292 I SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I Le Quinzième Jour Le Quinzième Jour Quadrimestriel de l’ULiège SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 À LA UNE Bord de scène L’OPINION Vieillir, mais où ? LE PARCOURS Sébastien Brunet DOSSIER Aquaculture
Photo de couverture : Spectacle Brodeck, Annemie Augustijns - Opéra Ballet Vlaanderen
Charte éthique LA RÉDACTION Parce qu’elle souhaite définir clairement les engagements, les devoirs et les comportements attendus en son sein – dans les relations interpersonnelles, les rapports pédagogiques, les pratiques managériales ainsi que dans le domaine de l’intégrité scientifique –, l’ULiège élabore en ce moment (dans une démarche participative avec les membres de la communauté) une “charte éthique” fondée sur trois principes : l’intégrité, le respect de la personne et la responsabilité. Ce projet* a l’ambition de doter la communauté d’un outil vivant et applicable, conforme aux valeurs prônées par l’institution. Intégré dans les règlements existants, ce cadre de référence permettra non seulement aux Autorités de réagir en cas de non-respect des principes indiqués mais encouragera encore l’ensemble de la communauté universitaire à se conformer à ces valeurs de respect et d’intégrité. L’adoption définitive du texte est prévue pour la fin de l’année civile, après examen par les instances compétentes, le conseil d’administration en particulier. * Le projet de charte éthique porté par la rectrice Anne-Sophie Nyssen à partir d’une initiative formulée par le conseil genre et égalité piloté par la Pr Florence Caeymaex, était défini comme une priorité dans le plan stratégique institutionnel 2022-2026. Il concerne tous les membres de l’Université : étudiant·es, personnel administratif, technique et ouvrier, scientifiques et académiques. * www.uliege.be/plan-strategique SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 3 L’ÉDITO
L’ÉDITO 3 Charte éthique L’OPINION 6 Jérôme Schoenmaeckers à propos du vieillissement À LA UNE 10 Théâtre contemporain OMNI SCIENCES 16 En deux mots 20 Donum, trésors de l’ULiège 26 Béton durable 28 Climatologie : un prix pour Brice Denoël 38 Quand LGBT rime avec précarité 48 Fascinante astronomie 58 Sorties de presse 60 Architecture et jeux vidéo ALMA MATER 22 Interview de rentrée de la rectrice Anne-Sophie Nyssen Sommaire Annemie Augustijns- Opéra Ballet Vlaanderen ULiège 292 I SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I Le Quinzième Jour J. Louis SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 4 SOMMAIRE
ICI ET AILLEURS 30 Nature en ville 42 Animaux naturalisés 70 Trésors cachés de l’Institut archéologique liégeois UNIVERS CITÉ 19 Chœur universitaire 21 Liège Creative 32 Aquaculture : nouvelle plateforme 54 Traduction-interprétation : un journal LE PARCOURS 44 Sébastien Brunet : transformer le réel J.-L. Wertz ESA/HPF/DLR V. Havelange LES INVITÉS 56 Docteur·es honoris causa LE DIALOGUE 66 Université en colère : Caroline Glorie et Quentin Detienne FUTUR ANTÉRIEUR 72 Rétrovision 77 Exposition Englobés 78 Petites mythologies uliégeoises MICRO SCOPE 80 Télévie LE KROLL 83 Colère de l’Université SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 5 SOMMAIRE
CARTE BLANCHE JÉRÔME SCHOENMAECKERS – PHOTO JEAN-LOUIS WERTZ Chez soi, porté par les aidants proches, ou en institution ? Un récit à nuancer, un système à repenser. Une opinion de Jérôme Schoenmaeckers, chargé de cours à HEC-École de gestion de l’ULiège. Vieillir Dans quel lieu de vie ? 6 SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE L’OPINION
“Je veux rester chez moi.” Cette affirmation revient comme un mantra dans les discours sur le vieillissement en Europe. Elle symbolise à la fois un attachement profond à l’autonomie et un certain rejet de l’institutionnalisation qui a été exacerbé par la crise du Covid et la surmortalité observée dans les maisons de repos. Le livre-enquête Les Fossoyeurs de Victor Castanet, publié en janvier 2022 et témoignant des dérives au sein des Éhpad [ndlr : établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] en France, a accentué ce virage domiciliaire. Ce désir de rester chez soi n’est pas neutre. Il est le produit d’un imaginaire nourri d’angoisses (dépendance et abandon), mais aussi d’un déficit de compréhension des réalités multiples du grand âge. Grâce à l’enquête Share (“Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe”), et à plusieurs études récentes basées sur ces données, cette vision peut être déconstruite, enrichie, et surtout remise en perspective dans le cadre des arbitrages politiques à venir. L’enquête Share est un outil essentiel pour analyser les enjeux liés à la perte d’autonomie et à la fin de vie. En interrogeant tous les deux ans des dizaines de milliers de personnes de 50 ans et plus dans plus de 25 pays européens, elle permet de suivre l’évolution de leur santé, de leurs conditions de vie, de leurs réseaux de soutien et de leurs préférences en matière de soins. Grâce à sa dimension longitudinale, elle documente les trajectoires individuelles, comme l’entrée en maison de repos ou l’intensification de l’aide familiale. Elle rend visible le rôle central des aidants informels, les inégalités d’accès aux soins et les effets des contextes nationaux sur les parcours de fin de vie. Les données sont comparables d’un pays à l’autre, ce qui permet d’éclairer les politiques publiques en matière de vieillissement. Accessible librement à la recherche via son site*, Share offre une base précieuse pour mieux comprendre et anticiper les besoins liés à la dépendance en Europe. MIEUX À LA MAISON ? L’entrée volontaire en maison de repos ou le placement contraint en institution suscitent souvent des hésitations, non seulement chez les personnes âgées elles-mêmes, mais aussi chez leurs proches. En effet, pour la grande majorité des personnes admises, c’est plus que probablement leur dernier déménagement. Des récentes recherches suggèrent que cette expérience peut être plus positive que beaucoup ne le pensent. Au premier abord, la réponse semblait pourtant évidente : les personnes vivant en maison de retraite se déclaraient largement moins satisfaites de leur vie (delta de 8 %) que celles vivant encore à domicile. Cependant, une fois les caractéristiques individuelles prises en compte, en particulier le niveau