réserve naturelle intégrale… Cela signifie que nous sommes quand même très, très loin des réalités, que nous sommes déconnectés du vivant que l’on prétend défendre. Comment faire si 80 % de la population vit en milieu urbain et péri-urbain et n’a jamais accès à autre chose qu’à trois arbres alignés… ? Ch.F. : J’ai participé régulièrement au “Printemps des sciences” à l’UCL, l’occasion d’ouvrir les laboratoires aux élèves de la fin du secondaire, en provenance d’écoles essentiellement bruxelloises. Chaque année, je fais un point sur les semences et je demande qui a été se promener dans un champ ou dans une forêt. L’année dernière, seuls trois élèves sur plus de 50 l’avaient déjà fait ! Cela me fend le cœur de constater à quel point la jeunesse est déconnectée du monde vivant… G.M. : Cela dit, je vois une évolution positive dans le programme de nos bacheliers. Ainsi, nos bio-ingénieurs vont apprendre à décrire et à comprendre un écosystème dès le début de leur formation. Ch.F. : Heureusement. L’un de mes cours préférés consacré au développement durable (même si moi, je n’utiliserais pas du tout ce concept-là qui est déjà dépassé) existe depuis deux ans en fac de Droit. On enseigne ainsi de façon transversale sur notre relation au vivant, à la nature. Ce type de cours suscite beaucoup d’intérêt chez les jeunes. On pourrait se demander quel est le rapport avec des études juridiques. Mais quand un notaire doit gérer un patrimoine, il peut, par exemple, être amené à réaliser le morcellement d’une parcelle dans le cadre d’une succession et cela peut avoir un impact sur la biodiversité de cette parcelle. LQJ : Vous venez d’évoquer le développement durable. Quel regard portez-vous sur ce concept très en vogue ? G.M. : Selon moi, le développement durable n’est plus la réponse. Les Nations unies ont listé 17 objectifs de développement durable dont trois seulement concernent la biosphère. Ils ne posent d’ailleurs pas de limites mais parlent d’exploiter durablement la faune, la flore et les océans. Ch.F. : Le développement durable fait effectivement partie de la logique néolibérale. C’est un concept déjà dépassé. Mais il reste utile comme grille d’analyse pour montrer que nous devons aller beaucoup plus loin dans notre façon d’appréhender notre rapport au vivant. LQJ : On nous parle aussi beaucoup des générations futures… Ch.F. : Ce concept a été nécessaire pour faire prendre conscience de la continuité du vivant, mais il amène d’autres problèmes. Le principal étant d’insuffler dans les esprits le fait qu’on parle du futur et que, par conséquent, nous ne sommes pas immédiatement concernés. Et cela participe au fait de reporter systématiquement les prises de décision qui s’imposent. G.M. : De toute façon, on n’en est plus là. Il faut dire les choses telles qu’elles sont : l’effondrement du vivant laisse la société occidentale indifférente alors qu’il s’agit de la limite planétaire la plus dépassée. Pourtant, en tant qu’êtres vivants, nous sommes plus proches de n’importe quelle herbe que de n’importe quel objet façonné. Sans la reconnexion au vivant, on n’y arrivera pas. Et cette reconnexion passe par l’éducation, depuis la première maternelle jusqu’à la fin des études supérieures. * www.news.uliege.be/projet-DecoLawBiodiv Vivus Le Pr Grégory Mahy et Sylvain Boisson ont créé récemment “Vivus”, une spin-off qui entend intégrer la biodiversité dans les espaces bâtis, tout en répondant aux exigences de durabilité et d’efficacité environnementale. L’objectif est de remettre la nature au cœur des villes et dans nos vies. * https://vivus.city/ septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ 69 le dialogue
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