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Le Quinzième Jour Quadrimestriel de l’ULiège MAI-AOÛT 2025 I 291 À LA UNE L’urgence est dans le pré YVES-HENRI LELEU Le capital échappe aux femmes L’INVITÉ Olivier Vandecasteele DOSSIER Les jeunes sous influences 291 I MAI-AOÛT 2025 I Le Quinzième Jour

Photo de couverture : G. Meuli

Se souvenir LA RÉDACTION Ce 8 mai, 80 ans après la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie et la fin de la seconde guerre mondiale en Europe, l’université de Liège souhaitait rendre hommage aux membres de la communauté universitaire tombés durant les deux conflits mondiaux du siècle dernier. L’université fut alors dans la tourmente, saccagée et occupée, tandis que des centaines d’étudiants et membres du personnel ont perdu la vie dans les camps de déportés, sur les champs de bataille ou par leurs actes de résistance. Ils et elles sont 510. Des prénoms et des noms gravés sur les colonnes du mémorial aux victimes universitaires de 1914-1918 et de 1940-1945, qui se trouve dans le péristyle de la salle académique, place du 20-Août – nom qui évoque un massacre de civils liégeois par les troupes allemandes en 1914. Une cérémonie du souvenir, organisée pour la première fois et à l’initiative de la rectrice Anne-Sophie Nyssen, a honoré ces hommes et ces femmes, au travers d’éléments historiques et d’interventions artistiques portées par des étudiants, des membres du personnel et des alumni de l’ULiège. 80 ans plus tard, dans un monde malmené, saturé de violence et d’incertitude, cet hommage au passé éclaire notre présent. Sortir ces 510 prénoms et noms du marbre, les faire revivre en 2025 au cours d’une commémoration “vivante”, les relier à nous, ici et maintenant, aux étudiants d’aujourd’hui, c’est lever les yeux et regarder en face l’un des rôles qu’une université a à jouer : maintenir debout les valeurs humanistes et de résistance face aux dictatures, à l’extrême droite et à l’intolérance. MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 3 L’ÉDITO

L’ÉDITO 3 Se souvenir L’OPINION 6 Yves-Henri Leleu, la transmission genrée du patrimoine À LA UNE 10 M édecine vétérinaire rurale en situation d’urgence OMNI SCIENCES 18 En deux mots 22 Iconique Copernic 24 A lternatives bio aux pesticides 32 Santé et prévention : les jeunes sous influences 38 L e tourisme wallon en mutation 44 Frères et sœurs, des liens à soigner 60 Sorties de presse ALMA MATER 21 M elchior Wathelet, alumni en lumière 30 A mphithéâtres Kurth et Wilmotte 48 Numérique responsable Sommaire G. Meuli ULiège 291 I MAI-AOÛT 2025 I Le Quinzième Jour J.-L. Wertz MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 4 SOMMAIRE

LE PARCOURS 50 Elsa Mescoli, anthropologue des migrations UNIVERS CITÉ 54 V êtements de seconde main 66 P rojets des ingénieurs architectes 74 B rutalisme au Sart Tilman 76 Q uelle nouvelle, citoyen·ne ? L’INVITÉ 56 O livier Vandecasteele, protéger les humanitaires P. de Stexhe Groupe Terre J.-L. Wertz LE DIALOGUE 62 M aud Gonne et Vincent Scheltiens FUTUR ANTÉRIEUR 68 Rétrovision 72 P etites mythologies uliégeoises MICRO SCOPE 80 Mobilité à l’ULiège LE KROLL 83 Médecine vétérinaire MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 5 SOMMAIRE

LA TRANSMISSION GENRÉE DU PATRIMOINE Le capital : un partage inégal entre hommes et femmes ENTRETIEN MARIE LIÉGEOIS – PHOTO JEAN-LOUIS WERTZ Yves-Henri Leleu 6 MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE L’OPINION

Les femmes ont des salaires en moyenne inférieurs aux hommes, c’est une réalité connue. Mais cette inégalité se creuse encore par une transmission genrée du capital, facteur aggravant de pauvreté féminine. Dans la foulée d’une étude française récente, Yves-Henri Leleu, professeur en droit des personnes et des familles et en droit patrimonial des couples, a piloté une recherche auprès de notaires, avocats et magistrats. Les observations, récoltées chez ces interlocuteurs privilégiés des temps forts de la vie conjugale et familiale, viennent combler des données jusqu’ici lacunaires pour la Belgique. Et confortent l’hypothèse du doyen de la faculté de Droit, Science politique et Criminologie : même en présence de règles de droit égalitaires, les inégalités et écarts de capital guettent les femmes, au vu des nombreux biais de genre qui persistent, tant dans le système juridique que dans les familles et la société. Le Quinzième Jour : Un mot d’abord sur cette étude, à la croisée du droit et de la sociologie ? Yves-Henri Leleu : En 2023, l’université de Liège, en partenariat avec la Vrije Universiteit Brussel (VUB), a été mandatée par la secrétaire d’État à l’Égalité des genres, à l’Égalité des chances et à la Diversité et par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes pour réaliser une étude de terrain dont l’ambition était de vérifier si les différents outils juridiques de transmission du patrimoine ont un effet différencié sur les hommes et les femmes. Et pour comprendre les impacts réels, en termes d’enrichissement ou d’appauvrissement, des différents statuts des couples. Nous sommes partis du remarquable travail mené par les sociologues Céline Bessière et Sybille Gollac – la lecture de leur ouvrage, Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités, ne laisse pas indemne. Elles ont pour la première fois dévoilé des biais de genre dans les transmissions d’immeubles et d’entreprises lors des séparations et décès en France. Avec la chercheuse Chloé Harmel, nous avons réalisé une centaine d’entretiens pour tester ici leurs hypothèses. Notre panel : des notaires, avocats, magistrats et professionnels de la finance, hommes et femmes, flamands et francophones. L’objectif était de vérifier si, en Belgique, des pratiques genrées sont également à l’œuvre lors des mariages ou choix de cohabitation, lors des divorces et négociations autour de la séparation, ou dans le règlement amiable des successions. Et c’est le cas. LQJ : Comment cette investigation a-t-elle été perçue dans la profession ? Y.-H. L. : Nous avons eu quelques réactions de type « circulez, il n’y a rien à voir ! ». Les personnes ont spontanément le sentiment d’échapper aux biais. Je peux tout à fait le comprendre puisque ces mécanismes sont par définition inconscients et culturels. Questionner ces fondements, cela ébranle. Mais en décodant les réponses, on doit bien admettre que des biais sont présents. Ces entretiens avec les professionnels constituent déjà un pas vers la transformation, car intérioriser que l’on pourrait être “orienté” dans son travail permet d’être plus attentif à l’avenir. J’ajoute qu’une partie des comportements genrés se situe chez les femmes et les hommes, et dans les interactions familiales. LQJ : Faisons un focus sur les couples – plutôt hétérosexuels, pour l’angle de cette analyse –, là où se jouent de nombreux enjeux financiers. Y.-H. L. : En schématisant, je dirais que les gens sont très majoritairement en couple dans de très “mauvais statuts”. Et le pire est que, s’ils sont dans les “bons statuts”, des “mauvaises postures” conduisent les femmes à ne pas exiger ni recevoir toute la protection à laquelle elles ont droit. Désormais, la plupart des couples commencent leur vie conjugale en cohabitation informelle, sous un régime de séparation de biens sans le moindre conseil juridique préalable, sans solidarité sur les revenus, généralement avec un compte commun alimenté à parts égales et sans pension alimentaire en cas de rupture. Derrière ce “50/50”, symbole d’égalité, se cache un premier piège puisque le partenaire aux revenus inférieurs – souvent la femme, à cause des inégalités salariales et du schéma tenace de temps partiel féminin pour assumer une part supérieure du travail à la maison et de la charge des enfants – va dépenser autant mais épargnera beaucoup moins, à mesure que son partenaire pourra investir grâce à une capacité d’épargne augmentée. La première fois que le couple voit un ou une notaire, c’est généralement lors de l’achat d’un immeuble. À cette occasion, certains vont passer en cohabitation légale ou se marier, ce qui garantit une meilleure protection en cas de décès mais pas en cas de séparation, car la cohabitation légale, contrairement à une idée répandue, ne protège pas du tout le conjoint économiquement MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 7 L’OPINION