de dépendance (comme la capacité à se laver, s’habiller ou préparer ses repas seul) mais également des facteurs sociodémographiques tels que l’âge, le sexe, l’éducation ou les ressources économiques, l’écart de bien-être entre les deux groupes tend à s’effacer. Dans ce type d’analyses empiriques, un défi majeur est le biais de sélection. Les personnes qui emménagent dans des maisons de retraite diffèrent souvent de celles qui ne le font pas. Dans le contexte du vieillissement, nous pourrions imaginer qu’au-delà d’un certain niveau d’invalidité, il devient difficile de rester à domicile. Que ces personnes bénéficient d’un soutien familial moindre. Ou encore qu’elles étaient déjà moins heureuses auparavant. Pour approfondir notre analyse, nous avons utilisé des méthodes plus sophistiquées afin de reproduire une “comparaison équitable”. En appariant des personnes ayant une santé, une situation familiale et une situation financière similaires, l’une vivant en maison de retraite et l’autre à domicile, le constat était implacable : les résidents des maisons de retraite étaient toujours légèrement moins satisfaits de leur vie en général. Mais Share ne se résume pas à des “photographies” ponctuelles d’une population. Sa véritable richesse réside dans sa dimension longitudinale, qui permet de suivre les mêmes individus au fil du temps. Pour ces personnes que l’on peut observer et interroger plusieurs fois, les résultats s’inversent. En effet, les données longitudinales montrent un paradoxe : une fois les conditions de santé prises en compte, la satisfaction de vie en maison de repos n’est pas inférieure à celle au domicile. Mieux encore, certains profils, notamment les personnes seules ou très dépendantes, peuvent connaître une amélioration de leur bien-être subjectif après leur entrée en institution. Cette observation bouscule certaines idées reçues. Les maisons de retraite, fréquemment perçues comme des lieux de repli ou de perte, peuvent en réalité représenter un cadre plus approprié pour les personnes dont l’autonomie est réduite. Pour un sénior en perte de mobilité ou nécessitant une aide continue dans les gestes du quotidien, l’institution offre un environnement sécurisé, * s ite Share : https://share-eric.eu/ SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 7 L’OPINION
des soins disponibles en permanence et un allègement des charges physiques et mentales.** Les résultats montrent donc que, dans des cas spécifiques, l’entrée en institution n’est pas un renoncement, mais une solution adaptée à une situation de santé complexe. Cela remet en question l’idéalisation du “chez-soi”. Il convient alors de sortir d’une vision stigmatisante de la maison de retraite comme ultime recours, pour reconnaître qu’elle peut constituer une amélioration concrète des conditions de vie, lorsque le soutien à domicile n’est plus suffisant. Car ce maintien à la maison suppose la mise en place d’un accompagnement soutenu, souvent assumé par les proches. DE L’IMPORTANCE DES AIDANTS PROCHES Pour pouvoir rester à domicile, les personnes âgées dépendantes ont besoin de proches aidants capables de les accompagner au quotidien, notamment pour les gestes essentiels de la vie courante qu’elles ne sont plus capables de faire seules : se laver, s’habiller, se nourrir ou se déplacer. Le schéma le plus fréquemment observé est le suivant : lorsque le partenaire devient dépendant, c’est souvent son épouse qui assure les soins au quotidien. Quelques années plus tard, à mesure que la conjointe vieillit à son tour, la prise en charge repose progressivement sur les enfants (et plus particulièrement sur les filles) qui deviennent les nouvelles aidantes, souvent de façon informelle et sans reconnaissance institutionnelle. Les motivations de l’aide sont multiples. Loin du simple altruisme, elles s’inscrivent dans un faisceau de logiques : attachement, attente de réciprocité, pression familiale, normes morales. L’analyse des données européennes met en lumière des différences selon le lien de parenté, le sexe de l’aidant, et la configuration familiale. On aide davantage ses parents biologiques que ses beaux-parents, et plus volontiers un parent de même sexe. Ces préférences affectent l’équité dans la répartition de l’aide et posent la question du devoir familial implicite. En effet, certaines personnes âgées sont entourées, d’autres sont quasi abandonnées. La prétendue “liberté de choix” du lieu de vie s’effondre alors devant la structure réelle des soutiens disponibles. Les arbitrages familiaux autour de l’aide aux parents âgés reposent sur un équilibre délicat. Les enfants (et plus fréquemment les filles) assurent encore aujourd’hui l’essentiel de l’aide au quotidien. Mais ils doivent désormais composer avec d’autres responsabilités, notamment l’aide aux petits-enfants, souvent mobilisée par les filles adultes pour faciliter leur emploi. Ce phénomène de “génération sandwich”, prise entre deux flux de solidarité, expose les aidants à une fatigue invisible, à une charge mentale persistante, et à des choix souvent douloureux entre disponibilité, emploi et équilibre personnel. Cette répartition genrée de l’aide est constante à travers les pays, bien que plus marquée dans les pays du sud de l’Europe. Elle traduit non seulement des normes sociales persistantes, mais aussi une réalité économique : les femmes ajustent plus souvent leur activité professionnelle pour prendre soin d’un parent. Cet investissement a un coût : carrières ralenties, revenus réduits, fatigue physique et charge émotionnelle. Au sein des fratries, la répartition de l’aide donne lieu à des arbitrages subtils et parfois conflictuels. Un enfant, souvent celui jugé le plus disponible ou le plus proche affectivement, se retrouve en première ligne. Cette charge peut être vécue comme un devoir moral ou comme une inégalité non dite. Elle est d’autant plus lourde que les autres membres de la famille ne se mobilisent pas toujours de manière équitable. Ces tensions silencieuses minent parfois les relations familiales et exposent les aidants à l’isolement. Quand assister son parent dépendant relève d’une certaine contrainte, des effets négatifs sur la santé mentale et physique de l’aidant apparaissent rapidement. MAISON DE REPOS : À QUELLES CONDITIONS ? Si l’on privilégie de plus en plus le maintien à domicile des