ULiège 290 i janvier-avril 2025 i Le Quinzième Jour Le Quinzième Jour Quadrimestriel de l’ULiège janvier-avril 2025 i 290 l’OPINION Vinciane Despret LE PARCOURS Sibylle Gioe OMNI SCIENCES L’odorat à la UNE L’autre moi
Couverture Dessin : Fabien Denoël
Au féminin La rédaction Dans un avenir proche, étudiants et étudiantes assisteront peut-être à un cours sur l’histoire des droits civiques dans l’amphi Marie Popelin1. Sans s’étonner. Et pourtant, aujourd’hui, un tel lieu n’existe pas. Ou très peu. Le nombre d’amphithéâtres (de salles de cours et de laboratoires) portant un nom féminin est ridiculement faible dans les universités, à l’ULiège aussi. Et pourtant notre Université est fière de ces jeunes filles qui étudient chez elle, fière des chercheuses qui y naissent et font rayonner ensuite – comme leurs collègues masculins – ses couleurs, ici et ailleurs. Arborer çà et là des noms de femmes dans l’espace public, c’est légitimer leur place dans la cité. Faire montre d’une personnalité féminine de renom dans une discipline scientifique, c’est reconnaître la qualité de son travail et c’est offrir une référence positive et inspirante à toutes les étudiantes inscrites dans notre Alma mater. On le sait, si la gent féminine a du mal à apparaître dans l’histoire des sciences, c’est aussi parce que les rares femmes, qui ont été reconnues pour l’excellence de leurs recherches de leur vivant, ont été oubliées depuis lors. L’idée n’est évidemment pas d’effacer les patronymes de John Keynes ou d’Édouard van Beneden, mais de réserver dans l’espace académique une place pour ceux de Hannah Arendt, Lise Thiry, Françoise Héritier, Vera Cooper Rubin, ou tant d’autres... Sous l’impulsion de plusieurs doctorantes, et avec l’appui de la rectrice Anne-Sophie Nyssen, les Facultés y réfléchissent. Le 19 décembre, les ingénieurs ont montré la voie et baptisé un amphithéâtre de l’Institut Montefiore du nom – et en la présence – de Mania Pavella2. Une nouvelle enthousiasmante pour commencer l’année 2025… que la rédaction vous souhaite douce et légère. 1/ Marie Popelin est la première femme docteur en droit de Belgique (1888). 2/ Mania Pavella est la première femme membre du corps académique de la faculté des Sciences appliquées (1978). janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 3 l’édito
L’ÉDITO 3 Au féminin L’OPINION 6 Vinciane Despret. Le carnaval des animaux À LA UNE 10 Jumeaux numériques OMNI SCIENCES 16 E n deux mots 18 L ’ULiège en visite au Vietnam 19 ImagéSanté 20 C harles Baudelaire 21 L ’acier a coulé dans nos veines 28 Ensemble, un projet de génétique 37 Agriculture urbaine 48 L’odorat, précieux allié 60 Sorties de presse 62 Vies, corps et luttes Sommaire Les Films de la Passerelle ULiège 290 i janvier-avril 2025 i Le Quinzième Jour R. Tissot janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 4 sommaire
UNIVERS CITÉ 22 E nquête sur les violences dans l’enseignement supérieur 34 Objectiver les compétences 40 Traverser les échelles 70 Un tram au printemps ? ICI ET AILLEURS 32 Le Festival de Liège LE PARCOURS 44 Sibylle Gioe, présidente de la Ligue des droits humains Vies, corps et luttes C. De Clerck J.-L. Wertz L’INVITÉE 54 Mahbouba Seraj, journaliste et activiste afghane LE DIALOGUE 66 Cécile Delcourt et Catherine Henrist FUTUR ANTÉRIEUR 72 Rétrovision 75 Pauvreté et genre 76 D ernier bouclage 78 Petites mythologies uliégeoises MICRO SCOPE 80 L e pôle muséal et culturel Le KROLL 83 Le jumeau numérique janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 5 sommaire
Le carnaval des animaux ENTRETIEN ET PHOTO FABRICE TERLONGE Vinciane Despret janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 6 l’opinion
Fraîchement nommée membre titulaire de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, elle ne se considère pourtant pas comme une philosophe sérieuse. Mais c’est autant la modestie que la lassitude face aux critiques que certains émettent sur son travail – il est vrai régulièrement décalé – qui fait percoler ce constat. Vinciane Despret joue tout au moins un rôle d’aiguillon de la science et de l’exceptionnalisme humain. Personnalité atypique très appréciée d’un public friand de vulgarisation joyeuse, qui a consacré des années de recherches presque exclusivement au monde animal, à ses histoires et à ses énigmes, cette philo-éthologue vient de publier son dernier ouvrage réalisé en collaboration avec le dessinateur humoristique Pierre Kroll. Un travail où Darwin côtoie les pensées à débattre, les sourires et les titres accrocheurs, pour transmuter des fragments de zoologie en leçons d’anthropologie. Pas irénique pour un sou, l’auteure nous parle de la relation des humains aux animaux et de la place des philosophes dans une société en mutations. Le Quinzième Jour : Rappelez-nous votre parcours académique, qui n’a pas été direct. Vinciane Despret : J’ai commencé par faire ce qu’on appelait une licence en philosophie et, en 1983, je me suis retrouvée au chômage. L’été 84, j’ai réussi une première candidature en droit via ce qu’on appelait le jury d’État. Mais je n’ai pas eu envie de continuer. C’était un peu trop dur pour moi. Cela demandait un type de mémoire très particulier dont je ne me sentais pas capable. En 1988, j’ai décidé de reprendre une licence en psychologie… où j’ai découvert l’éthologie. Je trouvais assez fascinant la manière dont les éthologistes étudiaient les animaux, dont ils en racontaient les histoires en effectuant tout un travail de traduction, d’interprétation. À la fin de mes études de psychologie, le département de philosophie cherchait à engager un ou une philosophe et, de préférence, avec un diplôme de psychologie. Il s’agissait d’être l’assistante du professeur de psychologie qui avait énormément d’étudiants en ce moment-là. J’ai donc débuté comme assistante en 1991 et puis j’ai fait ma thèse de doctorat, que j’ai défendue en 1996. Une thèse sur les émotions. On m’a ensuite rapidement nommée première assistante et puis chef de travaux. Par la suite, je ne suis pas devenue professeur parce que le statut de chef de travaux était celui qui convenait le mieux à ce que j’avais envie de faire, c’est-à-dire m’investir dans la recherche, présenter des conférences et réaliser des enquêtes. On