Le Quinzième jour : Pourquoi un tel Institut ? Sybille Mertens : L’Université est un lieu de recherche où de nouvelles connaissances peuvent être développées afin de comprendre les causes des crises environnementales, les impacts et les solutions à envisager. Plusieurs grandes institutions – je pense à la Vrije Universiteit d’Amsterdam, à l’université de Montréal et à celle de Lausanne – menent des reflexions afin, non seulement de modifier leurs habitudes en termes de durabilite mais egalement pour adapter leurs missions a l’acceleration des dereglements climatiques et ecologiques. L’université de Liège s’inscrit dans cette dynamique : le nouveau cours “durabilité et transition” [ndlr : voir encart p.13] obligatoire dans toutes les filières à partir de cette année, en est une manifestation. Et notre Green Office est cité en exemple. Mais nous devons faire plus et mieux encore, parce que le défi est immense : il s’agit d’élaborer un nouveau modèle économique et social en synergie avec la planète. Penser la transition, c’est vouloir instaurer un modèle résilient et durable, ce qui inévitablement va bouleverser nos façons de consommer, de produire, de vivre ensemble. Les questions posées par la transition sont complexes et elles défient nos façons de penser, de voir. Notre mode de vie, notre manière de nous déplacer, de nous nourrir, de nous chauffer, etc. sont remis en cause. Notre façon de faire de la recherche aussi : là aussi il est temps d’innover. À côté des projets menés par les unités de recherche disciplinaire – qui restent pertinents –, nous voulons favoriser une recherche transdisciplinaire, une recherche participative qui implique la société civile, une recherche prospective pour proposer une vision collective, fédératrice. Ce sera la mission de l’Institut. En 2018 déjà, la revue Nature avait relevé la pertinence de coproductions de savoirs face à une réalité complexe. La recherche transdisciplinaire, qui implique à la fois la recherche fondamentale, la recherche appliquée et l’expertise d’acteurs non académiques, appréhende mieux les problèmes complexes et permet de réagir plus rapidement et plus efficacement. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) plaide d’ailleurs en ce sens. Dans son dernier rapport, il estime que la production de telles connaissances est essentielle pour éclairer toutes les décisions à prendre à l’avenir. Quant à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), elle recommande aux universités de “développer des structures et mécanismes institutionnels durables”, car l’atteinte des “objectifs de développement durable” (ODD) nécessite un programme de recherche transdisciplinaire pour appréhender les enjeux de risque et de résilience. Le Conseil européen de la recherche a pour sa part observé que les projets à forte interdisciplinarité aboutissent à des Institut des transitions L’accélération du dérèglement climatique, l’épuisement des ressources naturelles confrontent les sociétés à des défis existentiels. Les universités jouent un rôle important dans ce cadre : celui de penser des transitions justes vers une société en accord avec les limites planétaires. Annoncé dans le plan stratégique de l’ULiège, le nouvel “Institut des transitions” soutenu par la rectrice Anne-Sophie Nyssen a été présenté au conseil d’administration en mai dernier. Il est conçu comme un instrument au service des Facultés et des unités de recherche. Interview de la Pr Sybille Mertens, conseillère de la Rectrice à la transition environnementale et sociale et l’une des chevilles ouvrières du projet. ENTRETIEN PATRICIA JANSSENS - photo goldo septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 10 alma mater
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