Dans son bureau, le bois règne en maître. Coffres sculptés, bas-reliefs, statues et, trônant au centre, une quinzaine de marionnettes à tringle. Charlemagne, Tchantchès, Nanèsse, Mister Bean, Donald Trump, le pape ou encore Freddy Mercury : ces pantins sont tous nés de blocs de tilleul patiemment ciselés. À la fin de sa carrière de chef du service de chirurgie abdominale et transplantation au CHU de Liège, Michel Meurisse – aujourd’hui professeur ordinaire honoraire de la faculté de Médecine – se forme à la sculpture ornementale sur bois, fascination de son enfance. Lorsqu’il tourne la page médicale en 2019, le chirurgien découvre le travail des marionnettes en bois. Anatomie et proportions du corps, précision du geste et tranchant des outils, tout, dans cet art, fait écho en lui. Un coup de foudre absolu. Il rejoint alors le Centre liégeois de la marionnette situé à Saint-Nicolas, l’un des derniers ateliers du genre. Il y arrive avec son bagage technique, son regard de dessinateur (il illustrait lui-même l’entièreté de ses syllabus d’anatomie) et... son temps libre. Dans sa cave transformée en atelier s’alignent gouges, burins et ciseaux numérotés. Solidement fixée sur une vis de sculpteur, une imposante tête de Charlemagne attend d’être achevée. Faire ressortir chaque muscle, redessiner sans cesse les traits, chercher l’ovale parfait avec l’outil adéquat : Michel Meurisse valse des heures durant dans son repaire de Gepetto. Une fois sculptées et assemblées, parfois peintes par lui et vêtues au Centre de Saint-Nicolas, les marionnettes partent chez des particuliers ou des montreurs, sachant qu’il reste huit théâtres en région liégeoise. Même colline de Liège, à quelques rues de là. L’acteur et réalisateur Bouli Lanners et la costumière et metteuse en scène Élise Ancion (fille des fondateurs, en 1973, du théâtre de marionnettes liégeoises “Al Botroûle”) y ont ouvert en 2023 le “Théâtre de la couverture chauffante”. Après deux spectacles joués à guichets fermés, ils relancent la saison cet automne. Parmi leur casting de 200 marionnettes, neuves et anciennes, plusieurs sont sorties des doigts de Michel Meurisse. Arrivées en bois nu, elles trouvent ici couleurs et vêtements : Bouli Lanners apporte un soin fou à la carnation des visages, tandis qu’Élise Ancion confectionne des costumes avec des tissus d’époque. Un fonctionnaire pas très fréquentable, des femmes ordinaires – ni Nanèsse ni princesse –, un “petit gros”, un homme noir en costume... : leurs marionnettes à tringle, manipulées selon les techniques ancestrales, s’appuient sur la tradition pour raconter le monde d’aujourd’hui. Centre de la marionnette de Saint-Nicolas : www.cemsnicolas.be Théâtre de la couverture chauffante : https://theatredelacouverturechauffante.be septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 61 ici et ailleurs Le chirurgien des marionnettes ARTICLE MARIE LIÉGEOIS - PHOTOS JEAN-LOUIS WERTZ
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