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de la nature” à protéger de toute intervention humaine. C’est très judéo-chrétien comme vision du monde ! On a reçu un héritage et il faut le protéger. Les parcs nationaux américains sont donc là pour préserver des morceaux de nature sauvage pour les générations futures. Mais cela justifie aussi qu’on ne prenne pas en compte le vivant sur le reste du territoire ! Ch.F. : Cette idée de protection sert aussi à masquer la raison première de la destruction de la nature. C’est l’hyper extractivisme à but économique. On va venir protéger des zones qui sont sacrées, elles seront même inscrites au patrimoine mondial de l’humanité. Mais aucune réflexion n’est menée sur la façon dont on vit au quotidien et dont on détruit la nature en produisant des choses utiles ou non. Il faut réfléchir à la manière de réglementer les activités extractivistes pour promouvoir des façons de faire différentes. Je trouve à ce titre le projet du Pr Mahy dans les carrières absolument fascinant. C’est ce type de projet qui doit être défendu. Comment soutenir notre économie pour qu’elle ne soit plus extractiviste mais générative ? Il y a moyen de développer des politiques (avec des financements) en faveur d’activités génératives de diversité. LQJ : Mais votre discours est vite caricaturé comme celui de la décroissance… Ch.F. : Oui, parce que nous sommes persuadés que les solutions qui n’émanent pas de l’innovation technologique sont archaïques. G.M. : On a exclu le vivant de notre champ sociétal et on l’a remplacé par des processus technologiques. Quand on dit innovation, c’est forcément la “tech” ! Dans les modèles de transition, on prévoit de faire de l’agriculture “durable” avec des drones qui délivreront la juste dose d’azote sur la plante. Mais ce n’est pas un changement ! Et où est la place de l’humain, de l’agriculteur dans tout cela ? Pour le reste, on est toujours dans une logique productiviste. On passe des herbicides chimiques à des herbicides basés sur des molécules végétales. C’est toujours un herbicide et cela tue le vivant ! On doit travailler avec lui, pas contre lui. Ch.F. : Or, le développement de l’agriculture s’est opéré par des pratiques qualifiées aujourd’hui de “traditionnelles”. Il n’y aurait pas aujourd’hui de diversité agricole s’il n’y avait pas eu 10 000 ans de pratiques culturales multiples. Les communautés paysannes, frappées de plein fouet par le changement climatique et obligées de s’adapter à la fois aux inondations et aux épisodes de sécheresse, sont très innovantes ! Mais ce ne sont pas des solutions technologiques : l’innovation devient alors invisible et le discrédit est jeté sur les pratiques de ces communautés. C’est pourtant ces initiatives-là qu’il faudrait soutenir plutôt que la “Smart agriculture” qui ne fait que reproduire le modèle destructeur existant. G.M. : L’idée que le vivant peut être remplacé par la technologie a percolé dans toute la société, y compris le monde universitaire. C’est prégnant dans les formations d’ingénieurs, mais de façon générale aussi dans des disciplines comme l’économie, le management. Si nous voulons que les choses changent, nous devons aussi nous remettre en question. L’université de Liège possède un site extraordinaire, le Sart-Tilman, dont la biodiversité est fantastique et qui constitue un endroit majeur du réseau écologique régional. Mais quel est le projet nature sur le Sart-Tilman ? Un musée et le VTT trail, un endroit où on s’amuse. Et ce VTT trail passe en plein milieu de la septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 68 le dialogue

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