Si le congrès qui célèbre le 150e anniversaire de la fondation de la Société géologique de Belgique se tient à l’ULiège, ce n’est pas un hasard : Liège en est le berceau. Le sous-sol wallon, varié, complexe et riche en ressources naturelles a toujours attiré les scientifiques. Et pourtant, la science géologique est sans doute l’une des disciplines scientifiques les moins bien connues, entre autres parce qu’elle n’est pas enseignée comme telle dans les études secondaires. L’image du scientifique bottines aux pieds qui parcourt la campagne en prélevant des échantillons de roches s’impose encore trop souvent, alors que le métier de géologue a bien évolué et ses outils aussi. « La géologie ou science de la terre est la discipline qui vise à caractériser et à comprendre tous les processus qui régissent l’origine et l’évolution de la planète Terre, précise Bernard Charlier, président du département de géologie de l’ULiège, professeur associé et chercheur FNRS. Son champ d’investigation inclut donc des aspects organiques, comme l’origine et l’évolution de la vie, et inorganiques liés à la structure de la Terre depuis son noyau jusqu’à la surface. » Une définition qui n’est pas limitée à la science fondamentale mais aussi à la science appliquée. À Liège particulièrement où la faculté des Sciences appliquées a d’abord formé des ingénieurs des mines et ensuite des ingénieurs géologues. VISÉEN, TOURNAISIEN… Si la Société a été fondée à Liège en 1874, la géologie “liégeoise” est bien plus ancienne. Annick Anceau, conservatrice agrégée, secrétaire de la Société géologique de Belgique, professeure associée à la faculté des Sciences appliquées, est intarissable sur l’histoire de sa discipline*. Dès avant la création de l’Université, un grand nom se détache, celui du Liégeois d’Omalius d’Halloy (1843-1875), considéré comme le père de la géologie belge. On lui doit notamment la première carte géologique de la France, de la Belgique et des Pays-Bas (1822). Dès la fondation de l’université de Liège en 1817, des cours de géologie, paléontologie et minéralogie furent dispensés. Du côté de la paléontologie, un nom s’impose : celui du médecin Philippe-Charles Schmerling (1790-1836) qui fut chargé de cours de zoologie à l’Université mais restera célèbre pour sa découverte à Engis, en 1830, de deux crânes fossiles dont celui d’un enfant, identifié comme le premier néandertalien à avoir été découvert. Crânes toujours conservés dans les collections de l’Université. Plus près de nous, il faut citer Suzanne Leclercq – première femme professeure ordinaire en 1937 – qui a créé un laboratoire de paléontologie végétale à la renommée internationale. Elle a décrit notamment l’une des premières forêts du Dévonien (entre 419 et 359 millions d’années avant notre ère) et, surtout, a considéré que les plantes fossiles étaient de véritables plantes, à traiter comme telles et pas seulement comme indicateurs de la datation des couches terrestres. Une révolution à l’époque, dans les années 1920. Gustave Dewalque crée la Société géologique de Belgique à Liège Côté géologie, impossible de passer sous silence AndréHubert Dumont qui occupa les chaires de géologie et minéralogie de 1835 à 1857. Pendant plusieurs années, il parcourut la Belgique pour établir une carte géologique détaillée du pays. Il imposa ainsi des noms d’étages stratigraphiques inspirés de noms de localités belges qui sont toujours en vigueur aujourd’hui comme le Famennien, le Rupelien, le Tournaisien et le Viséen. Il s’intéressa aussi aux nappes aquifères. Comme ses prédécesseurs et successeurs, Dumont enrichit les collections de l’Université, dont certaines pièces sont toujours conservées dans les collections du département de géologie. Successeur d’André Dumont, Gustave Dewalque, lui aussi géologue de renom, enseigna la géologie pendant 40 ans. Il fonda la Société géologique de Belgique, dont le siège était à l’université de Liège en 1874, afin de propager le goût des sciences géologiques et encourager la recherche dans ce domaine. À noter que ses membres étaient issus tant du monde académique que du monde industriel et comptaient bon nombre d’ingénieurs. Une diversité toujours d’actualité. « La géologie au sens large ouvre la voie à de nombreux métiers différents, surtout aujourd’hui, constate Bernard Charlier. Nous travaillons à des échelles variables : de la planète entière à la région, des temps les plus anciens à aujourd’hui. La diversité de nos centres d’intérêt nous permet d’être impliqués dans la transition écologique * Annick Anceau et al., “Les sciences géologiques à l’Université de Liège : deux siècles d’évolution”, dans le Bulletin de la Société Royale des Sciences de Liège, vol. 86, 2017. septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 15 à la une
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