personnes âgées, cette solution repose sur des conditions loin d’être garanties : l’aide formelle à domicile manque souvent de moyens, de personnel ou de continuité, tandis que l’aide informelle (assurée par les proches) n’est pas toujours disponible, possible ou souhaitée. Dans ce contexte, il devient nécessaire de reposer la question de l’institutionnalisation. Non pas comme une défaite ou un aveu d’échec, mais comme une option à considérer avec lucidité, selon les besoins réels des personnes concernées et la qualité de l’accueil proposé. Or les maisons de repos ne sont pas toutes équivalentes. Leur qualité varie considérablement selon leur statut (public, privé lucratif, associatif), leur financement, leur encadrement médical. Dans certains pays, les établissements privés à but lucratif sont majoritaires, et les différences de qualité entre établissements sont flagrantes. Cela se traduit par des écarts de mortalité et de satisfaction des résidents. Les personnes les plus aisées peuvent choisir des structures de meilleure qualité, tandis que les plus modestes disposent de peu d’alternatives. Les données ** Cette analyse ne porte pas sur les situations de maltraitance institutionnelle qui ont récemment défrayé la chronique, notamment en France, ni sur les risques parfois présents dans le maintien à domicile, lorsque l’encadrement fait défaut. SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 8 L’OPINION
sur la mortalité montrent une surmortalité apparente des résidents en maison de repos. Mais ce résultat est difficile à interpréter. Il peut refléter l’état de santé initial plus dégradé des résidents, ou des effets propres à l’institution (manque de soins individualisés, isolement affectif, effets psychologiques). Les travaux les plus récents s’accordent à dire que la causalité est incertaine et dépendante des contextes nationaux. Autrement dit, ce n’est pas la maison de repos en soi qui tue, mais les conditions dans lesquelles elle fonctionne. VERS DES POLITIQUES DE SOBRIÉTÉ SOLIDAIRE En fin de compte, il ne s’agit pas d’opposer deux modèles, mais de penser une pluralité de réponses. Rester chez soi doit être une possibilité réelle, et non une contrainte par défaut. Entrer en institution doit être un choix accompagné, respectueux de la personne et de son histoire. Entre ces deux pôles, des alternatives se développent : habitats partagés, colocation intergénérationnelle, accueil familial. Ces formes nouvelles méritent d’être soutenues et évaluées. La pression budgétaire qui s’annonce dans de nombreux pays européens impose une réflexion honnête : il ne sera pas possible de généraliser l’aide professionnelle ou de construire massivement de nouvelles maisons de repos de qualité sans arbitrages. Mais il serait dangereux de répondre à ces contraintes uniquement par la valorisation de l’aide informelle, sans contreparties. Plusieurs pistes émergent des travaux fondés sur l’enquête Share : 1) accompagner l’aide informelle sans la surexploiter : congés pour aidants, dispositifs de répit, aides financières ciblées et non conditionnées. Il ne s’agit pas de monétiser l’affection familiale, mais de reconnaître que le “Care” a un coût, et que ce coût ne peut reposer uniquement sur les épaules des femmes de 55 ans ; 2) renforcer la qualité des institutions existantes plutôt que d’en construire de nouvelles : cela passe par des normes de soins, des formations, une inspection renforcée, et une implication des résidents et de leurs familles dans la gouvernance ; 3) soutenir les formes hybrides d’habitat : habitats groupés, cohabitations intergénérationnelles, familles d’accueil pour personnes âgées. Ces solutions sont moins coûteuses et souvent plus humaines, mais encore marginales faute de reconnaissance réglementaire ; 4) faire du “choix du lieu de vie” un droit opposable : toute personne dépendante devrait avoir accès à un accompagnement neutre et éclairé pour choisir entre les options disponibles, avec un soutien pour faire respecter ce choix ; 5) fonder la politique de vieillissement sur des données fiables et longitudinales, comme celles de Share. Trop de politiques se contentent de réponses ponctuelles à des besoins mal définis. Or, seule l’analyse des trajectoires permet de cibler les moments critiques, les profils à risque, et les mécanismes de rupture. UN TEMPS DE VIE À CONSTRUIRE Les résultats issus de l’enquête Share révèlent un paradoxe fondamental : le meilleur endroit pour vieillir n’est pas toujours celui que l’on croit préférer, mais celui qui répond concrètement à nos besoins, en tenant compte de notre santé, de notre entourage, de notre genre, de nos ressources, et de notre histoire de vie. La recherche a encore beaucoup à apporter. Il reste à comprendre finement les trajectoires de transition, les effets différenciés des types d’aide, les impacts de l’institutionnalisation sur le bien-être psychique. Il faudra aussi explorer les voix des personnes concernées, souvent absentes des débats publics. La vieillesse ne doit pas être pensée uniquement comme une addition d’années à gérer, mais comme un temps de la vie à construire collectivement, avec des choix réellement possibles, des soutiens équitables, et des institutions dignes. Cela suppose de ne plus opposer soins informels et professionnels, domicile et institution, autonomie et protection. Cela suppose surtout de cesser de croire que la préférence pour le “chez soi” suffit à guider une politique du vieillissement juste. À travers la question du lieu de vie, c’est une certaine idée de la citoyenneté qui se joue : celle d’une société capable de prendre soin de ses aînés sans les infantiliser, de reconnaître la valeur de l’aide informelle sans l’épuiser, et de garantir à chacun une fin de vie digne, choisie et habitée. Une société où l’on ne meurt pas seulement quelque part, mais entouré, écouté, respecté. Ce n’est pas tant une crise du grand âge que nous traversons, qu’une crise de nos imaginaires, de nos priorités budgétaires, et de notre capacité à affronter collectivement la question suivante : quel sens voulons-nous donner à la dernière partie de nos vies ? • Anne Laferrère et Jérôme Schoenmaeckers, “Are Europeans really better off at home than in a nursing home?”, dans American Journal of Epidemiology, 2025 • Mathieu Lefebvre, Pierre Pestieau et Jérôme Schoenmaeckers, “Grandchild care and eldercare. A quid pro quo arrangement. Economic Modelling” dans Economic Modelling, 2025 SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 9 L’OPINION
