Liège comme ailleurs, les difficultés rencontrées par le secteur culturel et les commerces s’ajoutent aux problèmes de précarité et d’inégalité sociale, cet outil permettrait de les réduire. Mais de quoi parle-t-on ? CARTE BLANCHE ALICE CLAREBOUT – PHOTO JEAN-LOUIS WERTZ 1/ LGBTQIA+ : le sigle recouvre les termes suivants : lesbienne, gay, bisexuel·le, trans, queer, intersexe et asexuel·le. janvier-avril 2024 i 287 i www.uliege.be/LQJ 7 l’opinion

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