appelle ça maintenant “professeur associé”, ce qui est peutêtre moins original mais plus académique. Et me voilà aujourd’hui tout juste retraitée. LQJ : C’est donc la psychologie qui vous a permis de revenir à la philosophie ? V.D. : Oui, j’ai été très contente d’avoir la chance de revenir à la philosophie. Et de travailler à l’Université. En droit, j’ai acquis des moyens mnémotechniques très efficaces et, en philosophie, des moyens pour aborder un texte, pour en décerner les difficultés et chercher comment les dépasser… J’avais donc été bien formée pour faire des études sans problème en psychologie et obtenir des grades qui ouvraient la porte à une carrière universitaire. Mais l’événement fondateur, c’est plutôt l’éthologie. Puisque je connaissais bien certaines pratiques scientifiques qu’exigent la psychologie, la psychologie animale et l’éthologie, il m’a semblé naturel de continuer dans ce champ. Il existe bien une philosophie des sciences qui se consacre à la physique, des philosophes de sciences qui s’intéressent à la biologie et d’autres qui se consacrent aux mathématiques. Pourquoi ne pas envisager de faire de la philosophie des sciences autour de chercheurs qui étudient les animaux ? Le philosophe Dominique Lestel avait ouvert ce domaine de recherches en France : je m’y suis engagée. LQJ : Y a-t-il une rencontre qui a déclenché cette passion pour le monde animal ? V.D. : J’avais découvert un ornithologue hors norme écrivant des articles qui m’avaient paru un peu étranges, dans la mesure où il y décrivait notamment des oiseaux qui vivent dans le désert du Néguev et dont le comportement ne correspondait pas du tout à ce que j’avais lu pour d’autres oiseaux. Il racontait qu’ils dansaient, s’offraient des cadeaux, se disputaient pour le prestige. Or, en 1991, même pour les singes, rares étaient ceux qui osaient avancer ce genre d’hypothèses. Le Pr Zahavi Amotz a accepté que je vienne travailler avec lui pendant deux mois dans le désert du Néguev, grâce à l’aide du FNRS. J’ai essayé de comprendre, sur le terrain, ce qui fait que cet oiseau était si particulier. Était-ce dû au fait que les chercheurs qui s’en occupaient étaient plus imaginatifs ou plus anthropomorphes ? Tout cela a débouché sur la rédaction d’un premier livre, La danse du cratérope écaillé (ndlr : le nom du piaf en question), en 1996, qui met en évidence un mécanisme plus vaste que celui de janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 7 l’opinion
la sélection sexuelle : le mécanisme de la sélection des signaux. Des traits morphologiques, qui pourraient être vus comme une faiblesse chez certaines espèces parce que cela les rendrait plus repérables par les prédateurs, deviennent un atout lorsqu’ils sont mis en scène pour montrer leur force ou simplement de l’extravagance. Après ce premier ouvrage, on m’a vue comme celle qui, d’une certaine manière, ouvrait le champ des études animales en francophonie. LQJ : Depuis lors, vous avez connu un certain succès grâce à d’autres ouvrages. Pourrait-on lier cela au fait que, las de se détester entre humains individualistes, certains se mettent à préférer les animaux ? V.D. : C’est le livre Habiter en oiseau, paru en 2019, qui a vraiment eu un impact auprès du public. Il y a eu un effet médiatique avec pas mal d’interviews, notamment dans l’émission “Quotidien” de Yann Barthès. D’après les courriers que j’ai reçus, il ne s’agit pas du tout de personnes dégoûtées des humains. Il y a plutôt une prise de conscience. Les gens sont aujourd’hui plus inquiets et sensibles, notamment sur l’état de nos milieux de vie. Ils m’écrivaient : nous sommes heureux de vous lire parce que nous pensons que nous ne sommes pas seuls sur Terre. Il s’agit de susciter plus d’intérêt, plus de curiosité et surtout d’en finir avec ce qu’on appelle “l’exceptionnalisme humain”. Questionner l’idée que nous sommes exceptionnels et que les animaux ne sont que des animaux fait partie du travail que je mène depuis des années. Si je me suis tellement intéressée aux scientifiques audacieux, c’est parce qu’ils révélaient des êtres beaucoup plus passionnants, beaucoup plus captivants. Ce dont il est question, c’est celle d’une nouvelle sensibilité à l’égard des autres vivants, ce qui implique aussi la conscience de notre déficit de sensibilité à l’égard des non-humains. C’est ce que développe le philosophe français Baptiste Morizot. Il y a par ailleurs une indéniable forme d’anxiété par rapport à la disparition de quantités d’animaux et au fait que la planète va devenir inhabitable. Dans Habiter en oiseau, j’évoque la sensibilité des oiseaux, l’intelligence des ornithologues, et cela ouvre d’autres affects, un peu moins désespérés. LQJ : Assiste-t-on comme on le pense à une forme d’évolution philosophique ? V.D. : Oui, je pense que la philosophie peut interroger nos manières de vivre et nos façons d’être. Il y a une évolution, ce qu’on appelle maintenant le “tournant animal”, que d’autres nomment aussi le “tournant ontologique”, dans la mesure où nous nous rendons compte que tout ce sur quoi nous avons fondé la manière dont nous percevons le monde et notre existence est remis en question aujourd’hui. Voilà comment je le résumerais. Comme philosophe des sciences, j’ai été inspirée par le philosophe William James, qui a également inspiré Isabelle Stengers, et Bruno Latour avec qui j’ai eu l’immense chance de travailler. Tous deux m’ont appris l’importance que les scientifiques peuvent avoir pour la connaissance de notre monde, ce qu’ils nous font découvrir, ce qu’ils nous donnent à penser, à voir. Ce qui justement peut nous rendre très critiques comme philosophes, lorsque ces scientifiques imposent, par exemple, une disqualification d’autres types de savoirs au nom de la rationalité du progrès. LQJ : Vous préférez donc les visions plus décalées ? V.D. : J’apprécie les travaux imaginatifs et controversés. Dans mon domaine, j’aime voir des scientifiques audacieux, avoir de l’imagination, proposer des théories très nouvelles qui changent la manière dont on conçoit l’existence des animaux. Je m’intéresse d’ailleurs aussi à d’autres pratiques de savoir, comme celles des bergers qui ont une connaissance très fine des moutons ou des scientifiques qui