LQJ-289

* Laure Fagnart et Stefania Tullio Cataldo, Léonard de Vinci et l’art de la gravure. Traduction, interprétation et réception, Liénart, Paris, juin 2024. Toutes les gravures, numérisées, sont disponibles dans la base de données Gallica : https://gallica.bnf.fr/ Voir son interview sur https://www.news.uliege.be/de-vinci septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 46 omni sciences Exposition à Amboise Léonard de Vinci ARTICLE PATRICIA JANSSENS Aujourd’hui, le nom de Léonard de Vinci (14521519) fait irrésistiblement penser au tableau de La Joconde conservé au Louvre. Mais cela n’a pas toujours été le cas : pendant très longtemps en effet, c’est La Cène, la peinture murale du réfectoire du couvent de Santa Maria delle Grazie à Milan, qui fut son œuvre la plus célèbre. Il s’agit d’un épisode crucial du Nouveau Testament, très souvent représenté. S’il reste proche des sujets religieux, Léonard ne craint pas cependant de bousculer la tradition picturale italienne de l’époque en introduisant des variantes, en choisissant de faire place aux expressions humaines, et c’est en cela qu’il est moderne selon Vasari, auteur des Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes en 1550. Dans La Cène, il représente, et c’est original, le banquet avant l’annonce de la trahison de Judas et confère à chaque personnage une émotion singulière. Réalisée en 1498, la fresque a été rapidement copiée par différents peintres, dans plusieurs lieux (en Lombardie, à Milan, à Pavie, au château d’Écouen dans le Val-d’Oise, etc.) et ce jusqu’au XIXe siècle. « Étonnamment, Léonard ne s’est pas intéressé à la gravure, note Laure Fagnart, maître de recherches au FNRS et spécialiste de l’art de la Renaissance et singulièrement de Léonard de Vinci, alors que d’autres artistes contemporains – Andrea Mantegna et Raphaël, par exemple – ont saisi l’enjeu de cette technique, nouvelle à l’époque, qui permet de multiplier à l’infini (ou presque) le nombre d’estampes, assurant ainsi une diffusion très large de leur travail. Et pourtant, les graveurs reconnaîtront d’emblée la qualité de La Cène et n’hésiteront pas à la copier sur des plaques de cuivre, du vivant de Léonard de Vinci déjà et ce jusqu’au XVIIe siècle. Des copies des toiles du maître florentin circuleront ainsi dans toute l’Europe : Dürer lui-même lui rendit hommage, en 1506, en gravant notamment ses célèbres entrelacs. Mais, très souvent, les graveurs sont restés anonymes. » Une cinquantaine de gravures réalisées à partir des tableaux de l’artiste sont aujourd’hui répertoriées. À l’initiative de Laure Fagnart, qui publie un ouvrage sur le sujet*, une trentaine d’entre elles, conservées dans les collections de la BnF principalement, sont exposées au château d’Amboise jusqu’au 22 septembre.

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