plus faible. Notre étude montre qu’avocats, avocates et notaires, qui interviennent dans ces circonstances, agissent également avec des préconçus défavorables aux femmes. Le seul statut vraiment protecteur est le mariage en communauté de biens, sans contrat préalable. Malheureusement, ce régime souffre d’un narratif chez les professionnels qui accentue les obligations de partage, tandis que le discours autour de la séparation de biens est relié à l’idéal d’autonomie qui séduit les couples. Voilà l’exemple d’un biais professionnel et social. Il faudrait au contraire que chaque couple soit informé que seul un mécanisme communautaire permet de compenser le risque lié aux carrières qui évoluent, et que tous les statuts non communautaires donnent la liberté aux partenaires qui détiennent l’épargne de l’investir à titre personnel et de la conserver après rupture. Quant aux couples de même sexe, des recherches montrent qu’une séparation de biens n’est pas aussi dangereuse pour eux, car l’organisation des dépenses serait différente et, surtout, l’écart salarial moins présent. LQJ : Quel paradoxe ! Le mariage en communauté, qui a chuté pour des idéaux de liberté et d’autonomie des femmes, serait le statut le plus sûr pour la ou le partenaire économiquement faible ? Y.-H. L. : Tout à fait. Ce constat peut sembler anachronique en 2025 ! Ma posture n’est pas du tout d’encourager ou non le mariage. Le réel enjeu est plutôt de renforcer la protection des deux partenaires quel que soit leur statut, parce qu’il faut prendre acte qu’on ne se marie généralement pas pendant la période de vie où sont lancés les grands projets. Il faut réformer en priorité la cohabitation légale, que j’appelle “illusion”, car les gens se sentent protégés mais ne le sont pas sur l’essentiel : le capital constitué par les revenus qui se dégradent si la vie de couple et les enfants freinent les carrières. LQJ : Quelques exemples de décisions orientées par des biais genrés, mises en lumière à travers ces entretiens ? Y.-H. L. : Les règles de droit sont formellement égalitaires (l’égalité est dans la Constitution) : elles s’appliquent aux hommes comme aux femmes. Mais lors du partage du patrimoine après une séparation, ou dans une succession, l’étude montre que les immeubles et entreprises sont davantage transmis aux hommes. Les avocats, médiateurs et notaires qui accompagnent les négociations ont de façon générale tendance à rechercher qui, des deux, conservera au mieux ce bien, et cela donne un avantage aux capacités masculines généralement supérieures en termes de revenus ou de compétences entrepreneuriales. À cela s’ajoutent des phénomènes de “comptabilité inversée” : estimer une maison non pas en valeur objective mais en approchant le montant qui facilitera l’accord. Et donc, statistiquement, les hommes hériteront plus souvent de briques et les femmes d’argent, ce qui n’a pas la même valeur dans le temps. Dans l’imaginaire collectif, le capital immobilier ou d’entreprise est précieux à protéger, générateur de revenus. Ajoutons que l’ADN des juristes est d’aller vers l’accord, le contrat, le respect des engagements, la sécurité juridique. Or notre étude montre au contraire qu’un bon procès vaut mieux qu’un mauvais accord, pour éviter que des rapports de force ne se déploient ou ne soient pas détectés par les professionnels. Je répète qu’il s’agit de constats statistiques. Heureusement, de nombreux acteurs nous disent parer à ces risques et encourager la reprise du capital par les femmes pour éviter leur précarisation. Autre exemple : les pensions alimentaires entre ex-époux. La protection alimentaire est une affaire genrée, historiquement conçue au profit des femmes. Or elle est mise en œuvre de façon si complexe et coûteuse qu’elle ne parvient pas toujours aux femmes. Femmes qui, il faut aussi le dire, renoncent trop rapidement à leurs droits pour la paix de la famille. C’est une “renonciation genrée”, objectivement incompréhensible, mais réelle. Les avocats regrettent que des femmes renoncent à des droits importants pour une tranquillité immédiate, sans mesurer les conséquences à long terme. Et du côté de la magistrature, on rencontre des attitudes aggravantes : percevoir ces femmes fragilisées comme partiellement responsables de leur situation et chargées de s’en sortir seules. Une notaire nous a dit que « l’homme, quand il a droit, demande ». Regardez aussi, en cas de décès, la notion d’usufruit (pouvoir utiliser et louer un bien sans en être propriétaire) : est-ce encore adapté ? Que fera une veuve – ce sont statistiquement les épouses qui survivent aux maris – quand la maison se dégrade et quand les enfants voient “leur héritage” perdre de sa valeur ? Certaines vont renoncer à leurs droits pour préserver l’harmonie. LQJ : Votre étude se clôture sur des recommandations à l’attention des praticiens et du législateur. Pourriez-vous citer quelques pistes concrètes à ce propos ? MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 8 L’OPINION

