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« Des mathématiques mais avec de l’argent. » Aux confins du concept et du concret, la finance a attiré Georges Hübner dès la fin de ses études secondaires. « La finance est très multidisciplinaire. On y mobilise des sciences dures, comme la physique, les maths, mais aussi beaucoup de sciences humaines comme la sociologie, la psychologie », raconte le professeur liégeois. Nous sommes alors à la fin des années 1980, une décennie où se multiplient les fusionsacquisitions, dans un contexte de « marché complètement débridé ». « Pour un jeune homme comme moi, se souvient-il, c’était quelque chose d’assez fascinant. Non que je sois particulièrement attiré par l’argent, mais parce que ces grandes manœuvres donnaient l’impression qu’il y avait beaucoup de choses à faire dans ce domaine. » CARTE BLANCHE Son mémoire, qui porte sur le calcul de la valeur d’une entreprise en fonction de l’acheteur, est un “ovni” mal compris par son jury mais qui obtient plusieurs prix. PierreArmand Michel, aujourd’hui professeur émérite, encourage alors celui qui n’a « jamais envisagé une carrière académique » à poursuivre un doctorat. « Il m’a convaincu d’une manière un peu machiavélique, plaisante Georges Hübner. Je voulais faire un MBA (Master of Business Administration) à l’Institut européen d’administration des affaires (Insead) de Fontainebleau où venait par ailleurs d’ouvrir une école doctorale. Il m’y a encouragé, tout en me disant que pendant que je ferai mon MBA, je verrai et j’envierai tous les jours des gens au bout du couloir qui faisaient un PhD... Ça a titillé ma fierté. Je voulais savoir si j’étais capable de le faire. » Soutenu par une bourse du FNRS, Georges Hübner entame alors une thèse sur le risque de crédit dans le domaine des produits financiers dérivés, motivé par « la beauté du geste ». Durant l’été 1997, alors que son passage au sein du prestigieux Insead le prédestine à postuler dans des institutions telles que l’université de Chicago ou de Stanford, le jeune docteur se voit proposer un poste de chargé de cours à l’ULiège. Attaché à sa ville « comme tout bon Liégeois qui se respecte » et fidèle à son Alma mater, il accepte et commence à enseigner. Il a alors 26 ans. « J’avais une charge de cours de 350 heures, une vie de famille qui commençait et tout était à construire... Je n’avais encore rien publié, se remémore-t-il. C’était une époque où l’on prenait beaucoup de risques avec les deniers publics, où l’on pouvait nommer à vie quelqu’un qui n’avait pas encore fait ses preuves. On est heureusement plus prudent aujourd’hui. Mais cela a été une chance pour moi : en comptant que je travaillerai jusqu’à 67 ans, j’aurai eu une carte blanche de 41 ans. » Et pourtant, Georges Hübner n’est pas un chercheur par vocation, plutôt « un scénariste qui aime raconter des histoires ». « Je voulais surtout voir où je pouvais faire preuve d’une certaine originalité dans mes contributions. C’est pourquoi je ne me suis jamais spécialisé dans un domaine très particulier. Je me vois un peu comme un décathlonien de la recherche : nulle part excellent, mais capable de contribuer dans plusieurs domaines. » POUVOIR ET RESPONSABILITÉ DE LA FINANCE Ayant enseigné les trois grands domaines de la finance – celle d’entreprise, celle de marché et la finance institutionnelle –, Georges Hübner entend transmettre à ses étudiants le goût pour cette « belle discipline injustement décriée ». « La finance s’intéresse à une partie spécifique de l’économie qui traite des flux financiers, détaille-t-il. On peut la voir comme le système sanguin de l’économie. L’économie s’intéresse à la consommation, au travail, au capital, à l’utilisation des facteurs de production pour délivrer des biens et services qui vont participer au bien-être des gens. La finance, elle, permet d’allouer les ressources là où elles sont le mieux utilisées. Elle permet de faire circuler le sang dans le corps social afin que tous les organes fonctionnent. » Pour Georges Hübner, en dépit de la méfiance que suscite le secteur financier, les banques sont « absolument indispensables à notre bien-être. » « Sans circuit financier, il n’y aurait pas d’accès à la propriété par exemple, pas de projection Joueur de dames aguerri et professeur de gestion à HEC Liège, Georges Hübner met ses compétences stratégiques au service de la recherche et de l’entreprise. À l’occasion de la sortie de The Complete Guide to Portfolio Performance, il revient sur son parcours et son goût intact pour la finance qu’il qualifie de “système sanguin du corps social”. ARTICLE JULIE LUONG - photo Jean-Louis Wertz septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 49 le parcours

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