LQJ-289

La protection de la biodiversité est reconnue comme une “préoccupation commune à l’humanité ” depuis le sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. Au cours de ce même sommet fut adoptée la Convention sur la diversité biologique dans laquelle les pays signataires s’engageaient à protéger et à restaurer la diversité du vivant. Mais un monde sépare la théorie de la pratique et les méthodes mises en place pour y arriver témoignent plutôt d’une pensée occidentale, d’une part, et d’une déconnexion entre l’humain et le monde vivant, d’autre part. Ces deux constats sont au cœur des projets respectifs de Christine Frison, professeure de recherche en droit international de l’environnement, et de Grégory Mahy, professeur au sein de l’axe biodiversité, écosystème et paysage de Gembloux AgroBio Tech et cofondateur de la spin-off Vivus. Échange de points de vue sans langue de bois. ENTRETIEN ARIANE LUPPENS - photos Jean-Louis wertz Le Quinzième jour : Quels sont vos parcours respectifs et comment en êtes-vous arrivés à vous intéresser à la biodiversité ? Christine Frison : Je suis petite-fille d’agricultrice. J’ai passé pas mal de temps dans les champs, dans les étables. J’ai également beaucoup voyagé. Je suis juriste de formation, en droit international public. Au moment de faire mon travail de fin d’études pour mon master, un tout nouveau traité sur la gouvernance et la conservation des semences venait d’entrer en vigueur : le traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture ou “traité sur les semences”. Je me suis plongée dans le sujet et cela fait maintenant 20 ans que je travaille sur cette thématique et que je me passionne pour la conservation des semences, pour une utilisation durable de celles-ci et pour la souveraineté alimentaire. Je me suis ensuite spécialisée dans les questions environnementales en général et j’enseigne à présent le droit de l’environnement et le développement durable. Grégory Mahy : Quant à moi, j’ai bénéficié de la promotion sociale par l’enseignement. C’est très important dans mon parcours. Je ne viens pas du tout d’un milieu intéressé fondamentalement par la nature et la biodiversité. Je dois ma passion à un paradoxe. J’ai été passionné au début de mes études par un cours d’écologie financé par Petrofina ! J’ai ensuite eu un professeur de botanique extraordinaire, et c’est lui qui m’a insufflé l’amour des plantes et de leur diversité. J’ai par la suite réalisé un herbier et là j’ai découvert un monde que je ne connaissais pas. Je suis un amoureux des plantes, j’ai beaucoup voyagé pour voir des végétaux ! Mon parcours a commencé au moment où a émergé la biologie de la conservation. Mes études, je ne les ai faites que dans les réserves naturelles ! On n’allait pas en forêt, on n’allait pas en zone agricole, on ne parlait pas aux agriculteurs et on n’allait en ville qu’à la fin de l’excursion pour boire un verre ! Au final, toute ma carrière m’a amené à sortir des réserves naturelles. On s’est rendu compte que répondre à l’enjeu de l’effondrement du monde vivant par la création de petits espaces protégés, cela ne suffisait pas, même si c’est essentiel. Nous nous sommes donc redéployés. Aujourd’hui, je m’intéresse à la biodiversité là où on ne l’attend pas. LQJ : Un mot sur vos projets respectifs ? Ch.F. : Je viens d’être engagée à l’ULiège après avoir obtenu un financement européen, un ERC Starting Grant, pour mon projet “DecoLawBiodiv”. Il s’agit d’analyser le septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 65 le dialogue

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