Y.-H. L. : Après le travail juridique et de terrain, nous avons fait émerger 21 recommandations qui portent sur les règles de droit civil et sur les pratiques judiciaires et notariales. Plusieurs statuts de couple gagneraient à être transformés. Quelques exemples : renforcer la cohabitation légale, donner une base d’évaluation du travail au foyer et de la collaboration professionnelle gratuite, pouvoir résilier unilatéralement son contrat de mariage pour revenir à la communauté, instaurer une provision sur les pensions alimentaires car la durée de la procédure pénalise celles qui en ont besoin. LQJ : Vous plaidez pour un rôle renforcé de l’État dans la protection juridique des couples. N’est-ce pas contradictoire avec l’idéal d’autonomie ? Y.-H. L. : Je suis interpellé par le fait que beaucoup de domaines du droit économique – crédit, emploi, bail – protègent le consommateur en tant que partie vulnérable, avec des informations renforcées, des droits de rétractation, donc une interférence très forte dans l’autonomie des deux parties. Pourquoi rien de comparable à propos des lourds engagements liés à la vie en couple ? Nous avons des partenaires contractuels inégaux ou pouvant le devenir, et ceux-ci ne voient pas tous un notaire, loin de là. Je plaide donc pour que l’État protège les deux partenaires, quitte à imposer une solidarité économique quand il est impossible de garantir une volonté réellement libre et informée. Mais c’est un sujet très délicat. Le non-interventionnisme de l’État peut même se revendiquer d’un certain féminisme : « Il est infantilisant de dépendre d’un homme en 2025. » Je ne partage pas cette position : il est urgent de trouver un équilibre entre autonomie et protection. Il en va du partage équitable du capital au sein du couple ou de la famille. LQJ : Cette transmission genrée du capital repose aussi sur de la méconnaissance dans la population. Comment sensibiliser à cela ? Y.-H. L. : En droit, on nous enseigne que les partenaires d’un contrat sont censés choisir en connaissance de cause. Mais c’est loin d’être le cas en pratique, surtout en famille, de surcroît pour la cohabitation légale. Il y a des failles dans l’éducation à l’argent, des réticences à en parler en couple. Signer un contrat de mariage deux semaines avant de se marier : j’ai un problème conceptuel avec cela. Or il y a un réel intérêt économique à structurer son couple par un contrat. Ce sujet me passionne, même si la parole est parfois difficile à porter. Certaines personnes n’aiment pas le discours sur les biais. Et les femmes sont en partie responsables de certaines attitudes pour des raisons qui échappent au droit. Mais produire des témoignages, dévoiler des données objectives, cela peut provoquer des effets immédiats chez les gens comme chez les professionnels. Je crois fort au croisement des disciplines et à une diffusion adaptée des recherches pour améliorer leur potentiel transformatif. C’est d’ailleurs un des objectifs du Laboratoire des transitions lancé par l’université de Liège. Outre des conférences grand public ou spécialisées, des recherches comme la nôtre peuvent être véhiculées autrement. Une simple conversation sur l’égalité et les pratiques genrées provoque des émotions, des interpellations. Tout cela est, pour moi juriste, assez nouveau. Mais je crois que c’est scientifiquement porteur. Les couples et les professionnels ont été les sujets de notre recherche ; ils deviennent en même temps acteurs de la gestion du problème. Plus largement, et cela me rend optimiste pour la suite, l’éducation à l’économie progresse, tant auprès des filles que des garçons. C’est donc autant dans les familles que dans les bureaux des professionnels du droit que tout pourra se jouer. * Étude complète : https://igvm-iefh.belgium.be/fr/documentation/ la-transmission-genree-du-capital-familial POUR ALLER PLUS LOIN • Céline Bessière et Sybille Gollac, Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités, La Découverte, Paris, 2020 • Céline Bessière, Sybille Gollac et Jeanne Puchol, Le genre du capital. Enquêter sur les inégalités dans les familles, BD, La Découverte-Delcourt, Paris, 2023 • Titiou Lecoq, Le couple et l’argent. Pourquoi les hommes sont plus riches que les femmes, L’Iconoclaste, Paris, 2022 • Titiou Lecoq, Rends l’argent, podcast produit et réalisé par Slate.fr, 2023 MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 9 L’OPINION

MÉDECINE VÉTÉRINAIRE RURALE EN DÉCLIN Hôpital de campagne Soigner les ruminants attire trop peu de jeunes vétérinaires. La médecine rurale est pourtant essentielle à l’élevage. Suite à la carence en praticiens, la situation en province de Luxembourg est critique. Face à l’urgence, des solutions académiques se mettent en place. DOSSIER LAETITIA THEUNIS – PHOTOS GEOFFREY MEULI MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 10 À LA UNE

Sans l’intervention rapide d’un vétérinaire pour pratiquer une césarienne, une vache blancbleu belge gestante est en danger de mort. Or, des vétérinaires ruraux, il y en a de moins en moins. En province de Luxembourg et dans le Hainaut, les seuils d’alerte sont franchis : les taux de remplacement y sont respectivement de 50 et 52 %. Autrement dit, pour deux vétérinaires ruraux qui prennent leur retraite, un seul débute le métier. Et le problème va aller en s’aggravant dans les prochaines années. D’une part, selon l’observatoire des vétérinaires OBSVET, près de 50 % des vétérinaires ruraux enregistrés en Wallonie ont plus de 60 ans, et 10 % des vétérinaires de 40 à 60 ans quittent la profession prématurément. D’autre part, à peine une petite vingtaine des jeunes diplômés et diplômées de l’année exercent comme vétérinaires ruraux, ce qui est bien trop peu pour combler les besoins. Et encore faut-il qu’ils acceptent de professer dans ces zones en MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 11 À LA UNE

