plateau fagnard dans le cadre des enjeux écologiques et sociétaux actuels. La station a une tradition de multidisciplinarité très forte, et à l’heure où l’ULiège s’implique activement dans la transition écologique, il est important que toutes les Facultés soient concernées. Mais il convenait avant tout d’offrir aux chercheurs un outil fonctionnel. » Pour entamer ce deuxième siècle d’activités, l’ULiège a effectué divers travaux dans le bâtiment (mises en conformité, chauffage, isolation, rénovation, matériel), ce qui a mis la station en sommeil pendant un temps… prolongé en raison de la crise sanitaire. C’est donc il y a peu que la station a été dotée d’un comité scientifique pluridisciplinaire composé de représentants de plusieurs Facultés. Le but est d’y attirer non seulement les biologistes mais également des chercheurs, des étudiants géographes, géologues, ou encore des historiens, des archéologues, des économistes. Le centenaire célébré cette année est donc l’occasion de promouvoir la station au sein de l’Université et en dehors de ses murs. « Cette station est un fleuron, estime Pascal Poncin. Il est impératif d’œuvrer à son rayonnement, de faire savoir qu’elle est opérationnelle, avec à sa tête Laurane Winandy. » LE LOUP, LE LÉZARD ET LES GRENOUILLES Cette nouvelle directrice ne cache pas son enthousiasme pour les possibilités qu’offre la station. « Les Hautes Fagnes m’intéressent en raison, notamment, de la présence d’amphibiens et de reptiles, dont je suis spécialiste. Les amphibiens – comme les grenouilles ou les tritons – ont un style de vie biphasique : un développement et une reproduction aquatiques, suivi d’une vie terrestre. Les Hautes Fagnes, avec leurs milieux particulièrement humides, sont donc un environnement propice à leur sauvegarde. Dans le contexte de l’effondrement de la biodiversité, les amphibiens font partie des vertébrés les plus menacés par les changements globaux de nature anthropique, regrette Laurane Winandy. Bien que beaucoup d’espèces ne soient pas encore considérées comme en danger, le déclin de nombreuses populations est déjà observé en Wallonie. Les causes multiples, telles que la perte et la fragmentation de leurs habitats ainsi que le changement climatique, restent très peu étudiées. » Plusieurs pistes sont néanmoins évoquées par la biologiste, comme l’irrégularité des précipitations conduisant à des périodes de sécheresse, ce qui menace les larves et têtards, ainsi que des hivers plus doux, lesquels perturbent la période d’hibernation, et donc les chances de reproduction au printemps. Sans oublier les ratons laveurs, une espèce invasive, redoutable prédateur pour les amphibiens. Avec ses larges landes ouvertes, la réserve est également un lieu de prédilection pour étudier les reptiles comme le lézard vivipare. « Les lézards sont des animaux ectothermes qui ont besoin de s’exposer au soleil pour réguler leur température, continue la directrice. À ce titre, nous souhaitons mener des études sur les bénéfices de la gestion de la réserve et des mesures de restauration des milieux. En effet, on a souvent tendance à penser qu’il faut laisser la nature “suivre sa voie”, et que la biodiversité se portera mieux de cette manière. Mais c’est faux. Nous vivons dans un monde où l’impact de l’être humain est tellement fort qu’il faut équilibrer cette influence par d’autres actions. Ainsi, si nous ne faisons S. Nekrassoff septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 39 omni sciences
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