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comme peu de professions : ressources en eau et en matières premières, prévention des risques naturels, énergie avec la géothermie, etc. Le monde a plus que jamais besoin de géologues et d’ingénieurs géologues, et nous en manquons. Nos étudiants trouvent du travail rapidement. » LA FORMATION DES ROCHES Difficile de ne pas entamer ce survol – car ce ne sont que des exemples – des opportunités qu’offre la géologie sans s’arrêter à la formation de ce qui est leur matière commune à toutes : les roches. Professeure au département de géologie, Jacqueline Vander Auwera est pétrologue géochimiste. Dissipons tout de suite un malentendu : la pétrologie n’a rien à voir avec la recherche de pétrole ! Le terme vient de petros, la pierre. Autrement dit, c’est l’étude de la formation des roches, en quelque sorte le fondamental de la science géologique. « Il y a évidemment différentes origines des roches, explique Jacqueline Vander Auwera. J’étudie la pétrologie magmatique, c’est-à-dire les roches formées par la solidification de magmas, soit à une certaine profondeur à l’intérieur de la Terre (on dit dans ce cas que ce sont des roches plutoniques, les granites par exemple) soit en surface, les laves des volcans, et ce sont alors des roches volcaniques. » Ce sont là deux types de roches assez courantes, mais elle étudie en particulier les roches volcaniques du Chili, dans l’arc andin. Les roches magmatiques sont potentiellement importantes économiquement car elles peuvent être porteuses de gisements, notamment de platine (en Afrique du Sud par exemple) ou du cuivre (comme au Chili). « Mais l’intérêt de l’étude de ces roches est de mieux comprendre les conditions dans lesquelles ces magmas se solidifient, commencent à cristalliser en profondeur, remontent à la surface ; et in fine mieux saisir aussi la nature du manteau terrestre. La formation de ces roches magmatiques est liée à la dynamique interne de la Terre, la tectonique des plaques. Elles nous informent sur la manière dont ce système fonctionne. » Pour essayer de caractériser au mieux ces différents paramètres, Jacqueline Vander Auwera et son équipe parcourent les volcans du Chili, prennent des échantillons de lave, identifient les minéraux qu’ils contiennent et les équilibres entre eux qui renseignent sur les conditions de formation de ces laves (pression, température à laquelle elles ont été cristallisées, teneur en eau du magma, etc.). « Certaines données comme les endroits où se situent les réserves de magma sont essentielles pour la prévision des éruptions volcaniques. Elles contribuent à une meilleure connaissance des volcans, même si prévoir des éruptions reste très compliqué. Il faut toujours bien connaître l’histoire de chaque volcan. » COMME DANS UN LIVRE À chacun ou chacune son époque favorite : certains aiment les sixties, d’autres les eighties… Chargée de cours au département de géologie, Anne-Christine Da Silva ne jure que par le Dévonien. Il faut avouer que cette période géologique, qui a duré une soixantaine de millions d’années (entre 419 et 359 millions d’années avant notre ère), a de quoi séduire : climat chaud, niveau élevé des océans, faune abondante qui se diversifie, installation rapide des plantes sur les continents… et extinction de près de 70 % des espèces pour terminer la période. Toute ressemblance avec notre époque est fortuite. la limite géologique entre le Dévonien et le Carbonifère redéfinie « Le Dévonien est une période qui s’observe partout dans le monde, y compris en Wallonie – à l’époque recouverte par les océans et située bien plus au sud qu’aujourd’hui – où il y a de nombreux affleurements de bonne qualité, explique la chercheuse. Cela permet d’étudier assez facilement les climats qui se sont succédé lors de cette période. » Ainsi, l’alternance de bandes de schiste (argile) et de calcaire permet d’observer des cycles dans l’intensité des saisons, liés à la révolution de la Terre autour du Soleil et sa rotation. « On essaie de retrouver cette périodicité dans les roches ; ça permet de mieux comprendre le climat et, comme ces cycles ont une durée constante, ce sont de véritables métronomes : cela permet de dater les roches. » Dater les roches avec plus ou moins de précision, une hantise pour tous les géologues. C’est l’une des tâches d’Anne-Christine Da Silva. Pour ce faire, elle se rend dans de nombreux pays (États-Unis, Chine, Australie, République tchèque) et, dernièrement, au Maroc, de quoi septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 16 à la une

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