LQJ-289

entre l’exil et la scolarisation Autre ville, autre projet, autre accompagnement. 2015, crise migratoire. Parmi les nombreux réfugiés qui transitent à Bruxelles, au Parc Maximilien notamment, des familles de nomades qui fuient la guerre en Syrie. Au cours d’un été, Marie Pierrard et Juliette Pirlet, enseignantes dans le secondaire, prennent en charge les enfants de cette communauté syrienne Dom. Une classe à ciel ouvert, bricolée avec les moyens du bord et beaucoup de solidarité, qui offre à leurs enfants un cadre scolaire inexistant chez eux. Le projet prend de l’ampleur, l’équipe s’étoffe et s’installe dans une maison du quartier des Marolles. La Petite école est née. Très vite, les fondatrices – elles-mêmes nourries de lectures et réflexions issues des sciences humaines – souhaitent ajouter au projet une dimension de recherche. Maud Hagelstein, chercheuse FNRS au département de philosophie, et Grégory Cormann, chargé de cours au même département, rejoignent alors l’aventure, dans une posture d’observation. « Horaires de cours, matériel, classement par années d’âge : l’école structure puissamment la vie des enfants, des familles, de la société. La Petite école donne aux enfants la possibilité de “jouer ce jeu-là”, d’intégrer des éléments basiques, des outils, d’apprivoiser les codes », explique Grégory Cormann. « Il ne s’agit pas d’une école alternative ou d’un contre-pied à l’enseignement classique, précise Maud Hagelstein. Ce projet se définit plutôt comme un sas de préscolarisation, un passage, une transition vers l’école, quelle qu’elle soit, qui accueillera ensuite ces enfants. » Dans cette maison-école, espace où transitent des enfants de 6 à 14 ans, tout est très ritualisé : ateliers, apprentissages, discussions, jeux, temps d’accueil et d’au revoir. L’imaginaire souvent bloqué des enfants traumatisés par la guerre est ré-apprivoisé en douceur, sous forme de saynètes ou avec des figurines que les enfants disposent dans un bac à sable. La violence contenue peut trouver une échappatoire : l’envie de frapper se transforme en coups de marteaux créateurs d’un objet, d’un instrument de musique. Chacun s’approprie un “espace à soi” : banc, matériel pour écrire ou dessiner. Une centaine d’enfants sont passés par la Petite école, restant en moyenne une année, avant de plonger dans le bain scolaire plus normalisé. Clizia Calderoni, alors récemment diplômée en philosophie à l’ULiège, s’est également immergée durant un an dans le projet, en observant les interactions entre élèves et enseignants, en scrutant la dynamique de groupe. Elle en a tiré un abécédaire aux allures de journal de bord et enrichi de photos. « Cette “pré-école” met aussi au centre de ses préoccupations une forme de beauté, un rapport particulier à l’image. Tout y est choisi avec soin. Les enfants voisinent avec les beaux-arts, la “haute culture” », détaille Maud Hagelstein, spécialisée dans le domaine de l’esthétique, qui prépare avec Marie Pierrard un ouvrage collectif à propos de l’école compilant archives, photos, textes de chercheuses et chercheurs. « Depuis le début de cette collaboration, les apports sont mutuels ; on fait circuler les observations, les façons de comprendre, se réjouit Grégory Cormann. Un travail de recherche joyeux et inspirant qui a amené de la créativité dans notre rapport au savoir et où l’Université a joué un rôle de point de passage, de rencontre. » Les Productions du verger le projet • Clizia Calderoni, L’abécédaire de la Petite école https://abc-lapetiteecole.be • Lydie Wisshaupt-Claudel, Éclaireuses, film documentaire www.vimeo.com/manage/videos/510307048 (mot de passe: sidra) • Archives du projet : https://redlabopedagogique.tumblr.com septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 45 univers cité

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