Aïda Alvera-Azcárate pénurie criante de vétérinaires pour grands ruminants. Et qu’ils tiennent le coup sur le long terme. En effet, selon l’OBSVET, au cours de leurs cinq premières années d’activité, 50 % des jeunes se désinscrivent de l’Ordre des médecins vétérinaires et quittent la profession. Une véritable hémorragie. Des éleveurs ont déjà averti que sans vétérinaires pour veiller à la bonne santé de leurs animaux, réaliser les interventions chirurgicales urgentes et effectuer les contrôles sanitaires officiels et obligatoires, ils seraient contraints d’arrêter leur activité. « Le vétérinaire rural joue un rôle essentiel dans la société. Le jour où il n’y en aura plus, ce sera la catastrophe : il n’y aura plus d’éleveurs et donc plus de viande ni de lait produits localement », alerte Hugues Guyot, professeur en santé des ruminants en faculté de Médecine vétérinaire à l’université de Liège. SÉCURITÉ SANITAIRE ET CHAÎNE ALIMENTAIRE Le rôle sociétal du vétérinaire recouvre différents aspects fondamentaux. Avant de professer comme praticien, le jeune vétérinaire diplômé doit s’inscrire à l’Ordre des médecins vétérinaires et également prêter serment devant un représentant du ministère de l’Agriculture afin d’obtenir l’agrément nécessaire pour réaliser des missions officielles. Pour les petits animaux, il s’agit essentiellement de l’établissement de certificats de vaccination contre la rage. Pour les grands animaux, ces missions sont bien plus nombreuses et variées. C’est que le vétérinaire rural joue un rôle sanitaire primordial via la prévention et la surveillance des épizooties (épidémies frappant une ou plusieurs espèces animales) ainsi que la lutte contre les maladies infectieuses réglementées. « Il existe de nombreuses maladies réglementées chez les animaux de rente, dont les maladies de la langue bleue et l’hémorragique épizootique qui défraient l’actualité. Certaines sont spécifiques aux bovins, d’autres constituent des zoonoses [ndlr : maladies dont les agents infectieux se transmettent naturellement des animaux à l’humain]. Parmi elles, on trouve des salmonelloses, la fièvre Q, la paratuberculose, la tuberculose, la brucellose... Le vétérinaire surveille ces maladies et leur évolution, et intervient rapidement pour freiner ou stopper la propagation d’épizooties », explique Hugues Guyot. Le vétérinaire rural est également responsable de s’assurer que la viande qui se retrouve dans l’assiette est propre à la consommation. Au quotidien, il enregistre les médicaments administrés à chaque animal et fixe une période d’attente avant de l’envoyer à l’abattoir, afin d’éviter la présence de résidus pharmaceutiques dans la viande. Juste avant la mise à mort, il vérifie une dernière fois que l’animal est en bonne santé. Il occupe également une place cruciale en matière de bien-être animal, un domaine auquel la jeune génération est particulièrement sensible. Il est chargé de garantir ce bien-être animal dans les fermes ainsi que de promouvoir, auprès des éleveurs, les nouvelles idées qui y sont associées. Qu’est-ce qui explique la désaffection des jeunes pour cette profession indispensable ? Car les chiffres sont là : la proportion de jeunes vétérinaires axés animaux de rente est passée de 28 à 12 % en 25 ans. Soit un déclin de 57 % ! « La méconnaissance du monde rural y est certainement pour beaucoup. La population est de plus en plus urbaine, peu au fait de la ruralité et de la production des animaux », estime Hugues Guyot. « Cette situation n’est pas spécifique à la Wallonie mais est observée également dans le nord du pays et même partout en Europe », précise Tatiana Art, doyenne de la faculté de Médecine vétérinaire. Pour favoriser un contact précoce avec le monde agricole, l’ULiège prévoit d’instaurer deux stages d’immersion professionnelle en bac dès la rentrée prochaine. « Les étudiants seront amenés, non pas à soigner des animaux, mais à suivre deux vétérinaires, chacun pendant une semaine, pour démystifier la profession et le fonctionnement des fermes. Au moins un des deux stages devra se dérouler en médecine rurale, ce qui permettra de sensibiliser les jeunes à l’importance de soutenir notre agriculture et le monde rural », poursuit Tatiana Art. « Je vais faire tout mon possible pour que les universités de Louvain, Namur et Bruxelles organisent ces stages immersifs d’une manière similaire », ajoute-t-elle. En effet, en Belgique francophone, si seule l’ULiège (unique Institution à organiser les trois années de master) diplôme des médecins vétérinaires, les trois années de baccalauréat peuvent se suivre indistinctement dans les universités de Liège, Namur, Louvain ou Bruxelles. Afin de faciliter la rencontre entre étudiants liégeois et maîtres de stage, une plateforme d’échanges dédiée devrait être opérationnelle en septembre 2025. L’AVENIR, C’EST LA MÉDECINE DE TROUPEAU Fermez les yeux et représentez-vous un vétérinaire rural en exercice. Il y a beaucoup de chance que vous l’imaginiez focalisé sur une urgence : un vêlage, des soins aux veaux qui toussent ou souffrent de diarrhée. Et 12 MAI-AOÛT 2025I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE À LA UNE

