LQJ-289

conforter : la loi Roudy du 31 décembre 1982 instaure un remboursement partiel de l’IVG par la Sécurité sociale. 30 ans plus tard, le 17 décembre 2012, il est totalement pris en charge. La notion de détresse est supprimée en 2014 tandis que le délai légal passe de 10 à 12 semaines en 2001, et de 12 à 14 semaines de grossesse en 2022. Mais ces améliorations dans l’accès à l’IVG suscitent des oppositions et les voix discordantes se font entendre. Le président du Syndicat national des gynécologuesobstétriciens de France déclarait d’ailleurs en 2018 : “Nous ne sommes pas là pour retirer des vies”. Et l’allongement du délai légal était combattu par des médecins gynécologues et parlementaires. « On a encore vu apparaître des collages anti-IVG dans plusieurs régions de France en 2023. Preuve que les opposants à l’avortement, même légalisé, sont toujours vent debout ! » ET EN BELGIQUE ? Si l’avortement est observé depuis toujours, « de manière plus ou moins efficace et plus ou moins dangereuse », la pratique s’accélère dans les années 1960-1970, « devenant plus ancrée dans les mœurs », expose Aurélie Aromatario, chercheuse en post-doc à l’ULB. La Belgique, comme d’autres pays, connaît un activisme pro-avortement dans les années 1970, porté par les Dolle Mina côté flamand et le collectif “Marie Mineur” créé par des ouvrières wallonnes militant pour les droits des femmes. Plusieurs médecins vont prendre part au combat. « Ils pratiquent des avortements par militantisme, mais ils prennent le risque d’être emprisonnés », continue la chercheuse. Willy Peers, le plus célèbre d’entre eux, est dénoncé en 1973, pour avoir pratiqué des avortements. « Il sera emprisonné et libéré dans la même année. Mais sa voix portera puisqu’un moratoire sera instauré jusqu’en 1978 pour débattre de l’IVG. » Pendant ce temps, des centres pratiquant l’avortement se mettent en place. « L’acte est encore illégal mais n’est plus clandestin. » Ainsi, du côté néerlandophone, sur le modèle plus tolérant des voisins hollandais, « l’avortement sera réalisé dans des cliniques dédiées à cet effet alors que du côté francophone, ce sont les centres de planning familial qui prendront la main. » En 1978, le “Groupe d’action des centres extra-hospitaliers pratiquant l’avortement” verra le jour, qui réunit les centres de planning familial francophones de Belgique, pratiquant l’avortement en dehors des hôpitaux en Wallonie et à Bruxelles. Quelques procès auront bien lieu à l’encontre des femmes, des médecins ou du personnel de santé qui réalisent des avortements mais, à partir des années 1980, « la pratique, bien que poursuivie, est de plus en plus assumée publiquement pour arriver au projet de loi en 1986, approuvé en 1989 ». Le 3 avril 1990, la loi Lallemand-Michielsens dépénalisant partiellement l’avortement est adoptée en Belgique dans un contexte particulier. « Souvenons-nous, rappelle Aurélie Aromatorio, que le roi Baudouin, très catholique et fermement opposé à l’IVG, a abdiqué 48 heures durant, pour ne pas être obligé de signer lui-même cette loi. » Une loi qui arrive d’ailleurs assez tard en Belgique, après la France et le Royaume-Uni notamment, sans doute en raison du poids politique du catholicisme. Et Aurélie Aromatorio de préciser que « l’avortement est autorisé si la femme est dans un état de détresse, jusqu’à la douzième semaine après la conception, et il doit être pratiqué dans un milieu médical par un médecin qualifié. La loi continue à faire débat. » Au sein du cénacle politique et notamment de la famille sociale-chrétienne, tant en Flandre qu’en Wallonie, les débats sont houleux. « Le mouvement féministe chrétien “Vie féminine” fera scandale au sein du milieu chrétien en se positionnant en faveur de l’avortement, rappelle la chercheuse. Et des prêtres, tenant compte des réalités sociales, se montreront aussi très compréhensifs visà-vis des femmes souhaitant mettre un terme à leur grossesse. » Il faudra néanmoins attendre 2018 pour que la loi soit (un peu) révisée. « Si la nécessaire condition d’état Houet septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 32 omni sciences Simone Veil à l’université de Liège en 1988

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