THÉÂTRE CONTEMPORAIN Changer de registre Jean-Louis Fernandez, coll. Comédie-Française Thomas Ostermeier en répétition pour Le Roi Lear 10 SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE À LA UNE
Sous la bannière du célèbre théâtre berlinois, Ostermeier connaît dès 1999 une carrière prolifique et acquiert une notoriété incontestable, tout à la fois artistique et médiatique, en Allemagne mais aussi, très rapidement, sur la scène internationale contemporaine. Se plaçant à contre-courant d’un certain théâtre postdramatique qui rompt volontiers avec le texte et les notions mêmes de jeu d’acteurs et de narration, le metteur en scène allemand préfère quant à lui raconter des histoires, faisant la part belle aux récits, aux personnages complexes et à leurs relations interpersonnelles. Depuis le début des années 2000, il a ainsi revisité, voire dépoussiéré en les transposant dans un registre actuel, un grand nombre de pièces du répertoire classique – shakespearien notamment, mais aussi celui du dramaturge norvégien Henrik Ibsen qui lui est cher et dont il présentait d’ailleurs Canard sauvage en juillet dernier au Festival d’Avignon – en les transposant dans un registre actuel. Est-ce d’ailleurs ce goût de la narration, doublé de “son souci d’ancrer ses spectacles dans la réalité, de manière à les mettre en phase avec les préoccupations quotidiennes de son public” qui sont au cœur de l’engouement pour son théâtre*? Thomas Ostermeier défend en effet une esthétique du réalisme sociologique : s’inspirant du réalisme brechtien, elle a pour but, en actualisant d’anciens textes du répertoire, de “mettre au jour certains processus à l’œuvre dans le monde contemporain, à travers notamment une étude des comportements sociaux, afin de contester, de critiquer et dénoncer une certaine “involution” idéologique de notre société actuelle”**. Francophone, Thomas Ostermeier a aussi adapté Retour à Reims, l’incontournable récit de Didier Eribon, ainsi que deux romans autobiographiques d’Édouard Louis. Qu’il reçoive chez nous les insignes de docteur honoris causa a de quoi réjouir Rachel Brahy. La sociologue, spécialiste de l’intervention sociale et culturelle, y voit en effet « un positionnement institutionnel qui dit quelque chose sur les espaces à défendre dans notre société contemporaine ». Qu’est-ce à dire ? Rachel Brahy constate d’abord, avec d’autres, que le productivisme Au cours de cette année académique, l’ULiège décernera les insignes de docteur honoris causa au metteur en scène Thomas Ostermeier, directeur artistique de la Schaubühne depuis 1999 et enfant terrible du théâtre contemporain allemand. L’occasion pour Le Quinzième Jour d’examiner, avec Rachel Brahy, professeure associée en sciences sociales, et Fabrice Murgia, metteur en scène et ancien directeur du Théâtre National, quelques-uns des enjeux du théâtre contemporain. DOSSIER PATRICK CAMAL * Ainsi que se le demande la chercheuse tchèque Jitka Pelechova, dans l’introduction du travail qu’elle a consacré au théâtre de Thomas Ostermeier, dans Le Théâtre de Thomas Ostermeier, Études théâtrales, 2017/3, n°58 (disponible en ligne). ** Jitka Pelechova, Le théâtre de Thomas Ostermeier : phénomène culturel ou démarche artistique ?, Cahiers d’études germaniques, 2013, n°64 (disponible en ligne) SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 11 À LA UNE
Aïda Alvera-Azcárate de nos sociétés modernes – tout doit être mesuré, évalué et pensé en termes de production – tend, par contamination, à régenter les comportements humains, eux-mêmes pensés en termes de performance, d’objectifs, de quantités et, en dernière analyse, de coûts et bénéfices. Pourtant, s’il est clair que les institutions théâtrales n’échappent pas aux logiques quantitativistes de production, l’activité théâtrale dans son ensemble se distingue par le fait qu’elle « remet la lumière sur ce qui est vivant dans notre activité humaine, c’est-à-dire sur ce qui, justement, n’est pas mesurable. Au premier chef, explique la sociologue, l’activité théâtrale est une production de ressources de sens utiles à la société, c’està-dire qu’elle élabore des interprétations de nos vies, de nos manières de fonctionner, des processus sociaux dans lesquels nous sommes pris. Des interprétations, aussi, de qui nous sommes dans nos multiples fonctions – de travailleuses, de compagnes, de mères, de sœurs, de filles, de sportives, d’artistes, etc. – abordées dans toute leur ambiguïté, mais aussi tout leur potentiel tragique. » Ces “ressources de sens” que produit l’activité théâtrale, ce sont les récits, préservés et continuellement réactivés d’une époque à l’autre au point de former collectivement un répertoire sans cesse convoqué et sans cesse revisité. On le sait, la mise en récit est au fondement de bon nombre d’activités humaines : nous avons toujours eu besoin de (nous) raconter. « Lorsque nous élaborons des récits, explique Rachel Brahy, nous tentons un ordonnancement du monde, une lisibilité. Les histoires nous servent d’outils pour penser, mais aussi pour déplacer la pensée. Les vieux récits, ceux de l’époque shakespearienne par exemple, sont sans cesse revisités par le théâtre, qui les réactive pour poser la question de ce qu’ils ont encore à nous dire aujourd’hui, comment ils viennent interroger nos réalités contemporaines, voire plus largement le sens de l’existence. Autrement dit, le théâtre – c’est sa proposition – crée des possibilités d’exploration du vivant, d’analyse des dynamiques de la vie humaine. » Pour la sociologue, mettre à l’honneur une figure incontournable du théâtre contemporain telle que Thomas Ostermeier – qui a lui-même abondamment puisé dans ce répertoire, shakespearien (Othello, Richard III, Hamlet, A Midsummer Night’s Dream) ainsi que dans celui de Tchekhov et surtout d’Ibsen, qui est peut-être son dramaturge fétiche – est une manière de célébrer non seulement cet effort d’exploration de l’humain, mais aussi de mettre à l’honneur la puissance de ces « grands récits » qui semblent avoir encore tant à nous dire. RÉENCHANTEMENT DU MONDE Pourquoi est-ce important ? Certes, explique Rachel Brahy, notre époque produit ses propres