s’intéressent à l’intelligence et à la sociabilité des corbeaux, des oiseaux longtemps mal aimés. J’ai à cœur d’encourager ce genre de problématique et donc d’écrire à ce sujet. LQJ : Vous donnez de l’espoir, mais vos travaux peuventils influencer la science ? V.D. : Cela change les choses lorsque des chercheurs commencent à estimer les scientifiques dont j’ai décrit le travail avec admiration. À un moment donné, ils ont aussi envie d’essayer, quitte à se mettre parfois un peu en danger dans leur institution, de faire des choses très audacieuses qui ne sont pas nécessairement suivies par leur hiérarchie ou qui sont qualifiées de “grand n’importe quoi” par certains de leurs collègues. Les sciences pourraient devenir ainsi un peu moins détachées, un peu moins préoccupées de “rationalité”, plus imaginatives, plus dans la relation, plus attentives aux attachements des gens. J’aime quand elles y sont encouragées. janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 8 l’opinion
LQJ : Et concernant l’apport des philosophes dans notre quotidien ? V.D. : Les philosophes sont là aussi pour relayer les scientifiques et leurs inquiétudes. Il ne s’agit pas de se voiler la face et de diminuer l’angoisse face aux bouleversements du monde. Mais leur rôle est aussi de se demander si le problème est bien posé, lorsqu’il paraît inéluctable. Par exemple, si quelqu’un nous dit “vous devez choisir entre donner à manger à tout le monde et utiliser des pesticides, ou bien créer une famine et ne pas utiliser de pesticides...”, que doit dire le philosophe ? Sa réponse doit être : vous ne pouvez pas nous coincer dans cette seule alternative. Il y a moyen de poser le problème autrement. C’est un peu comme quand on affirme ceci : “soit vous diminuez vos salaires et on ne délocalise pas, soit on délocalise et vous n’avez plus de boulot”. Le philosophe est là pour relever que le problème a été présenté de telle sorte que cela arrange, dans les deux cas, celui qui a construit le message. LQJ : Leur laisse-t-on assez de place dans la société ? V.D. : On ne doit pas leur laisser de place, c’est à eux à la prendre quand il le faut et de la manière dont il le faut pour être entendus et compris. Ce qu’ils doivent faire, c’est irradier pour changer. Vous savez, quand Platon dit “c’est le philosophe qui doit devenir le roi de la cité, parce qu’il a la sagesse”, je me permets d’en douter. J’ai une profonde méfiance pour les philosophes quand ils s’acoquinent avec le pouvoir. Il y a toujours une tentation. Je pense que le philosophe doit agir par contamination et qu’il ne doit pas nécessairement avoir une place première, ni être très médiatisé. Un bon enseignant en philosophie peut façonner des gens qui pensent, c’est-à-dire des gens qui ne cèdent pas à la facilité des solutions simples et qui refusent les problèmes mal posés. C’est aussi en donnant cours en droit, en médecine… que vous créez la possibilité pour ces gens de ralentir et de s’arrêter, de se poser des questions sur ce qu’ils font, sur les conséquences de leurs actes, à quoi ils obéissent ici quand ils font tel ou tel choix. Gilles Deleuze proposait à la philosophie de rejouer les dés et de refuser les questions mal posées, ou posées sous des formes de double injonction ou de trop grosses contraintes. LQJ : Et dans votre domaine spécifique, quels sont vos horizons ? V.D. : Je souhaite continuer à utiliser les stratégies narratives de la fiction pour me permettre d’aller un peu plus loin. Je viens de lire un très bel article d’un historien des sciences, Jim Endersby, qui s’étonne. C’est quand même bizarre, dit-il, que pendant 50 ans, après Darwin, ceux qui étudiaient les rapports entre les fleurs et les pollinisateurs ont buté sur une énigme. Pourquoi est-ce que les pollinisateurs continuent à polliniser des fleurs qui ne leur donnent aucun nectar ? Pourquoi se font-ils avoir ? Il constate que, en 1916 et 1927, plusieurs scientifiques vont, parallèlement et indépendamment, trouver une explication. C’est qu’en fait les insectes sont tellement attirés par les fleurs, qui envoient des parfums puissants, que, probablement, ils ont – c’est une des hypothèses – un petit moment de sexualité avec elles et que donc ce n’est pas du tout un jeu de dupes. Tout le monde y trouve son compte. Comment les scientifiques ont-ils pensé à cette explication ? Parce plusieurs romanciers célèbres, dont HG Wells qui est très connu, et d’autres vulgarisateurs, qui ont lu les biologistes et les spécialistes des plantes, ont écrit des romans mettant en scène des plantes et des fleurs non pas passives mais qui tuent des gens, qui captivent, qui essaient d’influencer… Bref, cela a conduit ces scientifiques à reconsidérer leur approche, à envisager que les plantes sont dotées de formes de sensibilité. LQJ : Que peut-on découvrir dans ce livre écrit en collaboration avec Pierre Kroll ? V.D. : Par exemple, on imagine des saynètes humoristiques où les animaux se sont mis en scène. Les textes abordent le fait qu’ils ne sont pas mus uniquement par l’utilité. Peut-être ont-ils le sens de la beauté, comme Darwin le suggérait. C’est une biologie qui est en train, pour le moment, de réémerger et par rapport à laquelle le père de la théorie de l’évolution était tout à fait en accord. D’ailleurs, Darwin tendait à éviter le thème d’évolution, trop marqué par le progrès. Il préférait l’expression plus neutre d’ascendance avec modification. Le processus de l’évolution ne se limiterait pas à des traits favorisant la survie et la reproduction, mais serait aussi lié aux relations des individus de chaque espèce avec leurs congénères et des choix, des goûts ou des préférences. On a beaucoup ri en le réalisant et le livre, paraît-il, en fait rire d’autres. Vinciane Despret et Pierre Kroll, Dieu, Darwin, tout et n’importe quoi. Histoires naturelles, Les Arènes, Paris, septembre 2024. janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 9 l’opinion
Le numérique envahit la médecine, notamment grâce à l’utilisation de jumeaux humains virtuels. Un champ de recherche connu à l’ULiège, et une thématique proposée par la Wallonie à l’exposition universelle d’Osaka, en avril prochain. DOSSIER HENRI DUPUIS - dessins Fabien Denoël jumeaux numériquesAlter janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 10 à la une
