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MALADIE DE LYME Christine Jacobs-Wagner pose ensuite ses bagages à la Stanford University School of Medicine, en Californie, où elle intègre le laboratoire de la Pr Lucy Shapiro, une référence mondiale en matière de biologie du développement. Dans le cadre de son travail post-doctoral, elle continue de s’intéresser aux bactéries, mais change de focale pour étudier la multiplication cellulaire qui la fascine. Celle-ci est particulièrement rapide chez les bactéries. « Ce cycle cellulaire est à l’origine de la vie qui commence à partir d’une seule cellule, laquelle en se multipliant crée une seconde, et de ces deux cellules émergent deux autres, etc. N’est-ce pas incroyable ? Ce processus n’est pourtant pas simple : beaucoup d’éléments doivent être présents, au bon moment, dans le bon ordre, pour que cette multiplication ait lieu. Et pourtant, si vous observez une bactérie, ou n’importe quelle cellule d’ailleurs, ce processus n’échoue pratiquement jamais. C’est réellement remarquable. » En 2001, elle rejoint la Yale University, où elle gravit les échelons académiques et devient, en 2014, directeur du Microbial Sciences Institute, tout en continuant d’étudier avec une équipe pluridisciplinaire les mécanismes moléculaires qui sous-tendent la multiplication bactérienne. Christine Jacobs-Wagner est récompensée à de multiples reprises pour la qualité de ses recherches, obtenant notamment l’Ely Lilly Award décerné par l’American Society of Microbiology (2011) et l’American Society of Microbiology Award for Basic Research (2024). En 2015, elle est élue membre de la National Academy of Sciences – fondée par Abraham Lincoln en 1863 – et, plus récemment, de l’illustre American Academy of Arts and Sciences, l’une des plus anciennes sociétés savantes aux États-Unis. En 2019, elle réintègre Stanford, où elle est aujourd’hui professeure de biologie et, à titre secondaire, professeure de microbiologie et immunologie. Mais Christine Jacobs-Wagner, qui vient par ailleurs d’être élue membre de l’Académie royale de Belgique, est surtout, depuis 2008, une chercheuse (investigator) rattachée au très prestigieux Howard Hughes Medical Institute, l’une des fondations philanthropiques les mieux dotées au monde et dont les fonds contribuent à financer essentiellement la recherche médicale. Une partie de son laboratoire s’intéresse actuellement à Borrelia burgdorferi, une bactérie transmise à l’homme lors de piqûres de tiques infectées. Cette bactérie est à l’origine de la maladie de Lyme, soit la maladie à transmission vectorielle – c’est-à-dire transmise par des arthropodes, ici la tique – la plus répandue aux États-Unis et en Europe. Quoique celle-ci soit aisément traitable à l’aide d’antibiotiques si elle est diagnostiquée assez tôt, elle est quelquefois négligée en raison de ses symptômes similaires à ceux du virus de la grippe. S’étant propagée dans le corps, elle peut causer des problèmes neurologiques ou articulaires qui peuvent persister même après un traitement antibiotique intensif. « Outre la question de la progressive perte d’efficacité des antibiotiques, qui comme on le sait est un problème de santé publique majeur à l’échelle mondiale, le cas de Borrelia illustre une problématique distincte qui devrait nous préoccuper tout autant : la recrudescence des maladies à transmission vectorielle, alerte la professeure. En effet, sous l’influence du changement climatique, l’habitat de la tique s’étend largement et, avec lui, la propagation de Borrelia burgdorferi et donc les occurrences de la maladie de Lyme. Dans certaines régions des États-Unis, la majorité des tiques sont infectées par Borrelia ou d’autres pathogènes. En Europe, cette propagation est aussi un problème considérable. » Mais nous connaissons mal ces bactéries. « Nous sommes donc assez mal préparés pour les combattre. Je ne veux pas spéculer sur la prochaine pandémie, mais il serait judicieux d’investir davantage, non seulement dans la recherche relative aux virus tels que les coronavirus dont nous avons vu les dangers, mais aussi dans celle visant à améliorer notre connaissance des bactéries et autres parasites. » Alumni en lumière Le lundi 30 septembre à 17h, Christine Jacobswagner donnera (en anglais) une conférence au Giga intitulée “From ULiège to Stanford: Illuminating the Secrets of Bacterial Life” et recevra la médaille “Alumni en Lumière“. Auditoire Léon Fredericq, tour du Giga (5e étage), CHU de Liège, 4000 Liège. * inscription via le site www.alumni.uliege.be/christine-jacobs-wagner septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 59 l’invitée

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