récits, en quantités d’ailleurs vertigineuses depuis l’avènement de l’internet et des réseaux sociaux. Toutefois, déplore-t-elle, ceux-ci sont majoritairement limités à des propositions très courtes, à des mini-récits de plus en plus standardisés qui, même lorsqu’ils créent l’illusion de l’authenticité, sont avant tout destinés à provoquer l’acte de consommation. La profusion de ces contenus uniformes, souvent éphémères, produits en masse pour alimenter en continu un véritable consumérisme de l’expérience humaine, a pour effet de limiter le déploiement de réelles propositions de ressources de sens dans un monde moderne largement désenchanté. Les grands récits porteurs de sens – qui sont des propositions complexes, fruits d’un travail long, d’ailleurs rendu d’autant plus difficile que l’économie théâtrale tend à ramener les temps d’élaboration des narrations à des périodes parfois très courtes – apparaissent aujourd’hui comme « une espèce menacée de disparition » qu’il est impératif de protéger. « Le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa observait, dans son ouvrage Resonanz, que notre société moderne est devenue muette, parce qu’elle ne nous donne plus, ou très peu, de possibilités de “vibrations”, d’opportunités d’entrer en résonance avec le monde, avec l’humain. Selon lui, ce mutisme conduit par conséquent chacun à rechercher des “oasis de résonance. » C’est-à-dire à rechercher des espaces de réenchantement, voire, précise la chercheuse, à renouer avec des formes de spiritualité qui, dans un monde sécularisé, viennent reproposer du sens. Rachel Brahy, qui a consacré une partie de ses recherches aux dynamiques de réenchantement du monde, conçoit précisément le théâtre comme l’une de ces oasis de résonance. « Le théâtre, dit-elle, est une réponse non radicale aux multiples crises de la modernité. Il propose des ressources de sens pour les affronter. » C’est d’ailleurs pourquoi l’activité théâtrale est à ses yeux un espace à défendre : « Nous sommes et restons des animaux tout à la fois en quête de sens et producteurs de sens. La proposition du monde théâtral est de produire un espace-temps apte à faire revivre des récits complexes que la pensée humaine créative et critique a produits au fil du temps, pour nous permettre de les interroger et de comprendre ce qu’ils ont encore à nous dire aujourd’hui de notre humanité. » 12 SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE À LA UNE
East Dam Drone Ainsi, par exemple, du geste d’Antigone, dans la pièce éponyme de Sophocle : bravant l’interdiction de Créon, la princesse thébaine enterre le corps de son frère Polynice et, ce faisant, pose un geste puissant et intemporel. « Elle signale d’abord que les rituels d’ensevelissement, les soins apportés aux corps de nos proches sont une composante incontournable de notre humanité. Nous avons nousmêmes bien vu, lors de la récente pandémie, qu’en nous empêchant de nous rassembler autour de nos morts, on touchait là à quelque chose de fondamental dans l’existence humaine. » De plus, en ne se soumettant pas à la loi de Créon qu’elle juge injuste, Antigone permet à Polynice de réintégrer une communauté humaine. Antigone recrée ainsi du lien d’appartenance. C’est de cette manière, conclut Rachel Brahy, qu’Antigone exemplifie la triple fonction du théâtre : « Produire du soin, produire du lien et interroger la pertinence de nos lois. » Décerner les insignes de docteur honoris causa à un « artisan de la ressource de sens » tel que Thomas Ostermeier revient, explique-t-elle, à affirmer l’importance du geste théâtral dans ces trois composantes fondamentales, et donc à reconnaître le travail engagé, critique voire politique dont il est le fruit. Pour la chercheuse, cette reconnaissance est d’autant plus importante que le théâtre contemporain est souvent l’objet d’un dénigrement de plus en plus décomplexé : il serait aussi prétentieux et coûteux qu’il serait inutile au bon fonctionnement de la société. « Nous en avons eu un aperçu au moment de la pandémie, lorsque ce secteur a été violemment qualifié de “non essentiel”. Il me semble qu’il était absolument insensé de réfléchir en ces termes, car s’il y a bien une chose dont on sait qu’elle est essentielle à la vie des gens, c’est l’activité artistique. Cela s’observe dans les situations les plus difficiles, après des catastrophes, dans des lieux d’enfermement ou d’asservissement, les humains se rassemblent, chantent, se racontent des histoires, pour tenir ! » PLURALITÉ DES THÉÂTRES Il est vrai que le théâtre contemporain peut être perçu comme l’émanation d’une certaine “culture cultivée”, un théâtre « hermétique » et « ennuyeux », dans tous les cas moins « grand public », qui ne se donnerait à voir que dans des institutions culturelles jugées rigides, voire inaccessibles, pour des raisons économiques ou symboliques. Pour le metteur en scène Fabrice Murgia, Opéra national de Lorraine - Simon Gosselin La Cenerentola, mise en scène par Fabrice Murgia SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 13 À LA UNE
l’une des figures de proue de la scène contemporaine belge et ancien directeur du Théâtre National WallonieBruxelles, le théâtre s’adresse même avant tout à un public bourgeois. « Je pense d’ailleurs que les théâtres sont avant tout fréquentés par des citadins et, à Bruxelles, par un entre-soi qui vient se voir. Les gradins de certains théâtres sont d’ailleurs remplis de comédiens. » Le théâtre contemporain a donc “son” public, lequel, grâce à son éducation socio-culturelle, en assimile les codes et en apprécie la dimension fortement expérimentale. LA PUISSANCE DES “GRANDS RÉCITS“ « La création contemporaine s’est, depuis le début des années 2000, beaucoup éloignée de l’idée d’aller “monter un texte”. Elle privilégie au contraire la création de nouvelles propositions qui sollicitent l’imaginaire du spectateur au-delà des conventions du théâtre classique, dont l’objectif est de créer l’illusion du réel (scène, fiction, acteurs). » Songeons à tel spectacle brouillant la frontière entre réalité et fiction (« On joue Roméo et Juliette, mais on intègre au texte de Shakespeare des histoires d’amour amenées en improvisation par le comédien », explique Murgia), à tel autre cherchant à mettre en scène la société civile en mélangeant comédiens professionnels et non professionnels (ainsi