La notion de jumeaux numériques ou virtuels (digital / virtual twins) est aussi débattue que la date de son apparition ! Il semble que l’expression soit apparue en 2002 dans le domaine industriel, particulièrement le secteur aérospatial, au sein de la NASA. Le jumeau numérique était alors défini comme une réplique virtuelle d’un objet, celui-ci pouvant être un produit (un avion entier ou une infime partie de son moteur par exemple), un bâtiment, ou encore un processus de fabrication. Une définition basique qui ne le différencie guère de la simulation, technique déjà disponible depuis les années 1960, ou du modèle numérique, aide à la conception industrielle depuis plus de 20 ans. Simultanément aux progrès de la technologie, la définition s’est précisée, même s’il en existe des variantes (une cinquantaine, semble-t-il !). On peut résumer en disant que le “jumeau numérique” est un ensemble organisé de modèles adaptables mis à jour dynamiquement avec des données issues de son jumeau physique, tout au long de son cycle de vie et qui crée de la valeur en aidant à la prise de décisions. Le plus important dans cette définition est le fait qu’il y a interaction avec le modèle physique : le jumeau virtuel reçoit des données de son alter ego physique et, en retour, il est capable d’agir (ou faire agir) sur la réalité. Et cela quasi en permanence. Le jumeau numérique s’enrichit donc à partir des données qu’il récolte grâce à des algorithmes d’apprentissage automatique. Les industriels ont vite perçu l’utilité d’un tel système : il permet d’anticiper, de tester des hypothèses et des scénarios et d’aider à la prise de décision. La plus-value qu’il amène est surtout évidente dans des secteurs où il faut travailler sur des objets complexes, difficiles d’accès ou peu manipulables, qui nécessitent souvent l’interdisciplinarité. Or, qu’est-ce qui correspond le mieux à ce champ d’application ? Le corps humain. Il était donc normal que la réalisation de jumeaux humains numériques suscite de nombreux travaux de recherche partout dans le monde. La Wallonie n’est pas absente de ce champ de recherche, comme en témoigne le fait qu’elle a retenu ce thème pour se présenter à l’exposition universelle d’Osaka qui ouvre ses portes en avril prochain. Pour sa part, l’université de Liège collabore au programme européen EDITH. « Il faut savoir, explique Thomas Desaive, ingénieur-physicien, professeur associé à la faculté des Sciences, chercheur au GIGA et représentant de l’ULiège au sein d’EDITH, qu’il n’existe pas aujourd’hui de jumeau numérique humain complet. Il en existe de certains organes, un cœur par exemple, ou de certains métabolismes comme celui du foie. Mais personne n’a encore élaboré un jumeau virtuel humain entier, bien plus complexe à réaliser. » L’objectif d’EDITH est donc bien, selon les termes de la Commission européenne elle-même, “de définir une feuille de route pour passer de systèmes d’organes individuels séparés à des jumeaux corps entier multi-échelles et multi-organes entièrement intégrés, axés sur les données et les connaissances”. Ingénieure elle aussi, professeure au département aérospatiale et mécanique de la faculté des Sciences appliquées et chercheuse au sein du GIGA de l’ULiège, Liesbet Geris est également directrice exécutive du Virtual Physiological Human Institute for Integrative Biomedical Research (VPHI), institut international dont le siège est à Leuven et dont la mission est également de garantir que le jumeau humain numérique devienne une réalité et soit adopté à la fois en recherche et en clinique. À ce titre, elle assure la coordination du projet “Edith”. Reconnue dans le milieu, elle vient d’ailleurs de se voir décerné un doctorat honoris causa par l’université d’Amsterdam pour ses recherches sur les jumeaux numériques (lire l’encadré). « Au VPHI, explique Liesbet Geris, nous discutons avec tout le monde : patients, cliniciens, ingénieurs, agence de réglementation sanitaire, etc., pour déterminer une vision globale afin de faciliter la création et la validation des jumeaux digitaux et leur transfert vers les patients et la clinique. Et cela en respectant la confidentialité des données et le consentement des patients. L’Europe est très stricte à ce sujet. » ego janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 11 à la une
Aïda Alvera-Azcárate JUMEAU DE CELLULE Comment s’élabore, se “construit” un jumeau numérique humain ? Au départ, il y a un modèle mathématique d’un organe, d’une cellule ou d’un métabolisme (ensemble des réactions chimiques qui se produisent dans une cellule ou un organisme). Ces modèles sont généraux, beaucoup existent déjà depuis quelque temps et ont été conçus à partir des connaissances médicales dont on dispose pour ces organes ou processus. Il faut donc les nourrir avec des données provenant du patient : son génome (analyse de son ADN à partir d’un peu de salive par exemple), un scan d’un organe ou de son corps entier (données sous forme d’imagerie), des données physiologiques à partir de capteurs placés sur lui (fréquence cardiaque, respiratoire, tension artérielle, etc.) ou même son exposome (ensemble des facteurs auquel est exposé un individu tout au long de sa vie, y compris in utero, comme l’endroit où il vit, ses habitudes de vie comme sa consommation d’alcool, de tabac, etc.). Ces données sont évidemment ciblées en fonction de l’objectif à atteindre, notamment grâce aux connaissances actuelles : un scan du pied ne sert pas à grand-chose pour étudier le métabolisme du foie ! Dans le domaine de la vie et de la santé, un jumeau numérique peut être créé à de multiples échelles : de la cellule à un organisme complet (pas encore d’un humain entier mais c’est un objectif) en passant par l’un ou l’autre organe. Ingénieur civil électricien, professeur à l’École polytechnique de l’UCLouvain, Benoît Macq est un spécialiste de l’imagerie, notamment médicale (en neurologie et cancer). Il a développé un jumeau numérique de cellule… cancéreuse. « Un travail que nous avons mené à bien avec le concours du spécialiste belge de protonthérapie, IBA. La radiothérapie est un processus dans lequel les doses de rayonnement sont administrées en