LQJ-289

Pour la Fondation des femmes, “le droit à l’avortement est un droit fondamental, constitutif, avec la contraception, de l’émancipation des femmes, donc de leur liberté et de la lutte pour l’égalité femmes-hommes”. Mais ce droit est l’objet de menaces régulières partout dans le monde. Or il s’agit à la fois d’un droit des femmes et d’un enjeu de santé publique. En Europe, hormis Malte, tous les pays accordent désormais un droit à l’IVG1. En Pologne cependant, depuis janvier 2021 – et même si le débat est rouvert depuis l’arrivée de Donald Tusk au pouvoir l’an dernier –, l’avortement n’est autorisé qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Ainsi, même si la légalisation de l’avortement est acquise, les conditions et l’accès à l’IVG varient très sensiblement au sein de l’Union européenne. Dans le monde, et au cours des trois dernières décennies, plus de 60 pays ont entrepris des réformes législatives en faveur du droit à l’avortement. Selon l’ONG américaine Center for Reproductive Rights (CRR), 77 États autorisent actuellement l’avortement à la demande de la femme. Outre le Mexique, la Colombie, l’Argentine et le Népal ont récemment franchi le pas de la dépénalisation. La grande majorité des pays le permettent jusqu’à 12 semaines de grossesse post-conception, mais ce délai peut être plus long (il est notamment de 22 semaines au Royaume-Uni). Si certains États exigent actuellement une autorisation médicale pour pratiquer un avortement – comme l’Inde ou le Royaume-Uni –, 21 pays, dont l’Égypte, l’Irak, le Sénégal et les Philippines, interdisent formellement toute interruption de grossesse. La question de l’avortement demeure hautement politique et est toujours controversée, et si le droit progresse dans certains pays, il régresse dans d’autres : c’est le cas, aujourd’hui, aux États-Unis. Selon le CRR, 40 % des femmes dans le monde vivent encore dans un pays qui restreint ou interdit leur droit à l’IVG. Ces restrictions ont des conséquences dramatiques : chaque année, l’OMS estime à 39 000 le nombre de décès causés par des avortements non sécurisés. Dans les pays où l’avortement est légal, des obstacles peuvent exister sur le chemin des femmes : les coûts élevés, les délais d’attente importants, des exigences de consentement parental ou conjugal. Sans parler de la stigmatisation sociale. Mais comme le rappelle Amnesty International, quelle que soit la législation des pays, les femmes ont recours à l’avortement dans les mêmes proportions : 37 sur 1000 lorsque la loi l’interdit, 34 sur 1000 lorsqu’elle l’y autorise2. L’URSS PIONNIÈRE L’URSS fut le premier État à légaliser l’avortement sans raison médicale. « Pendant des décennies, l’URSS est restée pionnière en la matière », explique Mona Claro, chargée de cours en faculté des Sciences sociales à l’ULiège. Sous Staline toutefois, entre 1936 et 1953, l’avortement sur demande est interdit, dans l’espoir de faire augmenter la natalité, mais il reste autorisé pour 1/ Malte a adopté, en juin 2023, une loi, très restrictive cependant, eu égard à la ferveur catholique de la population. Les femmes peuvent avorter uniquement si leur vie est en danger et si le fœtus n’est pas viable : on parle d’Interruption médicale de grossesse (IMG). 2/ « Avec d’importantes variations selon les zones géographiques, qu’il faut attribuer à l’accessibilité de la contraception, de l’éducation et des soins sexuels : une moyenne de 18 avortements pour 1000 femmes en âge reproductif (15-44 ans) en Europe de l’Ouest et du Nord. La Belgique est à un taux d’avortement de 8.8 pour 1000 », précise Aurélie Aromatorio. septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 30 omni sciences À l’occasion du 50e anniversaire de la présentation à l’Assemblée nationale française du projet de loi sur l’avortement par Simone Veil – le 26 novembre 1974 –, Le Quinzième Jour s’interroge sur ce droit fragile, “jamais tout à fait acquis”, ni ici, ni ailleurs. Petit historique et tour d’horizon sur ce droit fondamental, avec quatre chercheuses spécialisées en la matière : Mona Claro, chargée de cours en faculté des Sciences sociales de l’ULiège, Aurélie Aromatario, chercheuse postdoctorale à l’ULB, Mireille Le Guen, démographe à l’UCLouvain, et Camille Maes, doctorante en faculté des Sciences sociales de ULiège. DOSSIER AUDE QUINET - dessin Fabien DenoÊl

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