East Dam Drone pourtant, depuis une vingtaine d’années, un autre type de médecine, essentiellement préventive, se développe. Il s’agit de la médecine de troupeau, axée non plus sur des problèmes de santé individuelle, mais du groupe. Et utilisant de nouveaux outils, notamment technologiques. « On fait la chasse aux maladies subcliniques, que l’éleveur ne voit pas mais qui engendrent des pertes de production. Le vétérinaire mène une enquête afin de déterminer pourquoi telle ferme est moins rentable, pourquoi les vaches produisent en moyenne moins de litres de lait par rapport à ce qui est prévu par leur ration. Est-ce l’alimentation, l’apport en vitamines ou en nutriments essentiels ? Une maladie métabolique ? Y a-t-il des germes infectieux ? Devrait-on les vacciner pour telle maladie ? Est-ce un problème d’environnement ? De management de la ferme et de stress chez les animaux ? », énumère Hugues Guyot, titulaire du cours de médecine de troupeau à l’ULiège. Afin de découvrir les raisons de ce manque de rentabilité, le vétérinaire possède une armada d’outils. Il peut faire des prises de sang, utiliser son stéthoscope ou des tests diagnostiques, mais aussi des outils informatiques pour évaluer les performances du troupeau. De quoi redonner de l’attrait à une pratique rurale que certains étudiants préjugent “pas assez dans l’air du temps numérique”. LABORATOIRE SUR ROUES Dans le cadre de son cours de médecine de troupeau, Hugues Guyot enseigne aux étudiants et étudiantes tous les examens complémentaires qu’il est possible de réaliser en ferme, “au chevet du patient“, avec un résultat immédiat. Pour ce faire, il a créé en 2010 la clinique ambulatoire, qui se déplace dans les exploitations agricoles. À bord de ce van aménagé se trouve tout le matériel diagnostique nécessaire arrangé en un petit laboratoire fonctionnel tenant sur les deux flancs internes de la carlingue. Prenons un cas d’école. Quand une vache ne digère pas bien, ne produit pas assez de lait, il faut regarder si sa ration est adaptée et si son rumen – le premier des quatre estomacs du système digestif des ruminants – fonctionne bien. À l’aide d’une sonde placée dans la bouche de la vache, les étudiants prélèvent du jus de son estomac. Pour le garder à la température corporelle de l’animal, l’échantillon est placé dans une petite étuve alimentée MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 13 À LA UNE

par 220 volts grâce à une batterie supplémentaire. Le microscope embarqué révèle alors la faune et la flore de l’échantillon. Son potentiel rédox est évalué avec un test au bleu de méthylène, son pH, lui, est mesuré avec un pH-mètre électronique. Les résultats sont ensuite comparés aux données de référence compilées dans le “carnet clinique de médecine de troupeau”. Cet ouvrage de terrain dense et exhaustif, mais imprimé dans un format pratique qui permet de l’emporter partout, reprend les innombrables tests qu’il est possible de réaliser en ferme. Ce précieux pense-bête rédigé par Hugues Guyot et son équipe est offert à chaque étudiant de dernière année ayant opté pour la filière “grands animaux”. De quoi leur démontrer qu’en médecine vétérinaire rurale, la trousse à outils à disposition est bien remplie. Et les rassurer sur le fait qu’elle rentre dans le coffre d’une voiture intelligemment aménagée... Une seconde camionnette-laboratoire sera utilisée dès la prochaine rentrée dans le cadre du projet EVE (étudiant-vétérinaire-éleveur). Fruit d’une collaboration entre la province de Luxembourg et l’ULiège, cette clinique ambulatoire sera dédiée à enseigner la médecine de troupeau chez des éleveurs en Ardenne. Là où, avec quatre praticiens pour 10 000 bovins, la pénurie de vétérinaires ruraux est la plus criante. Elle servira aussi à mettre en contact les étudiants de dernière année de master et des vétérinaires ruraux du cru, potentiels maîtres de stage. L’an dernier, à peine six stages externes (durant lequel les étudiants soignent les animaux sous l’œil de leur superviseur) se sont déroulés en Ardenne luxembourgeoise. Afin d’en augmenter le nombre, l’Association des vétérinaires de la province de Luxembourg propose, pour la rentrée 2025, une bourse de 1000 euros à destination tant des praticiens ruraux-maîtres de stage que des étudiants de dernière année. En espérant qu’une fois diplômé, l’ancien étudiant professe comme vétérinaire rural dans la province du Luxembourg. UN MÉTIER HARASSANT Les chiffres le montrent : quand bien même de jeunes diplômés se dirigeraient vers la médecine rurale, il ne faudra pas attendre cinq ans pour que la moitié abandonne. C’est que le métier peut se révéler harassant. Particulièrement au sud du sillon Sambre-et-Meuse, bassin des blancs-bleus belges, où de février à mai, les vaches viandeuses mettent bas principalement par césarienne. C’est dans le froid des étables, souvent la nuit, que le vétérinaire incise le flanc au bistouri, extrait le veau de l’utérus maternel et recoud la parturiente. Ces gestes précis, il les réitère jusqu’à une dizaine de fois par jour. À cela s’ajoutent les heures passées en solitaire dans la voiture en se rendant de ferme en ferme. Par ailleurs, les éleveurs constituent une clientèle particulière, très exigeante. « Pour un éleveur, ses animaux, c’est son gagne-pain. Il a tout intérêt à ce que le vétérinaire soit efficace, sinon il risque des pertes financières. En tant que jeune vétérinaire, il faut s’imposer et ce n’est pas toujours facile. La mentalité des éleveurs gagnerait à continuer à évoluer vers plus de tolérance, y compris à l’égard des femmes vétérinaires que certains rechignent à accueillir. Malgré des compétences égales à celles de leurs collègues masculins, elles doivent souvent fournir plus d’efforts pour prouver leur expertise », observe Hugues Guyot. Le statut d’indépendant, c’est une autre pierre d’achoppement pour un ou une vétérinaire en début de carrière. « Acquérir de l’expérience sur le terrain et en même temps sauter, sans connaissances préalables, dans l’univers de l’entrepreneuriat, c’est de trop », confie une étudiante. L’enseignement de la gestion d’entreprise, de la comptabilité, de la communication avec le client, du leadership est, en effet, absent du cursus vétérinaire. Mais dès la prochaine rentrée, cela devrait changer avec un programme soutenu financièrement par la province de Luxembourg, structuré sur le format d’un club d’entrepreneurs. De son côté, la faculté de Médecine vétérinaire a créé conjointement avec HEC Liège un certificat universitaire de gestion en pratique vétérinaire ouvert aux jeunes diplômés et étudiants en master. Objectif : développer des compétences stratégiques en gestion administrative, comptabilité, marketing et même en intelligence émotionnelle, afin de faciliter l’insertion professionnelle. Comme plusieurs de ses camarades, cette étudiante préférerait faire ses dents comme salariée et puis, pourquoi pas, évoluer comme indépendante. Or, en Wallonie, les possibilités de salariat sont rares. L’OBSVET révèle que seulement 20 % des jeunes vétérinaires sont salariés, contre 80 % en France, avec en sus un salaire plus élevé. Voilà qui fait du pays voisin une destination attrayante et explique en partie la fuite : sur les quelque 280 diplômés annuels, environ une centaine, dont plus de la moitié de Belges, partent directement professer en France. MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 14 À LA UNE