plusieurs séances. Cette méthode vise à cibler et à éradiquer efficacement la tumeur tout en minimisant la dose aux tissus sains environnants. Mais à quelle fréquence et faut-il toujours les mêmes doses ? Des questions auxquelles on ne peut évidemment pas répondre en faisant des “tests” sur les patients ! Mais bien sur un jumeau numérique de la cellule cancéreuse. Nous utilisons des techniques d’apprentissage par renforcement. Si une modification se produit dans la cellule cancéreuse physique, telle que sa croissance ou des modifications génétiques, le jumeau s’adapte et adapte le traitement et ainsi de suite. Nous avons ainsi pu déterminer qu’il valait mieux administrer des doses plus fortes en début de traitement puis les diminuer par la suite. Et cela a aussi permis de réduire significativement les lésions des tissus sains. » CONTRÔLE DE LA GLYCÉMIE EN SOINS INTENSIFS À l’ULiège, ce sont plutôt les mécanismes du métabolisme ou des systèmes physiologiques que les chercheurs tentent de dupliquer. Un bel exemple est le travail accompli par Thomas Desaive : « Nous développons des jumeaux numériques pour obtenir des systèmes d’aide à la décision aux soins intensifs. On se focalise sur trois ensembles en particulier : les systèmes cardiovasculaire et respiratoire et le métabolisme du glucose. Notre approche est basée sur une représentation mathématique de la physiologie des systèmes étudiés, couplée à des données prises sur le patient pour arriver 12 septembre-décembre 2024 i 289 i www.uliege.be/LQJ à la une
East Dam Drone à un modèle personnalisé. » Un des projets liégeois les plus matures est celui du contrôle de la glycémie (taux de glucose dans le sang) aux soins intensifs. Les patients critiques présentent en effet souvent une hyperglycémie due à la réaction au stress, même sans antécédents de diabète. Plusieurs études ont établi un lien entre l’hyperglycémie chez ces patients et une mortalité accrue et une aggravation des résultats. On comprend dès lors l’intérêt qu’il y a à contrôler leur glycémie, à intervalles réguliers, et rectifier celle-ci grâce à des injections d’insuline (hormone favorisant l’absorption du glucose dans le sang). Ce qui est difficile, car un humain n’est pas l’autre et la glycémie varie aussi dans le temps chez une même personne. Et il y a toujours la crainte de tomber dans l’hypoglycémie… ce qui est encore plus dangereux. « Avec des collègues néo-zélandais, nous avons créé un jumeau numérique de la boucle glucoseinsuline chez le patient en soins intensifs, explique Thomas Desaive. L’évolution de la glycémie et de l’insuline a été mise en équations. Mais pour que ces équations représentent un patient particulier, on injecte dans le modèle différentes données cliniques personnelles comme sa nutrition (glucose), ce qu’il a déjà reçu comme insuline, la cible glycémique, etc. Nous mettons en équations mathématiques la physiologie du patient. On peut ainsi déterminer sa sensibilité à l’insuline, c’est-à-dire la capacité de cette hormone à réguler normalement le métabolisme du glucose, et déduire l’évolution de la glycémie du patient en fonction des injections d’insuline qu’on va lui faire. » Résultat ? Un contrôle précis et sûr, une réduction de la mortalité et des défaillances d’organes. « Mais, précise Thomas Desaive, ce n’est pas le jumeau qui valide une éventuelle injection d’insuline, cette étape revient toujours au médecin. » Une spin-off (Insilicare) vient d’être lancée par Vincent Uyttendaele (chercheur de l’équipe de Thomas Desaive) afin de commercialiser cette utilisation des jumeaux numériques pour le contrôle glycémique. D’autres projets sont cependant moins avancés, comme le jumeau du système cardiovasculaire. Thomas Desaive : « Toujours en soins intensifs, il est important de prédire la réponse au remplissage vasculaire. Si le débit cardiaque d’un patient devient trop faible, les médecins doivent compenser en injectant du liquide mais tous les patients ne répondent pas à cette technique et on risque alors l’œdème pulmonaire ! Arriver à prédire si un patient va pouvoir répondre à ce remplissage vasculaire est important. On utilise nos jumeaux numériques du système cardiovasculaire pour essayer d’identifier certains paramètres annonciateurs d’une réponse positive au remplissage. Mais ce sont souvent des paramètres difficiles à obtenir directement chez le patient, alors qu’il est facile de les identifier sur le jumeau. » Autre projet en cours de développement : utiliser un jumeau de la mécanique pulmonaire pour optimiser la ventilation mécanique chez les patients intubés. Pour sa part, Liesbet Geris s’attaque à l’arthrose du genou (gonarthrose). L’arthrose est une maladie très répandue (un adulte sur sept en Belgique) dont la prévalence ne cesse d’augmenter. Mais en raison de sa complexité (interactions entre de nombreux facteurs comme l’inflammation ou la charge mécanique), il n’existe Un modèle mathématique simule l’arthrose janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 13 à la une
aucun médicament qui permette de modifier l’évolution de la maladie. La solution est le plus souvent radicale : la chirurgie. Liesbet Geris a donc lancé le projet “In Silico Trials for Cartilage Regenerative Medicine Applications” (“INSTant CARMA”) qui a reçu une subvention européenne (ERC Consolidator Grant). « Dans un premier temps, explique la Pr Geris, nous avons mis au point un modèle mathématique qui simule l’apparition et la progression de la maladie. Ce modèle est ensuite personnalisé en fonction du patient. Pour ce faire, nous introduisons des données de mécanique articulaire (lors de la marche par exemple) à différentes échelles : le genou entier, mais aussi le cartilage, l’os ou même les cellules et molécules qui sont impliquées dans le phénomène inflammatoire. On obtient donc une série de modèles d’échelles différentes pour chaque patient. Une fois le phénomène mieux compris, nous pourrons alors réaliser des essais cliniques in silico, sur des patients virtuels. Des traitements vont être essayés qui modifieront (ou pas !) les modèles qui, à leur tour, enverront des informations nouvelles. Le but est de développer soit des thérapies pharmaceutiques, soit des implants vivants. » LA MÉDECINE DES 