d’Édouard Louis jouant dans l’adaptation de Qui a tué mon père ? par Thomas Ostermeier), à tel autre encore intégrant de nouvelles formes de narration permises par l’avancement technologique (des spectacles intégrant la vidéo documentaire à ceux joués par des comédien·nes en duplex depuis l’autre bout du monde, en passant par ceux réalisés en réalité virtuelle), ou à tel autre encore faisant fi du quatrième mur pour inviter le public à co-élaborer le spectacle, etc. « L’expérimentation est un pilier du théâtre contemporain, rappelle Fabrice Murgia, non sans parallèle avec la recherche menée dans le monde académique. » Certaines recherches peuvent certes donner un sentiment d’inutilité, voire d’excentricité, mais celles-ci feront in fine profusion et viendront nourrir d’autres spectacles qui, eux, s’adresseront au “grand public”. Le metteur en scène observe cependant que, à force de recherches et de réinventions, mais aussi en raison des conditions économiques de sa production, c’est-à-dire de la trop maigre enveloppe culturelle qui conduit les metteurs en scène à opérer des “coupes plateaux” (moins de décors, davantage d’improvisation ou, à tout le moins, des répétitions plus courtes pour payer moins de salaires), le théâtre contemporain s’est beaucoup dépouillé. « D’aucuns diront que le théâtre d’aujourd’hui s’est tellement dépouillé qu’il en a perdu sa poésie. Je pense plutôt, nuance Murgia, que chaque créateur doit, à son niveau, s’interroger : à force d’abstraction, de discours ou de procédés, n’avons-nous pas parfois laissé de côté cette part organique, sensible, instinctive du théâtre contemporain ? La poésie ne disparaît pas, mais elle peut se dissoudre si l’on n’y veille pas. » Et d’inviter à repenser les fondements mêmes de la représentation : « Nous arrivons peut-être au bout d’un cycle historique dans la manière de penser la mise en scène – un cycle amorcé par les grands gestes de rupture du XXe siècle. On peut donc se demander ce qu’il reste à réinventer, ou à réimaginer autrement, dans monde bouleversé, fragmenté. » Fabrice Murgia en est convaincu : le théâtre est nécessairement voué à renouer avec des narrations plus classiques, c’est-à-dire avec le récit. Car, en particulier à l’heure des intelligences artificielles, il est de plus en plus rappelé à ses missions les plus essentielles : « Produire un témoignage de l’humanité, faire une observation poétique et politique du monde, et en dernière analyse explorer cette matière qui, elle, est inépuisable : le corps, l’humain, la société. » Il observe par ailleurs avec inquiétude les avancées « vertigineuses » de ces intelligences artificielles. Car, en même temps que d’aucuns en célèbrent déjà le potentiel émancipateur pour l’espèce humaine, celles-ci n’en représentent pas moins un défi majeur pour les artistes. « J’appartiens à une génération qui a grandi avec l’essor d’internet, mais aussi avec la chute de son utopie, avertit Fabrice Murgia. Aujourd’hui, quoique je l’utilise moi-même énormément dans le cadre de mon travail, je crois que l’IA, qui représente à mon sens un tournant au moins aussi important que la révolution industrielle, pose des questions esthétiques, éthiques et politiques urgentes. Le monde du théâtre s’engage avec beaucoup de force sur des sujets cruciaux comme les droits sociaux ou d’auteur – et c’est salutaire – mais nous ne devons pas SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 14 À LA UNE
laisser de côté ces nouvelles technologies. » Pour le metteur en scène, il ne s’agit pas d’adopter une posture technophobe ou dystopique qui conduirait à les rejeter entièrement, mais bien de se positionner en conscience : quelle place accorder à l’IA dans la création ? « Je me pose la question de ce que sera le théâtre dans 6 à 12 mois, alors qu’une intelligence artificielle pourra être sollicitée pour écrire des dialogues, produire l’ensemble du contenu audiovisuel d’un spectacle, générer des voix, et peut-être bien plus. On ne se rend pas bien compte de ce que cela pourrait représenter pour le théâtre si nous ne portons pas une vigilance toute particulière à la préservation de l’humain, à la survivance du vivant, dans les narratifs de demain. Il faut absolument s’emparer de la dimension vivante du théâtre. Car après tout, c’est l’un des derniers endroits où l’on place des gens devant des gens. » THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI Si le propos de Fabrice Murgia ne contredit pas celui de Rachel Brahy, le regard de la sociologue est moins tourné vers le théâtre contemporain d’un Murgia ou d’un Ostermeier, que vers ce qu’elle préfère appeler le « théâtre d’aujourd’hui », une notion plus souple qui permet d’inclure des propositions théâtrales moins médiatisées, mais tout autant créatrices de ressources de sens comme le théâtre-action. Celui-ci, qui a émergé dans la mouvance de 1968 et promeut la “démocratie culturelle”, reconnaît à chaque citoyen la capacité d’être porteur de culture et de constituer des propositions culturelles pertinentes. Il s’agit d’un théâtre éminemment participatif, un théâtre de création collective, « qui permet à des individus en situations particulières de poser euxmêmes un acte culturel, de participer pleinement à la culture en exprimant une parole », explique Rachel Brahy. Porté par une vingtaine de compagnies en Fédération Wallonie-Bruxelles, le théâtre-action, encadré par des comédiens-animateurs, repose sur la participation d’acteurs non-professionnels issus de groupes fragilisés, voire invisibilisés qui, « plus que quiconque, ont besoin de renouer une relation vivante et vibrante au monde, de se reconnecter à l’essentiel humain », note la sociologue. Autrefois joué dans les arrière-salles de cafés et les Maisons du peuple, on le retrouve aujourd’hui dans les services d’insertion sociale – CPAS, maisons de jeunes, maisons de quartier, lieux d’alphabétisation, etc.