raisons médicales. Très rapidement après la mort de Staline, l’URSS revient à sa politique initiale. « Une loi autorise de nouveau l’avortement sur simple demande, sans justification ou entretien », observe Mona Claro. Cette loi va être imitée « avec de petites variantes », à partir de la fin des années 1950, en Pologne, Roumanie, Bulgarie, Allemagne de l’Est. Les politiques natalistes président aux mesures anti-avortement « À la fin des années 1960 jusqu’aux années 1980, les pays occidentaux capitalistes vont à leur tour, pour la plupart, autoriser l’avortement sur demande, avec des lois presque toujours plus restrictives que celles des pays communistes, avec les fameux entretiens psychologiques obligatoires, la semaine de réflexion, etc.», poursuit Mona Claro. Mais le vent tourne dans certains de pays de l’Est. En Roumanie, le président Ceaușescu interdit l’avortement dans les années 1960 pour favoriser la natalité. Et ce n’est qu’après son renversement en 1989 que le gouvernement roumain fera machine arrière. Au-delà de ce cas extrême, d’autres pays de l’Est ont complexifié l’accès à l’IVG, sans pour autant l’abolir. « Dans les régimes communistes, qui avaient autorisé l’IVG dans les années 1950 et qui ont ensuite introduit des restrictions, ce sont des arguments natalistes, et non moraux ou religieux, qui étaient invoqués, affirme Mona Claro. Mais on sait que si l’interdiction peut conduire, au début, à une croissance de la natalité, à plus long terme les femmes continuent de mettre fin à une grossesse non désirée, seules, avec des conséquences dramatiques pour leur santé et fertilité future. Les démographes ont montré depuis longtemps que l’interdiction est contreproductive d’un point de vue nataliste. » Dans les années 1990, une partie des ex-pays du bloc communiste s’aligne sur les législations plus restrictives de l’Europe de l’Ouest : l’entretien pré-IVG avec des travailleuses sociales ou des psychologues devient obligatoire, une semaine de réflexion est exigée entre la demande et l’avortement… Mais a contrario, rien ne change en Russie : Boris Eltsine préserve la législation en vigueur, parmi les plus permissives au monde alors que le taux de natalité est au plus bas. Vladimir Poutine arrive au pouvoir en 1999. « Il soutient une politique nataliste à partir de 2006 et, dans les années suivantes, promulgue lois et décrets qui restreignent l’accès à l’avortement, sans pour autant l’interdire. » On tente de dissuader les femmes de passer à l’acte : des consultations pré-IVG deviennent obligatoires, qui peuvent être assurées par des médecins, des psychologues, des travailleuses sociales mais encore par des prêtres orthodoxes ; en 2011, une semaine de réflexion est requise et les femmes doivent signer un formulaire de “consentement informé” sur le risque de stérilité qu’un avortement ferait courir… Pour la chercheuse, « cette politique russe, axée sur la désinformation médicale (l’accouchement est plus risqué) pour effrayer les femmes et les faire changer d’avis, s’inspire des mesures prises dans de nombreux états des États-Unis à partir des années 1980-90. Des mesures similaires ont été adoptées en Slovaquie, et dans la Hongrie de Viktor Orban ». FRANCE : “MON CORPS, MON CHOIX” Dans un contexte de faible natalité au lendemain de la Première Guerre mondiale, la France adopte en 1920 une loi pour interdire et la contraception et l’avortement. « L’objectif à l’époque est d’obliger les femmes à avoir des enfants », rapporte Mireille Le Guen, démographe à l’UCLouvain. L’interdiction sera maintenue dans les décennies suivantes, l’avortement sera même criminalisé sous le régime de Vichy. Mais les avortements continuent et les témoignages des acteurs de terrain indiquent que nombre de femmes meurent au cours de ces opérations clandestines. Il faudra attendre 1975 pour qu’une loi mette fin à cette situation. Portée par Simone Veil, alors ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, la loi votée le 17 janvier 1975 dépénalise l’avortement pour une période de cinq ans. « Elle permet le recours à l’IVG à la demande de la femme lorsqu’elle se trouve en “situation de détresse”, avant dix semaines de grossesse, mais avec l’obligation de recourir à un médecin, spécifie la démographe. Cinq ans plus tard, les parlementaires réexaminent la loi en évaluant ses conséquences. Et les constats furent rassurants : non seulement les femmes continuent d’avoir des enfants, mais, surtout, le nombre de décès suite à un avortement est nettement moins élevé. » La loi Veil est alors promulguée de manière définitive le 1er janvier 1980. D’autres dispositions continueront par la suite à la septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 31 omni sciences
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