Avec la clinique ambulatoire, van aménagé où se trouvent le matériel diagnostique et un petit laboratoire, les étudiants se déplacent dans les exploitations agricoles. MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 15 À LA UNE

L’UNION FAIT LA FORCE En quelques années, l’esprit qui entourait la profession de vétérinaire rural a radicalement changé. Pour de nombreux jeunes, il n’est plus question de dédier toute leur vie au travail. Ils souhaitent être correctement rémunérés, éviter un stress excessif, bénéficier de congés, de temps libre, ainsi que d’une vie sociale et familiale. Nombreux veulent travailler à temps partiel. Travailler en association [lire page 17] représente une solution pour allier vies privée et professionnelle. Il s’agit de mutualiser la charge administrative (qui a explosé ces dernières années : elle prenait déjà de 25 à 35 % du temps du vétérinaire en 2010 et depuis, elle a augmenté de 1 % par an !) et de se partager les gardes. C’est-à-dire de se concentrer sur son métier tout en allégeant sa pénibilité. « La loi permet la création d’une personne morale vétérinaire : cette association entre vétérinaires ruraux est responsable de toutes les relations contractuelles avec les éleveurs », explique Leonard Theron de l’OBSVET. En Belgique francophone, on dénombre une trentaine d’associations en médecine rurale, chacune comptant en moyenne trois à quatre vétérinaires. « Cela concerne une centaine de praticiens ruraux sur les 500 qui exercent sur le terrain. Leurs revenus sont raisonnables et, à plus de 80 %, ils sont sous statut d’indépendant », poursuit-il. Pour Lisa et Mathieu, étudiants en fin de cursus en option grands animaux et bien conscients des difficultés et exigences du métier, il ne fait nul doute que leur avenir sera collaboratif. « Je me vois mal travailler seul comme indépendant. La charge du travail lié aux césariennes est énorme, la pénibilité est élevée. C’est mieux de travailler à plusieurs pour se répartir les nuits et les weekends », explique Mathieu. « Et avoir quand même une certaine qualité de vie, même durant la période intense de vêlage », conclut Lisa, qui se destine à professer en province de Luxembourg. MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 16 À LA UNE

TRAVAIL EN ÉQUIPE : TÉMOIGNAGE Le docteur Martin Neuville (alumni ULiège, 2016) travaille en tant que vétérinaire rural au sein d’une association située à Houffalize, en province de Luxembourg, dans le bassin de l’élevage de la race blanc-bleu belge : « La personne morale vétérinaire est la représentante de notre association. Notre équipe est composée de quatre associés à temps plein, deux associés à tiers temps et deux vétérinaires en collaboration. Tout le monde travaille sous statut d’indépendant. Les associés ont un compte commun et se partagent les bénéfices à la fin du mois. » Et de détailler : « Nous alternons entre six postes de garde. La garde débute à 8h du matin et se poursuit pendant 24 heures. Les premier et deuxième de garde ont la responsabilité de décrocher le téléphone et de gérer les urgences. Le premier de garde risque d’être sollicité durant la nuit mais, le lendemain, il bénéficie d’un jour de congé. Quant aux troisième et quatrième dans l’horaire, ils s’occupent des rendezvous planifiables : suivi de troupeau, prise de sang, taille des onglons, opération de chirurgie de veaux au cabinet... Le cinquième ne travaille que le soir s’il y a un surplus, et le sixième est en congé. C’est ainsi que l’on fonctionne. » Ce métier est saisonnier. La période de forte activité, avec une cinquantaine de césariennes sur des blancsbleus belges par vétérinaire chaque semaine, s’étend de février à avril : les vétérinaires de l’association n’ont alors congé qu’un week-end sur trois. « Le reste de l’année, c’est un week-end sur deux. Et on travaille généralement un jour sur deux : les trois ou quatre premiers de garde sont en activité tandis que les autres sont en repos. Et on a sept semaines de vacances entre juillet et octobre. » La création de l’association a permis aux vétérinaires de faire construire un bâtiment avec une salle d’opération chirurgicale dédiée aux veaux. Ils ont également recruté trois secrétaires qui s’occupent des tâches administratives et de l’encodage, tout en assurant le suivi des clients et en répondant à leurs questions courantes par téléphone. Cela permet aux vétérinaires de se concentrer pleinement sur leur métier. Un stagiaire rejoindra bientôt l’équipe. « C’est une vitrine pour notre métier et notre structure. La présence d’un stagiaire permet de partager le boulot, ce qui est appréciable durant la haute saison. De plus, cela réduit la solitude pendant les longues heures passées en voiture : vu le petit nombre de vétérinaires ruraux en province de Luxembourg, nous sommes en effet actifs dans un rayon de 50 km. Souvent, le stagiaire trouve son expérience enrichissante et a ensuite envie de travailler avec nous. » Ce qui amène Martin Neuville à conclure : « L’époque où un vétérinaire rural s’installait seul à la sortie de l’Université, enchaînait les césariennes et n’avait du temps ni pour sa famille ni pour diversifier son boulot est révolue. Il n’est plus en accord avec la société actuelle. Notre structure révèle qu’une autre façon de faire de la médecine rurale est possible, bien plus agréable à vivre. » MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 17 À LA UNE