4 P La Pr Liesbet Geris est en effet une spécialiste de ce type d’implants qui, une fois placés dans le corps, contribuent à réparer les organes malades, particulièrement les os et cartilages. Y compris dans de tout autres domaines que l’arthrose. « Avec la Pr France Lambert (département de dentisterie), nous avons mis au point des biomatériaux en impression 3D à base de phosphate de calcium pour des patients chez qui des implants dentaires sont nécessaires mais qui n’ont plus assez d’os pour les accueillir. Il faut donc régénérer l’os avant de placer les implants. Il existe des biomatériaux dans le commerce, mais peu efficaces. Notre structure, elle, stimule les cellules à se bouger dans les biomatériaux, à se développer à l’intérieur. À l’heure actuelle, nous étudions comment personnaliser ce modèle pour en faire un vrai jumeau numérique de la mâchoire du patient. » À quoi serviront vraiment ces jumeaux et qui va les utiliser ? Pour le Pr Benoît Macq : « les jumeaux numériques sont un dispositif essentiel de la médecine du futur qui se caractérisera sans doute par ce qu’on appelle les 4 P – personnalisation, participation, prédiction et prévention. Les exemples l’ont montré : un jumeau est un modèle numérique personnalisé. C’est une des voies principales de la personnalisation de la médecine. À l’avenir, tous les patients souffrant d’une même pathologie ne seront pas soignés de la même manière : médicaments, doses de radiation, gestes thérapeutiques, etc., seront ajustés à chacun. » Pour Liesbet Geris, la notion de participation est essentielle : « Cette personnalisation oblige à collecter des données médicales privées. Il est essentiel que le patient donne son consentement mais aussi qu’il participe à la récolte de ces données quand c’est possible (notamment via des outils connectés). Aujourd’hui, on peut recueillir davantage de données en l’absence du médecin que lors d’une visite à son cabinet ! » Les jumeaux numériques humains vont aussi permettre des prédictions. « On pourra, précise Thomas Desaive, formuler et surtout tester in silico différentes hypothèses, soit thérapeutiques, soit simplement de recherche plus fondamentale. Donc “voir” ce qu’il va se passer avant que cela ne se produise réellement. Utiles pour le diagnostic et les soins, les jumeaux sont aussi utiles dans la recherche et dans l’industrie pharmaceutique pour optimiser des phases précliniques ou cliniques par exemple. » Enfin, les jumeaux numériques vont aussi aider à la prévention. Prévention individuelle bien sûr (conséquence logique de la prédiction), mais aussi collective. Si de nombreux jumeaux d’un même organe existent, les données recueillies par l’un vont, potentiellement, nourrir les autres, ce qui devrait permettre des prédictions collectives sur l’évolution de telle maladie, sur l’état de santé d’une population. Et donc de la prévention. De quoi permettre, par exemple, de dimensionner les hôpitaux du futur. D’ailleurs, des jumeaux numériques d’hôpitaux, cela existe déjà… janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 14 à la une
Liesbet Geris, docteure honoris causa de l’Université d’Amsterdam Ingénieure mécanicienne, Liesbet Geris a investi un domaine de recherches situé à l’intersection des sciences de la vie et des sciences de l’ingénieur. Spécialisée dans les implants vivants qui, une fois placés dans le corps, contribuent à réparer en particulier les cartilages et les os, elle est renommée pour ses recherches en médecine in silico, médecine qui s’aide de modèles numériques. En 2011, le Conseil européen de la recherche octroie à son projet “Biomimetic process design for tissue regeneration” (BRIDGE) une prestigieuse bourse ERC Starting Grant. Il s’agit de mieux comprendre les processus biomimétiques en œuvre dans la régénération tissulaire, de les stimuler in silico avant de les contrôler in vivo dans des protocoles de soins innovants. En 2017, elle est nommée Francqui Research Professor pour un mandat de trois ans et directrice exécutive du Virtual Physiological Human Institute (VPHI), organisation scientifique européenne destinée à promouvoir la médecine in silico, fonction qu’elle occupe toujours aujourd’hui. Cette même année, elle décroche cette fois un ERC Consolidator Grant pour son projet INSITE afin de poursuivre ses recherches dans le domaine de la médecine in silico. Une reconnaissance confirmée avec l’AstraZeneca Award 2021 et un deuxième Consolidator Grant en 2023 pour étudier cette fois plus spécifiquement l’apparition et la progression de l’arthrose dans le genou et concevoir des thérapies adaptées. Le 16 janvier 2025, elle recevra le diplôme de docteure honoris causa de l’université d’Amsterdam (UvA) “pour ses travaux scientifiques révolutionnaires dans le domaine de la médecine in silico et du jumeau humain virtuel, ainsi que pour son intégration dans la pratique clinique”. “Liesbet Geris est un connecteur par excellence ; elle rassemble les communautés médicale et académique, les entreprises, le monde politique européen et les autorités pharmaceutiques”, ajoute l’université amstellodamoise. janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 15 à la une
Nouvel administrateur Le conseil d’administration du 20 novembre a désigné Julien Nicaise en tant qu’administrateur de l’ULiège. Licencié en sociologie (2001) de l’ULiège, Julien Nicaise a aussi une formation et expertise en management public, processus budgétaires, comptables et financiers dans le secteur public et évaluations des politiques publiques (Solvay Brussels School of Economics and Management, ICHEC, UCLouvain, ULB, ULiège). Il est titulaire des certificats Director et Board Effectiveness de l’Institut des administrateurs GUBERNA. Depuis 2020, Julien Nicaise est administrateur général de Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE). Bienvenue Chargé·es de cours ou mandataires FNRS : 77 personnes ont choisi l’université de Liège et font désormais partie du corps académique. Une cérémonie en leur honneur a eu lieu le 22 octobre dernier. * voir leurs portraits sur www.news. uliege.be/nouveaux-membres-2024 Réflexions Le premier épisode de la deuxième saison de “Réflexions” est consacré à la question de la prise et du sevrage des benzodiazépines, des