sanitaire le droit à l’objection de conscience. Un alibi utilisé par bon nombre de médecins : en moyenne, 63 % des gynécologues y font référence, davantage encore dans Les Marches, la région gouvernée par les Fratelli d’Italia. « Autrement dit, relève la chercheuse, ils ne pratiquent pas l’avortement. Cela pose un réel problème pour les femmes confrontées dans certaines régions à une grave pénurie de médecins qui acceptent de réaliser un avortement. » Récemment, le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni a voté l’autorisation pour les associations pro-vie « d’être présentes dans les cliniques et les centres de conseils pour aider les femmes à prendre une décision par rapport à leur grossesse, autrement dit pour les dissuader d’avorter ». Catholique, ardente défenseuse de la “famille traditionnelle”, la présidente du Conseil des ministres prétend favoriser la maternité, en s’opposant à l’IVG. La question s’est même invitée en juin, au Sommet du G7 en Italie : en dépit des positions américaine et européenne, le communiqué final du Sommet ne mentionne pas que “l’accès à l’avortement sûr et légal” est garanti. VA-ET-VIENT Manifestement, l’interruption volontaire de grossesse reste un sujet brûlant, perpétuellement remis en cause. En témoigne encore la décision de la Cour suprême des États-Unis, le 24 juin 2022, d’annuler (à l’indignation générale) l’arrêt “Roe vs Wade”, qui avait ouvert le droit à l’avortement en 1973. Dans la foulée, 18 États américains ont officiellement rendu illégal l’avortement, mettant ainsi en danger la vie de milliers de femmes. Devant ce risque, et face à la montée populiste, la France a réagi en faisant inscrire dans sa Constitution, le 4 mars 2024, “ la liberté garantie de la femme de recourir au droit à l’interruption volontaire de grossesse ” (IVG). Un vote historique. Pour aller plus loin Estelle Fohrer-Dedeurwaerder (dir.), De quelques aspects du droit russe, Editions de la Société de Législation Comparée, Paris, 2023 (avec un article de Mona Claro). de détresse (très subjective) est supprimée, le délai dit “de réflexion” de six jours reste obligatoire, et les 12 semaines post-conception également », note Aurélie Aromatorio. En 2023, à la demande de la majorité parlementaire fédérale “Vivaldi”, la chercheuse a corédigé un rapport d’évaluation de la loi. « Nous avions recommandé une dépénalisation totale ainsi que l’extension du délai jusqu’à 20 ou 22 semaines post-conception. Nous avons travaillé sur les contraintes techniques, évalué les possibilités sensorielles du fœtus, sa capacité à ressentir la douleur... ». Si le débat a eu lieu dans l’hémicycle, à la veille des élections législatives du 9 juin, le Parlement ne s’était pas encore prononcé. L’Eglise reste influente ITALIE : ACCUMULER LES OBSTACLES En Italie, la bataille nataliste fut lancée par Mussolini en 1927. « Avec l’idée que la nation soit forte d’un point de vue numérique », souligne Camille Maes, doctorante à l’ULiège. Les instruments de contrôle de naissance, la contraception et l’avortement sont punis alors par la loi. « Cela n’empêche toutefois pas les femmes d’avorter, avec l’aide de femmes du village ou de sages-femmes.» À la fin de la Seconde Guerre mondiale, « après la débâcle fasciste, l’ambition de la classe dirigeante est de reconstruire la nation autour des valeurs catholiques, sous le regard du pape et la bénédiction du parti Démocratie chrétienne. » L’avortement continue d’être réprimé. « Dans les années 1970, les mouvements féministes revendiquent les mêmes droits qu’en France », explique Camille Maes. L’Église perd du terrain. La loi interdisant la contraception est levée en 1971, et la loi 194 légalise, en 1978, l’avortement dans un délai de 12 semaines de grossesse. « Pour autant, les femmes ne sont pas libres : elles doivent avorter à l’hôpital, après un délai de réflexion obligatoire de sept jours. Elles quittent un contrôle pénal pour un contrôle médical. » L’avortement est autorisé au-delà du délai légal « s’il y a un risque pour la santé de la femme ou une malformation du fœtus ». Mais l’article 9 de la loi garantit aussi au personnel septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 33 omni sciences
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