LQJ-289

y étudier un grand affleurement du Dévonien qui s’étire sur 14 millions d’années, ce qui permet d’affiner les contraintes sur la durée des différentes couches. Un affleurement qui présente un autre intérêt : « C’est une coupe dans laquelle des événements d’extinction sont associés à des anoxies visibles, on peut ainsi mieux les comprendre. » Les anoxies océaniques sont des périodes plus ou moins longues pendant lesquelles les océans ont vu leur quantité d’oxygène diminuer, ce qui a conduit à des extinctions. Associées aux extinctions, ces anoxies constituent un autre champ de recherches pour la Liégeoise. « On les repère très bien partout dans le monde, des États-Unis au Maroc mais aussi chez nous, à Sprimont par exemple. En période d’anoxie ou d’extinction, beaucoup d’animaux meurent et ne sont pas mangés ou dégradés par leurs semblables. Il y a donc accumulation de matière organique – du carbone – sur le fond des océans et les schistes deviennent noirs. Parfois comme du charbon ! » À nouveau, toute ressemblance avec la période actuelle… EXTINCTIONS Professeur et directeur de l’Evolution and Diversity Dynamics Lab (Eddy Lab), le Pr Valentin Fischer le reconnaît d’emblée : « Ici, nous faisons quasiment J.-L. Wertz de la biologie.» Son équipe de paléontologues compte d’ailleurs autant de biologistes que de géologues. « La paléontologie est l’étude des anciennes formes de vie ; une définition qui a l’avantage de permettre une large diversité d’études. » Comme on l’a vu, l’ULiège a toujours été à la pointe dans ce domaine, richesse du sous-sol wallon aidant. Mais pendant longtemps, la paléontologie se concentrait plutôt sur la taxonomie : la description des nouvelles espèces et classement dans l’arbre du vivant. « Aujourd’hui, explique Valentin Fischer, nous faisons beaucoup de paléontologie quantitative. Nous réalisons des modèles 3D hyper détaillés de fossiles. À partir de là, nous essayons de caractériser au mieux les espèces disparues, de comprendre leurs capacités et aussi les mécanismes qui ont présidé à leur disparition. Mais pour interpréter correctement le passé, nous devons aussi avoir une connaissance fine des processus géologiques, des roches dans lesquelles les fossiles sont inclus, de la stratigraphie, c’est-à-dire de l’échelle des temps géologiques. » L’étude des extinctions du passé géologique est en effet un grand thème de recherche de l’Eddy Lab. Notamment en redéfinissant les événements marquant la limite géologique entre le Dévonien et le Carbonifère (qui le suit immédiatement). En étudiant des dizaines de localités et des milliers de fossiles, les chercheurs liégeois ont proposé une nouvelle limite basée sur des événements bien présents dans les roches wallonnes, une chute brutale du niveau des mers accompagnée d’une extinction et de la disparition des écosystèmes tels les marais côtiers. Une limite aujourd’hui reconnue et en attente d’un nom de localité wallonne pour la désigner ! Les chercheurs du laboratoire ont aussi étudié l’évolution des “dents de sabre”, ces canines supérieures allongées qui ornent la mâchoire de certains félidés. Ces animaux ont été modélisés, ce qui a permis par exemple de simuler le mécanisme de morsure et d’analyser comment le stress de la morsure se distribuait dans les os de l’animal. Mais les grands prédateurs marins retiennent aussi l’attention. Comme les mosasaures, grands reptiles marins de l’époque des dinosaures, qui doivent leur nom au fait que le premier des fossiles de ce type a été trouvé près de Maastricht dans une couche de craie (même si, à leur époque, la Meuse n’existait évidemment pas !). Allant jusqu’à 12 m de long, ils étaient les plus grands prédateurs marins de la fin du Crétacé. « Ils nous intéressent, précise Valentin Fischer, car ils constituent un des derniers grands groupes de reptiles marins, qui va s’éteindre brutalement Campagne d’échantillonnage au Maroc septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 17 à la une

RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=