Channel network conference L’ULiège accueille, du 19 au 21 mai, la conférence de l’International Biometric Society (IBS), qui rassemble des statisticiens, mathématiciens et data scientists pour échanger sur les dernières méthodologies d’analyse des données dans le domaine des biosciences, couvrant des secteurs comme l’agriculture, les sciences biomédicales, ou encore l’environnement. * https://cnc25.sciencesconf.org Verviers en musique Les Amis de l’ULiège et la ville de Verviers proposent un cycle de leçons autour du thème “Verviers, pôle musical de renommée internationale” : • 26 mai : “Les instruments de musique aux musées de Verviers”, suivi d’une visite des musées, par Caroline Henry, conservatrice des musées de Verviers • 2 juin : “Les orgues à Verviers”, suivi d’une visite de l’orgue de l’église Saint-Remacle et de l’église SaintAntoine, par Éric Mairlot, organiste de Saint-Jacques-sur-Coudenberg à Bruxelles De 14 à 16h, au musée des Beaux-Arts et de la céramique, rue Renier 17, 4800 Verviers. * inscriptions : tél. 087.39.30.60 www.ccverviers.be Droplets La 6e édition des Droplets conferences se tiendra à l’ULiège du 1er au 3 juillet prochain. L’objectif des scientifiques réunis pour ce colloque est de se concentrer sur l’ensemble des aspects des gouttelettes de toute nature, des fluides purs aux fluides complexes. Les conférences seront consacrées aux expériences, à la modélisation et aux approches théoriques. Cet événement est mis sur pied par Tristan Gilet, chargé de cours au département d’aérospatiale et mécanique (microfluidique), et Stéphane Dorbolo, maître de recherche FNRS au département de physique, en collaboration avec l’ULB. * https://droplets2025.org Arpentage L’unité de recherche Cité, consacrée aux enjeux de gouvernance, justice et société, organise un séminaire d’arpentage en théorie politique. L’arpentage est une technique de lecture collective et ludique, issue du monde associatif, qui consiste à déchirer un livre en plusieurs parties. Les lectures individuelles sont suivies d’un moment de restitution et de discussion collective autour du passage lu par chacun et chacune. • 20 mai : Vinciane Pirenne-Delforge, Le polythéisme grec à l’épreuve d’Hérodote • 19 juin : David Graeber et David Wengrow, Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité De 13h30 à 16h30, Campus du Sart Tilman, Faculty du B31, 3e étage. * www.cite.uliege.be Ateliers nature pour enfants Rendez-vous aux enfants de 5 à 12 ans pour des mercredis après-midi de découverte de la nature, sous la conduite de monitrices et moniteurs expérimentés, à la ferme pédagogique du Sart Tilman. Avec bottes et sac à dos, pour partir en exploration ! • 28 mai : la forêt • 11 juin : la ferme • 25 juin : barbecue et chasse au trésor • juillet/août : stages à la ferme pédagogique (soins aux animaux, balades à dos de poney, bricolages, cuisine, jeux en forêt…) Accueil à l’Observatoire du monde des plantes. * inscriptions : www.ferme.uliege.be En 2 mots S.Dorbolo MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 18 omni sciences

Jogging solidaire ELA Rendez-vous au Liege Science Park pour le 19e jogging entreprises-ULiège, le vendredi 6 juin de 11h30 à 14h30. Défi sportif (marche ou course à pied), ambiance conviviale, animations tout au long du parcours par des entreprises et centres de recherche du parc, petite restauration. Les bénéfices sont versés à l’association ELA qui se mobilise pour vaincre les leucodystrophies, maladies génétiques rares. * inscriptions (jusqu’au 23 mai) : https://app.liegesciencepark.net/ jogging Circular economy research forum Le projet CIRKLA (Center for circular economy of materials and metals) a pour ambition, dans les régions historiques du bassin minier et sidérurgique du centre de l’Europe, de développer des projets de formation, recherche et innovation dans le secteur de l’économie circulaire. Dans ce cadre, l’ULiège accueille le Circular economy research forum ces 19 et 20 mai. Les chercheurs et chercheuses de l’université de la grande région (UniGR) sont invités à participer à des rencontres faisant appel à l’intelligence collective autour de l’économie circulaire et de la gestion efficace des matériaux critiques et déchets technologiques. * www.fsa.uliege.be/circular- economy-research Exposition Vivants À travers un parcours mêlant art et sciences, douze artistes offrent un regard sensible sur le vivant. Une exposition immersive qui explore la richesse et la fragilité de la biodiversité. Avec l’apport scientifique de l’association LacYme, laboratoire citoyen de mobilisation autour de l’écologie. Jusqu’au 29 juin à l’Observatoire du monde des plantes, au Sart Tilman. Récital botanique de Maxime Knepfler le 7 juin. * www.omp.uliege.be Futur·es étudiant·es Une dernière occasion avant l’été de s’informer sur les études et la vie étudiante. Des représentants de toutes les facultés de l’ULiège, des services d’accompagnement et des étudiants seront présents pour répondre aux questions. Une visite guidée en bus du domaine du Sart Tilman est également proposée. Le samedi 28 juin de 10 à 13h aux amphithéâtres de l’Europe, campus du Sart Tilman. * www.news.uliege.be/matinee-info M. Houet Ressources minières Le podcast de vulgarisation scientifique Réflexions a consacré un épisode à la question de la disponibilité de l’avenir des ressources minières en Belgique, en Europe et dans le monde. Essentielles à notre quotidien et à la transition énergétique, ces ressources posent des questions stratégiques, écologiques et économiques majeures. Un échange entre Éric Pirard, ingénieur géologue, professeur et directeur du laboratoire de recherches GEMME de l’ULiège, Marina Cabidoche, ingénieure géologue spécialisée dans les ressources minérales, responsable scientifique de l’EuroGeoSurveys, et Philippe Giaro, géologue spécialisé dans l’exploration minière, l’ingénierie et le développement d’entreprises, chercheur au GEMME. * www.podcasts.uliege.be/ reflexions-ep10 Prix Collignon Dans le but de promouvoir l’expression picturale contemporaine, le Lions Club Liège Val Mosan organise un concours de peinture destiné à encourager un ou une jeune artiste (- de 40 ans), en collaboration avec le Centre wallon d’Art contemporain La Châtaigneraie et le Musée d’art contemporain en plein air du Sart Tilman. À la clé : un prix de 3000 euros et une participation à l’exposition qui se tiendra à La Châtaigneraie cet été. * inscriptions (jusqu’au 13 juin) : www.museepla.uliege.be/prix- collignon-2025 Synergies et innovation Le forum de rencontres-conférences LIEGE Creative, en collaboration avec le réseau des alumni de l’ULiège, termine sa saison par une soirée dédiée aux collaborations hybrides et intersectorielles, entre l’université et le monde socio-économique, intitulée “Les synergies comme vecteurs d’innovation“. En présence d’intervenants du secteur académique, de l’industrie et de la création artistique. Le 26 juin de 18 à 20h au Val Benoît. * inscriptions : www.liegecreative.be MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 19 omni sciences