–, dans les centres culturels tels que La Tchicass à Liège, dans les espaces du tissu associatif, dans les centres de la CroixRouge, etc. « Bref, dans des espaces où des personnes développent collectivement une activité professionnelle animée par la recherche commune de sens et la mise à l’honneur de nos vies humaines. » Et Rachel Brahy d’insister sur l’importance de voir des metteurs en scène comme Fabrice Murgia ou Thomas Ostermeier travailler à mettre en lien ce théâtre-action avec le théâtre élaboré sur les plateaux plus reconnus, en y emmenant directement les protagonistes de ce théâtreaction, ou à tout le moins, en y emmenant leurs propos. « Déplacer les récits des situations dans lesquelles ils émergent pour les mettre en dialogue avec d’autres mondes, c’est tout l’enjeu de la composition d’un monde commun – qui est l’horizon jamais atteint mais toujours poursuivi d’un monde éclaté, stratifié, fait de multiples tensions. Mais le théâtre, à tout le moins, permet cette mise en dialogue des mondes. » Conférence-rencontre avec Thomas Ostermeier au cours de l’année 2025-2026. Date à préciser. * www.uliege.be/grandes-conferences-universitaires * lire aussi en page 57 POUR ALLER PLUS LOIN Rachel Brahy & al. (eds), L’enchantement qui revient, Paris, Hermann, 2023 Rachel Brahy, S’engager dans un atelier-théâtre. À la recherche du sens de l’expérience, Cerisier, Mons, 2019 SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 15 À LA UNE
Sport et IA EVS, l’entreprise spécialisée dans les technologies de production vidéo en direct, et l’ULiège s’associent au sein de la chaire académique “Computer Vision and Data Analysis for Sports Understanding”, pilotée par le Pr Anthony Cioppa de l’Institut Montefiore en faculté des Sciences appliquées et spécialiste en vision par ordinateur et analyse de données appliquées au sport. * www.news.uliege.be/ia-sport Ucoopia À partir de janvier 2026, les ONG des universités de Bruxelles et Liège uniront leurs forces. Ucoopia, première ONG interuniversitaire d’Europe, est née. Les assemblées générales des deux ASBL ont acté la fusion le 25 juin, après plusieurs mois de préparation avec leurs universités-mères et l’université de Mons. L’objectif est d’augmenter la portée et l’efficacité des actions en matière de coopération. * www.news.uliege.be/ucoopia Hexapoda Hexapoda - Insectarium Jean Leclercq à Waremme a ouvert au public un tout nouveau jardin, véritable havre de paix de 5000 m². Didactique et ludique à la fois, le jardin permet d’observer de nombreuses espèces indigènes et exotiques. Il comporte un rucher, une serre à papillons et une mare naturelle. La visite peut se poursuivre par une balade dans un site naturel voisin : 17 hectares de nature sauvage où l’on peut observer des traces de castors. Sans oublier la réserve ornithologique du Haut-Geer, très proche d’Hexapoda. * Hexapoda - Insectarium Jean Leclercq, rue de Grand-Axhe 45e, 4300 Waremme, tél. 019.324.930, www.hexapoda.be Jeune aidant proche Le 4 juin dernier, le conseil d’administration de l’ULiège a créé le statut de “jeune aidant proche”. Un nouveau statut qui s’adresse aux étudiant·es qui apportent une aide et un soutien continus ou réguliers à une personne en situation de grande dépendance. Ce statut permettra aux étudiants concernés, confrontés à cette réalité pendant leur parcours académique, de bénéficier d’aménagements pédagogiques et d’avantages logistiques - allègement d’horaire, aménagements relatifs aux activités d’apprentissage, soutien psychologique, suivi prioritaire au service guidance étude. * www.news.uliege.be/aidant-proche Trinkhall Museum Le Trinkhall Museum et La Lumière collaborent pour rendre l’art plus accessible aux personnes malvoyantes. Aux cimaises actuellement, cinq œuvres de l’exposition “Un monde à soi” de Inès Andouche ont été adaptées avec des supports tactiles. Grâce à ce dispositif, le musée peut désormais proposer des visites guidées enrichies pour les personnes malvoyantes. Le Trinkhall Museum conserve une collection de plus de 4000 œuvres, créées en grande partie par des artistes dits “fragiles”. Il défend la puissance expressive de ces mondes singuliers et la richesse d’une création souvent née en marge. Son projet est à la fois artistique et politique : célébrer sans enfermer, rendre possible sans imposer. Exposition jusqu’au 26 octobre au Trinkhall Museum, parc d’Avroy, 4000 Liège. * reservation@trinkhall.museum, https://trinkhall.museum En 2 mots SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 16 omni sciences
Musée Wittert L’exposition “Martin Schongauer Superstar. La métamorphose de la gravure (1450-1510)” lève le voile sur ce graveur visionnaire dont le musée Wittert conserve l’un des fonds les plus importants au monde (une centaine de pièces). Ces œuvres connurent, à l’époque, un succès sans précédent et rayonnèrent de l’Italie aux Pays-Bas, de l’Espagne à la Bohème, où elles séduisirent les artistes les plus célèbres, tels MichelAnge ou Jérôme Bosch. Mais c’est surtout en donnant à l’estampe ses lettres de noblesse, que Schongauer ouvrit la voie à une nouvelle génération de graveurs illustres : Albrecht Dürer, Lucas Cranach ou encore Lucas de Leyde. Au musée Wittert, place du 20-Août, 4000 Liège, jusqu’au 26 septembre. * www.wittert.uliege.be Gembloux La cérémonie d’ouverture de l’année académique de Gembloux Agro-Bio Tech aura lieu le 30 septembre, à 17h, à l’espace Senghor, avenue de la faculté d’Agronomie, 5030 Gembloux. À cette occasion, la Pr Aurore Degré donnera une leçon inaugurale intitulée “Façonner des territoires d’avenir : l’eau, les sols et le temps”. * inscription (avant le 23 septembre) : decanat.gembloux@uliege.be, www.gembloux.uliege.be PFAS et pesticides Le festival Prendre soin Liège 2025 s’ouvre avec la conférence de Laurence Huc, directrice de recherche à l’INRAE et l’INSERM et Anne-Simone Parent, professeure en pédiatrie. Elles échangeront autour des conséquences des polluants sur la santé humaine, en dialogue avec la journaliste d’investigation Stéphane Horel (Le Monde) et David Leloup, chargé de cours au département Médias. Le 25 septembre à 20h à la salle académique, place du 20-Août, 4000 Liège. * www.news.uliege.be/prendresoin-2025 Curiosités Jusqu’au 5 octobre, le festival de musique ancienne de Liège, Les Nuits de Septembre, déclinera le thème “Curiosités” des festivals de Wallonie en 11 concerts. L’occasion de découvrir des danses baroques irlandaises, un chansonnier médiéval, des madrigaux inédits, etc., grâce à de grands interprètes confirmés ou émergents. Une programmation signée par Frédéric Degroote, directeur artistique des Nuits de Septembre et doctorant à l’ULiège dans l’unité de recherches Transitions. * www.lesnuitsdeseptembre.com Abus dans l’Église À l’invitation du