septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 47 omni sciences et la gravure « On sait que Léonard de Vinci (qui fut un génie polymorphe : on le connaît peintre et sculpteur, mais il est aussi scientifique, architecte, musicien, philosophe et écrivain) réalisait ses tableaux sur commande royale bien souvent. Ses œuvres, à l’exception de La Cène, étaient dès lors conservées dans des collections privées, peu visibles en dehors d’un cercle restreint, précise Laure Fagnart, commissaire scientifique de l’exposition. Les gravures ont permis de les faire admirer à un public plus large, aux élèves des Académies notamment et aux amateurs d’art en général. » Les graveurs, reconnus pour leur talent, pouvaient prendre certaines libertés en insérant dans la copie une inscription, un décor supplémentaire, ou en gommant un personnage. Ainsi Soutman (1580-1657), élève de Pierre-Paul Rubens, copia la fresque du couvent, en mettant l’accent sur quelques éléments eucharistiques, dans la mouvance de la Réforme. Quel est l’intérêt de ces gravures postérieures à l’œuvre ? « Elles permettent non seulement d’admirer la maîtrise du dessin de l’artiste, mais encore de déceler les influences italiennes (nœuds, motifs divers) », continue la chercheuse. Léonard de Vinci aurait-il pratiqué lui-même la technique ? La question peut se poser, mais la critique actuelle considère qu’il n’en est rien. Elle confirme par contre que le Florentin a entretenu des liens étroits avec des orfèvres qui sont aussi des graveurs. Selon Laure Fagnart, « la relation de Léonard de Vinci à la gravure fut sans doute paradoxale. Il semble avoir pensé à ce médium pour illustrer et diffuser ses traités théoriques, notamment son Traité d’anatomie qui était prêt à être imprimé avant qu’il ne quitte Rome pour répondre à l’invitation de François Ier. Mais, d’un point de vue artistique, la gravure ne lui donnait peut-être pas entière satisfaction, elle qui présentait à ses yeux deux défauts majeurs : l’absence de couleur et la prépondérance de la ligne de contour. L’estampe, copie d’une peinture qui copie elle-même la nature, ne séduisit pas non plus son idéal artistique. » Cette relation complexe est au cœur de l’ouvrage scientifique richement illustré de Laure Fagnart et Stéfania Tullio Cataldo et constitue aussi le fil rouge de l’exposition. * voir l’interview sur www.news.uliege.be/interview-laure-fagnart Exposition “Chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci en gravure”. Au château royal d’Amboise, montée de l’Émir Abd El Kader, 37400 Amboise, France. * https://www.chateau-amboise.com/ Soutman, La Cène
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