médicaments utilisés pour traiter l’anxiété ou l’insomnie par exemple. Découvert en 1955 par le Suisse Leo Sternbach, le premier benzodiazépine, le “Librium,” a été mis sur le marché en 1960. Ensuite sont venus le Valium, le Temesta et le Xanax. Aujourd’hui, leur utilisation prolongée suscite des débats sur les risques de dépendance. Une étude récente, menée par les universités de Liège et de Gand sur les troubles liés aux benzodiazépines, analyse l’accès aux soins et recueille des témoignages de patients afin de formuler des recommandations adaptées. Un podcast a été réalisé avec Pauline Van Ngoc, psychologue du travail et chercheuse au sein du département de médecine générale, Jean-Luc Belche, médecin généraliste, chargé de cours dans le même département, et Laurence, une patiente qui témoigne d’un sevrage difficile. * écouter le podcast sur http://www. podcasts.uliege.be/reflexions-ep8 Pulse Dans un souci de valorisation et de vulgarisation de la recherche, HEC Liège lance un podcast intitulé “PULSE” (Podcast for the Understanding of Leadership, Strategy and Entrepreneurship) * www.hec.uliege.be/pulse Art contemporain En 2022, l’Association Art Promotion (AAP) a légué à l’université de Liège une cinquantaine d’œuvres. Elles sont présentées dans une exposition montée par le service d’histoire de l’art de l’époque contemporaine (avec le soutien du Pôle muséal et culturel). La collection réunit des artistes belges de renom (Jacqueline Mesmaeker, Éric Duyckaerts, Xavier Mary, JacquesLouis Nyst, Jacques Charlier, JeanPierre Ransonnet, Gaëtane Verbruggen, Léon Wuidar), ainsi que de grandes figures de la scène artistique internationale (Barbara et Michael Leisgen, Bernd et Hilla Becher, Peter Downsbrough, Dennis Oppenheim ou encore Sol LeWitt). Jusqu’au 31 janvier, salle des Pieds légers au Théâtre de Liège, place du 20-Août 16, 4000 Liège. Défis sportifs Les inscriptions sont ouvertes pour la saison 2025 de la Team ULiège qui regroupe étudiants, membres du personnel et alumni de l’ULiège. Deux courses sont déjà au programme : “La Liégeoise” le 16 mars et “Les 15 km de Liège Métropole” le 13 avril, avec six épreuves au choix. En plus de profiter de tarifs préférentiels, les participants reçoivent un T-shirt de sport aux couleurs de l’ULiège. * informations et inscriptions sur www.team.uliege.be En 2 mots P. Broze/Reporters F. Curlet, Popcorn Tower 2003. Expo APP janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 16 omni sciences
Exposition Louis Bosny La Cité Miroir consacre une exposition à l’architecte liégeois Louis Bosny, à l’occasion de la sortie de l’ouvrage paru aux éditions Fourre-Tout : Louis Bosny, pour une architecture sobre et créative. Entre 1950 et 1982, dans un esprit progressiste, Louis Bosny a conçu des logements, des salles d’hôpital et des écoles, soucieux de construire le meilleur avec des moyens budgétaires limités. L’exposition se déploie dans une structure à la fois minimale et monumentale, entièrement basée sur le carton, assumant à la fois un choix esthétique et une déclaration éthique. Jusqu’au 2 février à la Cité Miroir, place Xavier Neujean 22, 4000 Liège. * www.citemiroir.be/ Mille et une nuits Le cycle “Un livre, une histoire”, organisé conjointement par ULiège Library et l’Institut de la décision publique, vise à faire découvrir le patrimoine écrit de l’université de Liège. Dans ce cadre, Élise Franssen, de l’unité de recherche Transitions, donnera une conférence intitulée “Mille et une Nuits liégeoises. Étapes locales du fabuleux destin d’une tradition pluriséculaire”, le 27 février prochain à 17h30, dans les locaux des Presses universitaires de Liège, au rezde-chaussée de la galerie Opéra. * https://bookit.lib.uliege.be/ Verviers L’ULiège et la ville de Verviers proposent un cycle de conférences aux thématiques variées. Au programme : • lundi 17 février : “Des protos-étoiles aux trous noirs : l’histoire mouvementée des étoiles et de leurs planètes”, par Valérie Van Grootel, chercheuse qualifiée du FNRS à la faculté des Sciences • lundi 17 mars : “La démocratie à l’épreuve des extrémismes et des populismes”, par le Pr Jérôme Jamin, de la faculté de Droit, Science politique et Criminologie • lundi 14 avril : “L’histoire de Verviers et de ses environs au travers des travaux de Gustave Ruhl”, par le Pr Patrick Hoffsummer, de la faculté de Philosophie et Lettres À 20h, au Centre culturel de Verviers-Espace Duesberg, boulevard des Gérardchamps 7c, 4800 Verviers. Inscription obligatoire au Centre culturel de Verviers, 087.39.30.60, www.cverviers.be * programme complet sur le site www.news.uliege.be/grandes-conferences-verviers CST Du 14 au 18 avril, se tiendra la première “Chouette semaine transversale” (CST), un événement rassembleur en faculté d’Architecture. La présence d’une telle activité, foisonnante et ouverte, dans le cursus d’architecture relève d’une longue tradition un temps perdue, que la Faculté souhaite relancer. Elle s’adresse aux étudiant·es de bac 2, bac 3 et master 1 et sera constituée d’un portefeuille d’activités variées et de deux événements phares, culturels et festifs : une “conférence apéritive” en ouverture et un “bal-expo” en clôture. Décloisonner les cours et favoriser l’interdisciplinarité, mettre les étudiants en position d’acteurs, renforcer les liens entre les étudiants et avec les enseignants, tels sont les objectifs de l’organisation. * www.archi.uliege.be/ Calculer ses risques Le CHU de Liège lance “Cancer Risk Calculator”, une application gratuite qui permet de s’informer sur les risques de développer un cancer. Elle tient compte de 790 facteurs de risque pour 56 cancers répertoriés et se base sur un questionnaire personnalisé. En fonction de vos réponses (paramètres, antécédents, mode de vie), l’application vous donne les risques de développer un cancer mais fournit aussi des mesures de prévention concrètes. Le Dr Westerlink, oncologue, à l’initiative de cette application, tient à préciser qu’elle ne remplace pas une visite chez le médecin. Protéger les travailleurs humanitaires En 2023, plus de 500 travailleurs humanitaires ont été tués, kidnappés, blessés dans le monde. Quelles sont les missions des ONG ? Comment protéger les personnes dont le travail est de venir en aide aux populations en souffrance et aux victimes de conflits ? Olivier Vandecasteele, qui a subi 15 mois de détention arbitraire en Iran en 2022, sera invité à l’ULiège, aux côtés d’autres représentants d’ONG, afin de présenter la plateforme Protect Humanitarians, qu’il a lancée pour renforcer la sécurité des travailleurs humanitaires. Le mardi 13 mai à 19h30, à la salle académique, place du 20-Août, 4000 Liège * www.news.uliege.be/ protect-humanitarians janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 17 omni sciences