FER-ULiège, la journaliste Christine Pedotti donnera une conférence intitulée “L’abus au cœur du système catholique”, le jeudi 20 novembre à 18h dans la salle académique de l’ULiège, place du 20-Août 9, 4000 Liège. Directrice de la revue Témoignage chrétien, Christine Pedotti adopte une lecture systémique des éléments idéologiques, structuraux et factuels qui favorisent les abus dans l’Église et mettent à distance les femmes et le féminin. * www.fer.uliege.be Entre interdit et pouvoir La troisième édition du colloque interdisciplinaire “Dépasser les bornes !”, organisée par l’unité de recherche Cité de la faculté de Droit, Science politique et Criminologie, aura lieu les 20 et 21 novembre. * www.cite.uliege.be Festival des Cultures Inspirée par le Festival of Cultures de l’Université d’Oulu en Finlande – du réseau UNIC –, l’ULiège organise la troisième édition de son Festival des Cultures le jeudi 27 novembre, de 11h30 à 14h30, aux amphithéâtres de l’Europe au Sart-Tilman. L’objectif étant de valoriser la diversité, de favoriser l’échange interculturel et de renforcer les liens entre les étudiants, les chercheurs et les membres du personnel. Cette année les représentants des conseils étudiants des universités partenaires du réseau UNIC seront présents pour évoquer leur culture via des stands thématiques. * si vous souhaitez vous impliquer et faire découvrir votre culture, seul·e ou en groupe, envoyez un message à festival-cultures@uliege.be Polycrise L’unité de recherche ARCh organise le congrès intitulé “Le psychisme à l’épreuve de la polycrise et des transitions”, les 4 et 5 décembre, à l’exèdre Dick Annegarn, campus du Sart-Tilman, quartier Agora, 4000 Liège. L’occasion de croiser les regards sur l’humain et le psychisme face aux crises et transitions multiples que connaissent les sociétés contemporaines. Ce phénomène, qualifié de “polycrise”, ne constitue pas seulement des instants de rupture ou de déséquilibre temporaire, mais ancre dans les pratiques, les corps et les esprits, le principe d’une réalité dynamique et protéiforme. Le vivant est contraint d’apprendre à vivre en “marchant sur des sables mouvants”, en s’adaptant constamment aux changements rapides et multiples. * www.arch.uliege.be SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 17 omni sciences
J’explore l’Université Le samedi 18 octobre, l’ULiège ouvre ses portes aux élèves de fin d’études secondaires afin de leur faire découvrir les facultés et les campus. Un premier rendez-vous pour explorer les possibilités de formations et construire progressivement un projet d’études supérieures. * www.news.uliege.be/jexplore Chaire Mukwege La chaire internationale Denis Mukwege se consacre au développement de recherches interdisciplinaires sur les violences sexuelles envers les femmes et les filles lors de conflits. Elle vise à fédérer les savoirs et expertises de partenaires et d’universités, tant en Belgique qu’à l’international. La Chaire, inaugurée en 2018, est le fruit d’une initiative portée par la Pr émérite Véronique De Keyser et est coordonnée par la Pr Adélaïde Blavier (faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l’éducation de l’ULiège). L’objectif est de mettre en place des programmes de coopération destinés à accompagner les survivant·es de violences sexuelles. Cinq congrès scientifiques ont déjà été organisés et le sixième congrès de la Chaire “Du corps meurtri à la résilience ou comment réparer l’invisible” se tiendra sur le campus Erasme à l’ULB du 11 au 13 décembre prochains. * https://chaire-mukwege.site.ulb.be Formations à l’AMLG L’Association royale des médecins diplômés de l’ULiège organise des séances scientifiques d’enseignement de formation continue accessible à tous les médecins. • 10 octobre : “Oh les belles images ! Recommandations pour une imagerie médicale efficace”, par le Dr Maxime Gudelj • 14 novembre : “Tendinopathie de coiffe des rotateurs : état des lieux en 2025”, par les Drs Christophe Kabore et Julien Delatte • 11 décembre : “Troubles du comportement alimentaire chez les adolescents”, par la Dr Françoise Domine À 20h, à l’hôpital du Valdor (Isosl), salle 44, rue Basse-Wez 145, 4020 Liège. * www.amlg.be, amlgasbl@gmail.com, tél. 04.223.45.55 SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 18 OMNI SCIENCES Verviers Pour cette saison 2025-2026, l’ULiège et la ville de Verviers ont concocté un programme diversifié d’activités : • 6 octobre : “Voyage au centre des terres rares” par le Pr Éric Pirard de la faculté des Sciences appliquées • 10 novembre : “Où en est la transition énergétique” par le Pr Damien Ernst de la faculté des Sciences appliquées et le Pr honoraire Claude Desama • 1er décembre : “Vaccination et santé publique : progrès et défis” par le Pr Michel Moutschen de la faculté de Médecine et le Pr Jean-Michel Dogné de la faculté de Médecine de l’UNamur. Toutes les conférences sont gratuites, ouvertes à tous et ont lieu à 20h au Centre culturel de Verviers, Espace Duesberg, boulevard des Gérardchamps 7c, 4800 Verviers. * www.news.uliege.be/grandes-conferences-verviers Forum des Savoirs L’association “Les Amis de l’ULiège” propose de nombreuses conférences, ouvertes à toutes et tous. Module Pensée et Civilisation Les grandes civilisations antiques : Rome Dix exposés, du 30 septembre au 16 décembre, de 17h à 19h : • 30 septembre : “Les Étrusques : histoire d’une révolution culturelle” par le Pr Paul Fontaine (UCLouvain Saint-Louis Bruxelles) • 7 octobre : “L’arc de Constantin. Un ensemble décoratif complexe au service de la propagande impériale” par le Pr Thomas Morard (ULiège) Module Sciences et Avenir Vieillir en bonne santé Dix exposés, du 2 octobre au 11 décembre, de 17h15 à 19h : • 2 octobre : “Évolution des concepts liés au vieillissement physiologique” par Sophie Gillain (ULiège) • 9 octobre : “Importance de la génétique et intérêt du calcul d’un risque polygénique de maladie complexe pour vieillir en bonne santé” par les Prs Vincent Bours et Édouard Louis (ULiège) Toutes les conférences ont lieu à l’auditoire de l’Institut supérieur des langues vivantes (ancien Institut d’anatomie ), rue de Pitteurs 20, 4020 Liège. * reseau-amis@uliege.be, programme complet sur www.amis.uliege.be * service animation seniors de la ville de Liège, tél. 04.377.00.52
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=