Mois des océans Dans le cadre de l’année internationale de la mer et de la journée mondiale des océans, l’Aquarium-Muséum et l’ULiège s’associent pour sensibiliser le public à la beauté fragile et aux enjeux essentiels liés aux océans. Du 23 mai au 30 juin, un programme diversifié propose d’informer et mobiliser le grand public, en ce compris les enfants. L’événement phare aura lieu le samedi 24 mai, de 10 à 18h, à l’Institut de zoologie. Cette journée sera consacrée à la découverte et la préservation des océans avec des ateliers interactifs animés par des scientifiques de l’ULiège, des démonstrations, des expériences participatives et des jeux éducatifs pour sensibiliser le public à la biodiversité marine et aux impacts des activités humaines telles que la pêche intensive, la pollution plastique et le réchauffement climatique. Plus largement, pendant ce “mois des océans”, différentes activités permettront au public d’approfondir ses connaissances et de mieux comprendre les défis majeurs auxquels font face les grandes étendues d’eaux de la planète. Au programme : un café des sciences, des visites exclusives des coulisses de l’Aquarium-Museum, des conférences sur la protection des océans, ainsi que des expositions interactives et des projections de films documentaires. * www.oceanday.uliege.be K. Das Nuit ardente des musées Une quinzaine de musées de la Cité ardente proposent au public des activités inédites : visites à la lampe de poche, spectacles, contes, concerts, expériences, animations scientifiques... Un programme destiné à tous, petits et grands, le samedi 17 mai de 10 à 22h. Avec, en clôture, une after party au pied de la fresque Simenon ! Inspiré de la Nuit européenne des musées et mis sur pied par le Pôle muséal et culturel de l’ULiège, cet événement entend montrer les collections sous un jour nouveau et ouvrir grand les portes des musées. Ticket unique donnant accès à l’ensemble des activités. * www.nuitardente.be NAM – Mikail Kocak MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 20 OMNI SCIENCES

Dans le sillage de la poétesse nationale Lisette Lombé et de la biologiste Christine Jacob-Wagner, l’université de Liège poursuit sa mise en lumière d’alumni au parcours hors du commun en invitant Melchior Wathelet (père), qui sera célébré par l’Institution le 10 juin prochain. Diplômé en droit et en science économique à l’ULiège, titulaire d’un master en droit de Harvard, il a mené une carrière professionnelle dense, conjuguant la politique, la magistrature et l’enseignement. Après avoir occupé des fonctions politiques influentes – député, ministre, vicepremier ministre, ministre d’État –, Melchior Wathelet quitte la politique belge en 1995 pour devenir juge à la Cour de justice de l’Union européenne, puis avocat général et enfin premier avocat général de cette institution. En parallèle, il commence à enseigner le droit européen à l’ULiège, mettant au service de cette transmission sa connaissance fine des institutions européennes. Jonathan Wildemeersch, qui a été son collaborateur pendant une quinzaine d’années – tant à la Cour de justice européenne qu’au département de droit à l’ULiège, où il a repris la charge des cours de droit institutionnel européen et de contentieux européen – se réjouit de ce coup de projecteur : « Melchior Wathelet, qui était un acteur central de la thématique qu’il enseignait, rendait vivante la matière pourtant abrupte que constitue le droit institutionnel et procédural européen. » Il souligne « ses qualités d’excellent orateur, son intelligence intuitive et son idée précise de solutions juridiques à apporter face à un problème ». « Profondément convaincu par le projet européen, investi dans tout ce qu’il fait, passionné et passionnant, il m’a véritablement donné le goût du droit européen et de la transmission », témoigne encore Jonathan Wildemeersch, qui rapporte que, selon Melchior Wathelet lui-même, le rôle d’enseignant a été « le plus beau métier ». Paradoxe : le droit européen véhicule un côté “distant”, alors qu’il concernerait environ 70 % des législations nationales, touchant à toutes les sphères économiques et sociales de la vie. D’où l’importance d’y intéresser le public ainsi que les étudiants et étudiantes ! Du côté de HEC Liège, Melchior Wathelet préside le réseau Alumni depuis 2005, date de la fusion entre l’ancien département d’économie et administration des affaires (EAA) et les Hautes Études commerciales (HEC). Ce réseau HEC Liège Alumni permet aux 19 000 diplômés et diplômées de tisser de nombreux liens et partages d’expériences. Melchior Wathelet est également président, depuis sa création voici 20 ans, de l’Embarcadère du savoir, réseau de promotion de la culture scientifique et technique de l’université de Liège qui regroupe notamment l’AquariumMuséum, la Maison de la science et la Maison de la métallurgie et de l’industrie, et qui a posé les bases de la création du Pôle muséal de l’ULiège. Melchior Wathelet, alumni en lumière, donnera une conférence intitulée “Belgique et Union européenne”, le 10 juin 2025 à 17h30, à la salle académique, place du 20-Août, 4000 Liège. Ouvert au grand public, sur inscription. * www.alumni.uliege.be/m-wathelet-2025 MELCHIOR WATHELET Alumni en lumière Vidéo “Regards sur l’Europe : dialogue entre Melchior Wathelet et Jonathan Wildemeersch“. * www.lqj.uliege.be/regards-europe B. Bouckaert MAI-AOÛT 2025 I 291 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 21 ALMA MATER

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