Les mondes de Paul Delvaux Dans le cadre du 100e anniversaire du surréalisme, le musée de La Boverie accueille jusqu’au 16 mars prochain, une grande exposition consacrée à l’artiste belge Paul Delvaux. Réalisée par Tempora, cette rétrospective à trois parcours – thématique, dialogique et multimédias – permet d’embrasser l’ensemble de l’œuvre de l’artiste et de mesurer la place qu’il occupe dans le surréalisme et plus largement dans l’histoire de l’art. Plus de 150 œuvres et objets sont présentés dans un constant dialogue entre peintures et dessins. Les vestales mélancoliques, les trains, les squelettes, la Vénus endormie découverte au Musée Spitzner et les résurgences antiques sont autant de motifs qui parsèment l’œuvre de Delvaux et y cohabitent. À noter que La Genèse, l’œuvre du peintre conservée à l’Aquarium-Muséum de l’ULiège, y est évoquée. Au musée de La Boverie, parc de la Boverie, 4000 Liège. * tél. 04.238.55.01, www.laboverie.com Terre ! Des idées plein la Terre, tel est le nom d’une exposition temporaire qui se tient jusqu’au 12 mars prochain à l’Institut de zoologie. Une exposition qui retrace l’évolution de la géologie, cette science extraordinaire, depuis les premières industries lithiques des humains préhistoriques jusqu’aux révolutions scientifiques majeures des XIXe et XXe siècles. L’occasion de découvrir comment les géologues, en nommant, classant et étudiant les éléments de la Terre, ont peu à peu construit un savoir qui a permis d’exploiter les ressources naturelles et d’expliquer l’histoire de notre planète. À l’Institut de zoologie, quai Édouard Van Beneden 22, 4020 Liège. * www.aquarium-museum.uliege.be Visite d’État au Vietnam Dans le cadre du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre le Vietnam et la Belgique, une visite d’État aura lieu au printemps prochain. Le Roi et la Reine, accompagnés d’une délégation de représentants des mondes économique et académique, se rendront à Hanoï, Haïphong et Ho Chi Minh Ville, notamment. La délégation de l’ULiège sera emmenée par la rectrice AnneSophie Nyssen et le vice-recteur aux relations internationales, le Pr Pierre Duysinx. Les thématiques de la mission seront la neutralité climatique, les objectifs de développement durable (dont l’environnement), la gouvernance et le social. « L’université de Liège collabore de longue date avec des partenaires vietnamiens, confie Pierre Duysinx. Notamment autour de l’aquaculture, avec les Prs Frédéric Farnir et MarieLouise Scippo, de la médecine générale avec le Pr Didier Giet et de la logistique, avec le Pr Mario Cools aussi. » Si plusieurs projets de recherche sont en cours (transfert de technologies environnementales et de thérapie cellulaire, valorisation des déchets de construction et de démolition, etc.), d’autres projets sont en attente de financement : construction de logements respectueux de l’environnement (Pr Nathalie Fagel), création d’un centre du sommeil (Pr Pierre Maquet), développement durable du secteur du café (Pr Bernard Tychon), par exemple. Au Vietnam, l’ULiège développe aussi des formations (certificats ou master), en collaboration avec des universités locales. Certains modules de Sciences et de Sciences appliquées sont dispensés par des professeurs de l’ULiège : c’est notamment le cas à Ho Chi Minh Ville. Enfin, l’ULiège accueille des étudiant·es et chercheur·es de nationalité vietnamienne (dont 28 sont inscrits en doctorat) en faculté des Sciences, des Sciences appliquées, de Médecine et à Gembloux Agro-Bio Tech, principalement. Fondation Paul Delvaux, Sabam, V. Everarts janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 18 omni sciences
Du 23 au 29 mars, la 16e édition d’ImagéSanté se déroulera à la fois au CHU et dans des lieux culturels du centre-ville. Durant cinq jours, les 22 films documentaires venus du monde entier, sélectionnés pour leur qualité et leur pertinence, seront présentés. Les projections seront suivies de débats et de rencontres autour des sujets abordés. Plusieurs thématiques se dégagent déjà parmi les 350 films en compétition cette année : le vieillissement de la population et son maintien à domicile, la santé mentale, les soins à la maison et en famille, la pratique médicale, l’environnement, le travail des bénévoles, etc. Autre activité plébiscitée par les étudiants, les professionnels de la santé et le grand public : les retransmissions en direct d’opérations chirurgicales, sur la chaîne YouTube du festival (une soirée spéciale aura lieu le jeudi 27 mars aux Grignoux). Une occasion assez unique de poser des questions aux chirurgiens en pleine action ! Conférences et ateliers pédagogiques composent encore un programme riche et varié destiné également, cette année, aux écoles primaires. Enfin, de nouvelles émissions animées par des journalistes et retransmises sur la web tv feront la part belle aux scientifiques qui évoqueront, entre autres, l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine, la mémoire des épidémies, le rôle du sport dans la prévention cardiovasculaire et en oncologie, etc. Certes, le festival a l’ambition d’informer et de sensibiliser les citoyen·nes et les étudiant·es aux problématiques de santé, mais il est aussi une porte d’entrée pour en découvrir les métiers et, qui sait ?, inciter les jeunes à entamer des études dans ce secteur. * www.imagesante.be/fr/ ImagéSanté Un festival sur la santé ? C’est le pari gagné par le CHU et l’université de Liège : organiser au cœur de la cité, en présentiel et en ligne, un événement de grande ampleur sur le thème de la santé. Getty images, Alija janvier-avril 2025 i 290 i www.uliege.be/LQJ 19 omni sciences
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